📌 À Marseille, enceinte de 8 mois avec trois enfants, elle est abandonnée à la rue malgré la décision de justice

Posted 30 novembre 2025 by: Admin
L’Urgence Humanitaire : Marseille Face À La Crise Des Femmes Et Enfants Sans Abri
« Il suffit de marcher dans le centre-ville pour se rendre compte de la situation. » Le constat de Francis Vernède, directeur régional de la Fondation pour le logement, frappe par sa brutalité. Dans les rues marseillaises, le phénomène devient impossible à ignorer : des femmes avec enfants dorment désormais à même le trottoir, faute de solution d’hébergement.
Le 115, numéro d’urgence censé orienter ces personnes vers des structures d’accueil, ne répond plus aux besoins. Les places manquent cruellement. Résultat : ces femmes théoriquement prioritaires pour des mesures d’hébergement se voient refuser toute proposition. La rue devient leur seul refuge.
Cette dégradation rapide alarme les associations locales. Francis Vernède réclame une réunion d’urgence rassemblant la Fondation pour le logement, le Réseau hospitalité Marseille, la préfecture et le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. « Il est temps de sortir de cette situation par le haut », insiste-t-il.
Car derrière ces appels sans réponse se cache une réalité administrative précise : en France, la loi impose aux conseils départementaux d’héberger de façon inconditionnelle les femmes isolées avec au moins un enfant de 3 ans. Une obligation légale que les faits contredisent chaque jour davantage dans la cité phocéenne.
Quand La Justice Ordonne, L’Administration Ignore
Le tribunal administratif de Marseille a pourtant tranché. Deux fois. Le 22 septembre et le 2 octobre 2025, les juges ont enjoint le Département d’héberger immédiatement deux femmes et leurs trois enfants. Parmi elles, une femme enceinte de huit mois ayant déjà passé plusieurs semaines à la rue avec ses enfants.
Plus d’un mois après ces décisions de justice, aucune proposition d’hébergement n’a été formulée par le Conseil départemental. « Le Conseil départemental se soustrait à ses obligations légales. C’est inacceptable », dénonce Francis Vernède. La Fondation pour le logement et le Réseau Hospitalité Marseille ont dû pallier cette carence en plaçant provisoirement ces familles à l’hôtel, sur leurs propres fonds.
Une solution de fortune qui ne saurait durer. Aucune des deux associations ne dispose des moyens financiers pour financer un hébergement pérenne. Ces femmes et leurs enfants se retrouvent donc dans un vide juridique paradoxal : protégées par la loi, condamnées par l’inaction administrative.
Le cas de ces deux familles n’est pas isolé. Il révèle une défaillance systémique où les décisions de justice se heurtent à l’inertie institutionnelle, laissant des enfants en bas âge exposés aux dangers de la rue malgré des ordonnances explicites d’hébergement immédiat.
La Réponse Controversée Du Conseil Départemental
Contactée par La Provence, la collectivité présidée par Martine Vassal (DVD) justifie son inaction par une série d’arguments qui ne convainquent pas. « La situation très tendue en matière de logement sur le département, la précarité croissante des publics et les situations administratives complexes de certaines familles », avance le Département par écrit.
L’argumentation glisse rapidement vers le terrain migratoire. Le Conseil départemental évoque « des cas de plus en plus fréquents de familles déboutées du droit d’asile qui relèvent de la responsabilité de l’État dans la maîtrise des flux migratoires ». Une défense qui pointe du doigt une prétendue « embolisation des dispositifs » saturés par des hébergements durant « plusieurs mois voire plusieurs années, alors qu’ils ne devraient être qu’une solution transitoire ».
La Fondation pour le logement Paca rejette catégoriquement cette ligne de défense. « L’hébergement des personnes vulnérables est inconditionnel et sa non-exécution ne peut donc être justifiée par la nationalité des gens », rappelle-t-elle sèchement. La loi française impose en effet aux conseils départementaux d’héberger de façon inconditionnelle les femmes isolées ou mères d’au moins un enfant de trois ans.
Derrière ce bras de fer institutionnel, des enfants continuent de dormir dehors. Le Département invoque la saturation et les flux migratoires. Les associations rappellent le droit. Les tribunaux ordonnent. Rien ne bouge.
Une Catastrophe Nationale Aux Chiffres Glaçants
Le drame marseillais n’est que la partie émergée d’un naufrage national. En 2024, 912 personnes sont mortes dans la rue en France. Parmi elles, 31 enfants. Trente et un.
Ces chiffres, déjà insoutenables, masquent une dégradation foudroyante. Selon l’Unicef, le nombre d’enfants sans abri a progressé de 6% en un an. Mais sur deux ans, l’explosion atteint 30% depuis 2022. Une courbe qui révèle l’accélération d’une crise que les pouvoirs publics peinent à endiguer.
Derrière ces statistiques se cachent des réalités brutales : des nourrissons exposés au froid, des mères enceintes dormant sur des cartons, des familles entières errant de square en square. Le cas de ces deux femmes marseillaises, dont l’une enceinte de huit mois, illustre cette défaillance systémique qui transforme des obligations légales en vœux pieux.
La France compte aujourd’hui davantage d’enfants à la rue qu’elle ne peut en protéger. Les dispositifs d’urgence saturent. Les jugements s’accumulent sans effet. Les associations pallient tant bien que mal, mais leurs ressources s’épuisent face à l’ampleur du désastre. Pendant ce temps, le nombre de victimes continue de grimper, rendant chaque jour plus urgent le « haut » par lequel Francis Vernède appelle à sortir de cette impasse.










