📌 Gisèle Pélicot raconte le choc au commissariat : « J’ai découvert dix ans de viols en voyant les vidéos »
Posted 12 février 2026 by: Admin

La Révélation Au Commissariat : Quand La Vie Bascule En Une Photo
Le 2 novembre 2020, Gisèle Pélicot se rend au commissariat de Carpentras. Elle s’attend à une affaire banale de voyeurisme : son mari Dominique a été interpellé pour avoir filmé sous les jupes de femmes dans un supermarché. Rien ne la prépare à ce qui va suivre.
Un policier la prévient : « Je vais vous montrer des photos et des vidéos qui ne vont pas vous plaire ». Il annonce que son mari vient d’être placé en garde à vue pour viols aggravés et administration de substances nuisibles. Puis il lui tend une photo. Une femme en porte-jarretelles, allongée sur le côté. « Un homme noir est allongé derrière elle, il la pénètre », écrit-elle dans Et la joie de vivre.
« C’est vous sur cette photo », affirme le policier. Elle refuse de le croire. Sort ses lunettes. D’autres images défilent. « Je ne reconnaissais pas les individus. Ni cette femme. Elle avait la joue si flasque. La bouche si molle. C’était une poupée de chiffon ». Elle cherche une explication rationnelle : « C’est un photomontage. L’œuvre de quelqu’un qui en veut à Dominique ».
Le policier insiste. Les meubles. Les lampes de chevet. La chambre. C’est bien la sienne. Puis un chiffre tombe, insoutenable : cinquante-trois hommes seraient venus chez elle pour la violer. « J’ai réclamé de l’eau. Ma bouche était paralysée ». La réalité vient de percuter Gisèle Pélicot avec une violence inouïe.

L’État De Sidération : Un Cerveau Qui S’Arrête
Dans le bureau du sous-brigadier Perret, Gisèle Pélicot décrit un effondrement intérieur total. « Mon cerveau s’est arrêté », écrit-elle. Face à l’accumulation des preuves photographiques et vidéo, son corps lui-même se paralyse. « Ma bouche était paralysée ». Elle entre dans un état de dissociation, mécanisme de défense psychologique face à un traumatisme dépassant les capacités d’absorption du réel.
Ce n’est que plus tard, en consultant le dossier d’instruction, que les détails se précisent avec une cruauté implacable. Les noms s’alignent. Les faits se multiplient. Les dates révèlent une temporalité glaçante : « C’était le jour de mon anniversaire, le soir d’un Nouvel an ». Les viols n’ont pas seulement eu lieu pendant des années. Ils ont profané des moments censés être festifs, intimes, sacrés.
L’accumulation devient insoutenable. Chaque page du dossier ajoute une strate d’horreur. Mais un élément domine tous les autres : la présence constante de Dominique Pélicot durant ces viols. Son mari n’a pas seulement orchestré ces agressions. Il y a assisté. Les a filmées. En a fait une collection méthodique.
Cette prise de conscience progressive transforme le choc initial en une réalité clinique, documentée, indiscutable. Gisèle Pélicot découvre qu’elle a été violée dans sa propre chambre, dans son propre lit, par dizaines d’hommes différents. Tout en dormant d’un sommeil chimiquement provoqué. L’homme qu’elle aimait a fait d’elle une proie offerte pendant près de dix ans.

Le Refus Du Huis Clos : Une Décision Stratégique Et Courageuse
Face à l’approche du procès, Gisèle Pélicot se trouve confrontée à un dilemme vertigineux. D’un côté, la tentation du huis clos, censé la protéger des regards et de l’exposition médiatique. De l’autre, une angoisse plus profonde : « La porte fermée du tribunal, censée me protéger, m’inquiétait. Elle me laisserait seule face à eux ».
Son mari, elle avait « hâte de l’avoir en face ». Mais eux, ces cinquante hommes, elle craignait leur masse. Une visualisation obsédante s’impose : « Leurs épaules côte à côte, comme un mur devant moi ». Leurs voix couvriraient forcément la sienne. Leurs regards réunis formeraient une pression insoutenable. Dans le silence d’une salle close, elle deviendrait « l’otage de leurs regards, de leurs mensonges, de leur lâcheté et de leur mépris ».
Un questionnement bascule alors sa réflexion : « Est-ce que je ne leur faisais pas un cadeau ? Est-ce que je ne les protégeais pas en fermant la porte ? » Cette interrogation révèle une lucidité stratégique. Le huis clos, présenté comme une protection pour la victime, risquait de devenir un bouclier pour les agresseurs.
Gisèle Pélicot comprend que la transparence constitue sa meilleure arme. Que l’exposition publique inverse le rapport de force. Que la lumière du procès ouvert transformerait leur masse oppressante en cinquante défenses individuelles exposées au regard du monde. Elle refuse donc le huis clos. Et choisit d’affronter publiquement ceux qui pensaient rester invisibles.

« Que La Honte Change De Camp » : Un Combat Générationnel
Cette décision d’affronter publiquement ses agresseurs, Gisèle Pélicot l’attribue à son âge. « Si j’avais eu vingt ans de moins, je n’aurais peut-être pas osé », confie-t-elle. Elle aurait craint les regards, « ces fichus regards avec lesquels une femme de ma génération a toujours composé ».
À 72 ans au moment du procès, elle bénéficie d’une libération que les années lui ont offerte : celle de ne plus composer avec le poids du jugement social. Cette liberté lui permet de formuler un objectif limpide : « Que la honte change de camp ». Une formule devenue emblématique, transformant son témoignage en manifeste.
Le procès, long et éprouvant, a donné à son histoire une résonance internationale. Avec Et la joie de vivre, elle reprend la parole pour raconter le choc, la sidération, puis la décision d’affronter ceux qui pensaient rester impunis. Son combat personnel devient un message aux victimes de violences : la honte n’appartient pas à celles qui subissent, mais à ceux qui agressent.
La justice a rendu son verdict. Dominique Pélicot a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Les autres accusés ont écopé de peines allant de trois ans de prison dont deux avec sursis à 20 ans de réclusion. L’unique accusé ayant fait appel a reçu dix ans de réclusion criminelle. Des condamnations qui valident le choix de transparence de Gisèle Pélicot et transforment son calvaire en jurisprudence.










