📌 Deuil animalier : une entreprise espagnole accorde 3 jours de congés payés, une première qui interroge le Code du travail français
Posted 24 février 2026 by: Admin

L’Initiative Pionnière D’Une Entreprise Madrilène Qui Reconnaît La Douleur De Perdre Son Animal
Perdre un compagnon à quatre pattes bouleverse. Pourtant, rares sont les employeurs qui reconnaissent cette souffrance comme légitime. À Madrid, Patitas et Co, enseigne spécialisée dans l’alimentation animale, vient de franchir un cap : trois jours de congés payés accordés à ses 33 salariés en cas de décès de leur chat, chien, lapin ou tout autre animal partageant leur quotidien. Une première en Espagne, où la réglementation sur les congés familiaux ne mentionne nulle part les animaux de compagnie.
Claudia Cañellas, fondatrice de l’entreprise, assume pleinement cette décision. « Le deuil d’un animal de compagnie est terrible, pire encore que celui de certains membres de la famille avec lesquels nous ne passons pas beaucoup de temps. C’est très douloureux et je trouve que c’est handicapant d’aller travailler », confie-t-elle sur la chaîne TV3. En élargissant volontairement les motifs d’absence au-delà du cadre légal, Patitas et Co traite ce moment comme un véritable événement familial.
La mesure séduit. Les salariés saluent cette reconnaissance, tandis que plusieurs entreprises espagnoles se renseignent déjà sur les modalités d’application. Ce pas de côté pourrait bien inspirer d’autres secteurs, là où le chagrin animalier reste encore trop souvent invisible.

Un Chagrin Invisible Devenu Réalité Statistique : Les Chiffres Du Deuil Animalier En France
Cette reconnaissance n’est pas qu’une initiative isolée. En France, les chiffres révèlent l’ampleur d’une souffrance longtemps minimisée. Selon une enquête Ipsos, six Français sur dix ont déjà vécu la mort d’un animal de compagnie. Pour 68 % d’entre eux, leur compagnon n’était pas un simple animal : il représentait un membre de la famille à part entière.
Plus frappant encore, 88 % des propriétaires de chiens ou de chats jugent cette perte aussi difficile que celle d’un proche humain. Ces données démontrent que le deuil animalier n’est plus un tabou marginal, mais une réalité partagée par des millions de foyers. D’autant que 67 % des ménages français possèdent au moins un animal, intégré à leur quotidien, leurs routines, leurs émotions.
Pourtant, cette douleur reste largement ignorée par le monde du travail. Contrairement aux décès familiaux encadrés par la loi, perdre son chat ou son chien la veille d’une journée de bureau demeure un chagrin invisible. Les propriétaires endeuillés se retrouvent face à un vide : aucun dispositif spécifique, aucune reconnaissance institutionnelle. Beaucoup racontent la difficulté de franchir la porte de l’entreprise le lendemain, le cœur lourd, sans pouvoir exprimer leur peine.

La Réalité Du Terrain : Entre Débrouille Et Souffrance Silencieuse Au Travail
Face à ce vide institutionnel, les salariés français n’ont d’autre choix que l’improvisation. Certains posent en urgence un jour de congé payé, piochant dans leur capital repos pour pleurer discrètement. D’autres négocient une RTT de dernière minute ou optent pour une absence sans solde, préférant perdre une journée de salaire plutôt que d’affronter leur bureau le cœur brisé.
Les plus affectés recourent même à un arrêt maladie, seule solution pour justifier leur incapacité à travailler sans dévoiler la véritable raison. Cette stratégie de contournement révèle un malaise profond : la difficulté à nommer sa peine, à la légitimer auprès d’un employeur, à la faire reconnaître comme un motif valable d’absence.
« Aller travailler tout de suite après reste parfois quasi impossible », soulignait Claudia Cañellas. Cette phrase résonne chez des milliers de propriétaires français qui ont dû masquer leur chagrin, sourire aux collègues, répondre aux emails, alors que leur compagnon venait de disparaître. Le décalage entre l’intensité de la douleur vécue et l’absence de reconnaissance professionnelle crée une forme de double peine : perdre son animal, puis devoir simuler que tout va bien.
Cette souffrance silencieuse interroge l’évolution possible du droit du travail. Si quelques entreprises françaises commencent à bouger, qu’en est-il du cadre légal national ?

L’État Du Droit Français : Quelques Pionniers Mais Aucune Obligation Légale
Cette invisibilité administrative trouve son origine dans le Code du travail lui-même. Le texte encadre strictement les congés pour décès : conjoint, parent, enfant, mais pas un mot sur les animaux de compagnie. Juridiquement, la perte d’un chat ou d’un chien n’ouvre droit à aucun jour d’absence rémunéré. Le législateur n’a tout simplement pas prévu ce cas de figure.
Pourtant, certains employeurs franchissent le pas volontairement. La SPA, cohérente avec ses valeurs, offre depuis 2024 un jour supplémentaire de congé à ses salariés confrontés à cette épreuve. Des entreprises spécialisées comme Wamiz ou Santévet ont suivi la même voie, transformant ce geste en argument de marque employeur. Pour ces structures, reconnaître le deuil animalier renforce leur crédibilité et leur attractivité auprès de talents sensibles au bien-être animal.
Mais ces initiatives restent isolées. La majorité des salariés français doivent négocier au cas par cas avec leur manager : poser des congés payés, utiliser des RTT, accepter une absence sans solde, ou présenter un certificat médical si leur état le justifie. Cette loterie dépend entièrement de la bienveillance individuelle de l’employeur.
Le contraste entre le cadre légal restrictif et ces pratiques volontaires soulève une question : faut-il légiférer ou laisser les entreprises décider librement ? L’exemple espagnol de Patitas et Co pourrait bien accélérer le débat en France, où la demande sociale grandit à mesure que les foyers se peuplent de compagnons à quatre pattes.










