📌 Autonomie alimentaire : l’Europe n’aurait que 15 jours de réserves selon les agriculteurs français en colère

Posted 9 janvier 2026 by: Admin
La Fracture Entre Élites Et Monde Rural Se Creuse
Plus de deux ans après leur grande mobilisation parisienne, les agriculteurs français expriment à nouveau leur colère face à une gestion sanitaire jugée absurde. La dermatose nodulaire, maladie bovine qui se propage, fait l’objet d’un protocole d’abattage systématique des troupeaux contaminés. Les éleveurs réclament massivement une vaccination, mais leurs demandes restent lettre morte. Cette controverse sanitaire révèle une fracture plus profonde entre décideurs et terrain.
Alexandre Devecchio résume ce fossé avec une analyse percutante : « cette crise de l’agriculture s’inscrit dans une crise plus large de la fracture entre les élites et le peuple et particulièrement peut-être entre une France rurale et une France métropolitaine déconnectée ». Le journaliste pointe directement les contradictions présidentielles : « Emmanuel Macron a beau dire qu’il est le patriote de l’agriculture, ça manque de chair. Il est surtout patriote européiste et il va signer dans quelques jours un traité de libre-échange avec le Mercosur qui va faire qu’on va importer de la nourriture du bout du monde avec des normes qui ne sont pas les mêmes qu’on impose à nos agriculteurs ».
L’accord UE-Mercosur, validé par la majorité des pays européens, impose aux producteurs français une concurrence déloyale avec des standards sanitaires incomparables. Pendant que Bruxelles renforce les contraintes environnementales hexagonales, elle autorise l’importation de viandes sud-américaines produites selon des règles moins strictes. Cette contradiction illustre le décalage entre discours politique et réalité économique, laissant le monde agricole face à une impasse croissante.
Le Désespoir D’Une Génération D’Agriculteurs
Cette impasse économique et réglementaire ne constitue pas une abstraction pour les 400 000 exploitants français. Nicolas, éleveur de chèvres dans le Tarn-et-Garonne, incarne ce désarroi avec une franchise brutale : « Notre métier est foutu. J’aimerais encore y croire, mais je n’y crois plus ». Son témoignage reflète la détresse d’une profession acculée entre exigences qualitatives et effondrement des prix.
Les petites fermes traditionnelles disparaissent progressivement, incapables de maintenir leurs standards face à la pression tarifaire. Nicolas déplore que « c’est la France des terroirs qui meurt », observant des paysages entiers transformés en friches avant d’être rachetés par des groupes industriels peu préoccupés d’écologie. Cette concentration agricole détruit le tissu rural que les politiques prétendent défendre.
L’éleveur tarnais exprime surtout son inquiétude pour ses filles, pourtant passionnées par le métier familial : « Je leur ai donné l’amour du métier, mais si elles choisissent autre chose, je ne serai pas déçu, au contraire. Si c’est pour faire une vie à travailler durement, pour ne pas être reconnu et ne pas gagner sa vie, ça ne sert à rien. Personne ne peut souhaiter ça à ses enfants ». Cette déclaration résume l’abandon d’espoir d’une génération entière face à un système qui ne valorise plus leur travail.
La colère sourde des exploitants ne reste pas confinée aux exploitations isolées. Sur le terrain, elle se traduit désormais par des actions directes qui provoquent des réactions policières controversées.
Tensions Et Répression Lors Des Mobilisations
Les actions directes se multiplient sur l’ensemble du territoire depuis la validation de l’accord UE-Mercosur. À Paris, la Confédération paysanne, les Soulèvements de la Terre, la CGT et Solidaires ont organisé une opération escargot sur le périphérique avant de converger vers l’Arc de Triomphe. Le convoi a été stoppé porte Maillot par les forces de l’ordre, empêchant toute progression vers le centre de la capitale.
Les interpellations préventives illustrent la durcissement du traitement policier des revendications agricoles. Thomas Gibert et Stéphane Galais, porte-paroles nationaux de la Confédération paysanne, ont été placés en garde à vue au commissariat du 16e arrondissement alors qu’ils attendaient simplement le convoi avec quelques militants et des drapeaux. « On venait accueillir les tracteurs » et « la police nous a interpellés et empêchés de manifester », a déclaré Stéphane Galais sur franceinfo, dénonçant un « deux poids, deux mesures ».
Cette arrestation a provoqué une vague de solidarité immédiate. Les Soulèvements de la Terre et plusieurs organisations agricoles appellent à un rassemblement ce vendredi à 17h devant le commissariat, exigeant leur « libération immédiate ». L’escalade entre manifestants et autorités témoigne d’une rupture du dialogue qui alimente désormais des inquiétudes plus larges sur l’avenir stratégique du pays.
L’Alerte Sur La Souveraineté Alimentaire Européenne
Cette rupture du dialogue masque une menace plus grave encore : la perte de l’indépendance alimentaire du continent. Lors du Forum BFMTV le 8 janvier 2026, Jérôme Bayle, éleveur bovin, a formulé ce que beaucoup redoutent désormais : « Les agriculteurs français ont décidé que ça n’allait plus. Je parie qu’il va y avoir un collectif français agricole qui va voir le jour et ça va vraiment chauffer. Parce que ça suffit aujourd’hui ».
Au-delà de la colère, l’éleveur pointe un risque stratégique majeur. « On est en train de perdre notre souveraineté alimentaire ! On peut encore la sauver parce qu’on est juste sur la barrière. Si on ne fait rien, si on ne construit pas une richesse alimentaire et une richesse économique, car l’agriculture est à la base de l’économie, on va droit à la levure », alerte-t-il. Selon ses estimations, l’Europe ne disposerait actuellement que de quinze jours d’autonomie alimentaire, un chiffre qui interroge la capacité du continent à faire face à une crise d’approvisionnement.
La formule qu’il emploie résume l’ampleur de l’enjeu : « S’il y a une guerre en France, je ne crains pas les balles mais la faim ». Une déclaration qui replace la question agricole au centre des préoccupations sécuritaires nationales, bien au-delà des simples considérations économiques ou environnementales. Pour le quadragénaire, la politique actuelle ne règle rien : « On nous balade, on voit qu’il n’y a aucune avancée. On s’en fout de la politique ! Ce qu’il faut savoir c’est ‘qu’est-ce que va devenir notre pays dans les années futures ?’ et ça c’est plus inquiétant ».










