📌 Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot : « Je ne considère plus ma mère comme une icône, elle refuse de reconnaître que j’ai été victime »
Posted 12 février 2026 by: Admin

L’Affaire Pélicot : Quand L’Icône Publique Devient Une Mère Absente
Décembre 2024. Le tribunal d’Avignon prononce vingt ans de réclusion criminelle contre Dominique Pélicot. Pendant une décennie, cet homme a drogué son épouse Gisèle avant de la violer et de la livrer à des dizaines d’hommes recrutés en ligne. Cinquante complices sont également reconnus coupables dans ce « procès des viols de Mazan » qui a sidéré la France entière.
Gisèle Pélicot devient alors, malgré elle, une figure symbolique. Les médias saluent son courage, les associations féministes l’érigent en porte-parole des victimes de violences sexuelles. Elle reçoit même la Légion d’honneur. L’image est puissante : celle d’une femme debout, refusant le huis clos pour exposer l’horreur au grand jour.
Mais derrière cette consécration publique se cache une réalité familiale profondément fracturée. Ses trois enfants, David, Florian et Caroline, portent des séquelles psychologiques immenses. Dans une interview accordée au Telegraph, Caroline Darian, 46 ans, brise le silence sur une vérité douloureuse : elle ne parle plus à sa mère. « Ce que j’essaie de dire, c’est que ma mère n’est pas une icône — pas pour moi », affirme-t-elle.
Le contraste est saisissant. D’un côté, une icône acclamée mondialement. De l’autre, une mère que sa propre fille accuse d’abandon. Cette révélation met en lumière les zones d’ombre dissimulées derrière l’image lisse construite par les projecteurs médiatiques.

La Rupture : « Ma Mère M’a Lâché La Main Dans La Salle D’Audience »
La fracture trouve sa source dans un refus. Celui de Gisèle Pélicot de reconnaître que sa fille aurait elle aussi pu être victime de Dominique Pélicot. Caroline a porté plainte contre son père pour administration de substances psychoactives et abus sexuels. Elle souffre depuis longtemps de troubles gynécologiques inexpliqués, convaincue d’avoir été droguée et agressée à son insu.
Ce déni maternel agit comme une trahison. Caroline raconte un moment précis du procès où, submergée par la rage, elle a crié à son père : « Tu mourras seul comme un chien en prison ! » La réaction de Gisèle ? Un reproche cinglant : elle se donnait « en spectacle ». Pour Caroline, cette remarque marque un point de non-retour.
« Pendant quatre ans, j’ai accompagné ma mère partout. Je l’ai soutenue sans jamais la juger. Et ce n’était pas toujours facile, car elle ne voulait pas entendre ce que je lui disais sur Dominique », confie-t-elle au Telegraph. « Mais dans cette salle d’audience, elle était censée m’aider. »
La phrase qui suit résume toute l’amertume accumulée : « Ma mère m’a lâché la main dans la salle d’audience. Et ça, je ne pourrais jamais lui pardonner. » Derrière l’icône célébrée se dessine ainsi le portrait d’une mère incapable de croire sa propre fille, reproduisant malgré elle une forme de violence : le silence face aux victimes.

Quatre Ans De Soutien Ignorés : La Double Peine D’une Fille Dévouée
Ce soutien inconditionnel n’était pourtant pas une évidence. Caroline l’avoue : accompagner Gisèle pendant quatre ans signifiait aussi composer avec ses silences, ses refus d’entendre. « Elle ne voulait pas entendre ce que je lui disais sur Dominique », précise-t-elle. Une surdité sélective qui obligeait la fille à taire ses propres doutes, ses propres blessures.
Car Caroline porte un fardeau personnel dans cette affaire. Ses troubles gynécologiques persistants, jamais expliqués par la médecine, alimentent une conviction terrifiante : elle aussi aurait été droguée, elle aussi aurait subi des agressions à son insu. Une intuition que sa mère refuse catégoriquement de valider.
Cette asymétrie crée une double peine. D’un côté, Caroline met sa vie entre parenthèses pour épauler Gisèle. De l’autre, quand vient son tour de réclamer reconnaissance, elle se heurte à un mur. « Dans cette salle d’audience, elle était censée m’aider », résume-t-elle avec une simplicité déchirante.
Le paradoxe est cruel : Gisèle Pélicot est célébrée pour avoir brisé le silence des victimes, tandis que sa propre fille reste enfermée dans le sien. Caroline se définit désormais comme une « victime oubliée » de l’affaire. Sa plainte contre Dominique Pélicot est toujours en instruction. Elle continue de réclamer ce que sa mère n’a jamais pu lui offrir : être crue, être vue, être reconnue.

Victime Oubliée : Le Combat Pour Une Reconnaissance Refusée
Ce refus de reconnaissance soulève une question plus large : peut-on être icône publique tout en échouant dans sa sphère privée ? Caroline l’affirme sans détour : « Ma mère a été propulsée sous les feux de la rampe. Mais nous, ses enfants, nous restons avec nos questions sans réponse. »
Le victim blaming prend ici une forme particulièrement perverse. Il ne vient pas de l’extérieur, mais d’une autre victime. Gisèle, en refusant de croire sa fille, reproduit le mécanisme même qu’elle a combattu lors du procès. Cette négation devient un traumatisme supplémentaire pour Caroline, qui doit se battre sur deux fronts : obtenir justice face à son père, et réclamer reconnaissance face à sa mère.
Le contraste est saisissant. Pendant que Gisèle reçoit la Légion d’honneur et parcourt le monde comme figure de résilience, Caroline demeure dans l’ombre. Sa plainte contre Dominique Pélicot pour administration de substances psychoactives et abus sexuels suit son cours, loin des projecteurs. Elle poursuit son propre combat, à travers ses écrits et ses prises de parole, non pas pour briller, mais pour exister.
« Voilà à quoi ressemblent les choses en coulisses », conclut-elle. Derrière chaque symbole se cache une réalité plus complexe, parfois contradictoire. Gisèle Pélicot restera une figure mondiale de la lutte contre les violences faites aux femmes. Mais pour Caroline, elle demeure avant tout la mère qui n’a pas su la protéger, ni la croire. Une fracture que le temps ne refermera peut-être jamais.










