📌 Le Pradet : un habitant de 93 ans lègue 9 millions d’euros à sa commune plutôt qu’à sa famille, le fils conteste
Posted 4 mars 2026 by: Admin

Un Testament Inattendu Qui Écarte La Famille
Le 12 août 2023, Robert s’éteint à 93 ans dans sa villa du Pradet. L’ouverture de sa succession provoque un séisme familial. Son testament, rédigé en septembre 2021, désigne la commune comme légataire universelle d’un patrimoine estimé à 9 millions d’euros. Sa maison, ses biens, son épargne : tout revient à la municipalité varoise. Sa famille proche ne reçoit rien.
Cette décision radicale balaie d’un trait de plume les liens du sang. Le fils, les petits-enfants, l’arrière-petit-fils : tous écartés sans ménagement. Aucune explication, aucune clause particulière ne justifie ce choix dans l’acte notarié. Le nonagénaire a simplement rayé les siens de son héritage pour privilégier sa commune de résidence.
Le montant vertigineux amplifie le choc. Neuf millions d’euros représentent une fortune considérable pour une collectivité de 11 000 habitants. Pour la famille, c’est un patrimoine entier qui s’évapore. Une vie de travail, d’accumulation, de transmission familiale brusquement détournée vers une destination inattendue. Cette rupture testamentaire soulève immédiatement des interrogations sur les motivations réelles du défunt et les circonstances entourant ses dernières volontés.

Une Succession De Testaments Contradictoires
Pourtant, cette décision finale contredit radicalement les versions antérieures. Entre octobre 2020 et septembre 2021, Robert a modifié son testament cinq fois en moins d’un an. Une instabilité testamentaire qui dessine un portrait troublant de ses derniers mois.
En octobre 2020, il prévoit de transmettre sa maison en usufruit à son fils Jean-Marie et en nue-propriété à ses petits-enfants. Un mois plus tard, il ajuste ses dispositions pour inclure son arrière-petit-fils. En février 2021, nouveau revirement : il lègue l’intégralité de ses biens en pleine propriété à son fils et réserve ses assurances-vie à ses petits-enfants. Avril 2021 marque un quatrième changement d’orientation.
Puis vient septembre 2021. Le testament qui efface tout. Plus de répartition familiale, plus de transmission générationnelle. La commune du Pradet devient l’unique bénéficiaire. Ce basculement brutal interroge : comment un homme qui a passé des mois à organiser méticuleusement la répartition de son patrimoine entre les siens peut-il tout annuler d’un coup ?
La chronologie révèle une volonté fluctuante, des hésitations répétées, une fragilité décisionnelle. Entre le dernier testament favorable à la famille et celui désignant la commune, seulement cinq mois se sont écoulés. Cinq mois durant lesquels la situation du nonagénaire a évolué vers une direction radicalement opposée. Cette valse testamentaire alimente les soupçons de son fils sur les conditions réelles de ce revirement final.

Les Zones D’Ombre Dénoncées Par La Famille
Ce basculement testamentaire alimente la colère de Jean-Marie, qui vit en Bretagne à près de 1 000 kilomètres du Var. Le fils de Robert a saisi la justice en invoquant un abus de faiblesse. Son argumentaire repose sur l’état de vulnérabilité de son père durant ses derniers mois : sourd, malvoyant, incapable de se déplacer seul. Un homme affaibli, potentiellement influençable.
Mais c’est surtout le changement de notaire qui attise les soupçons. Pourquoi Robert a-t-il abandonné son notaire de famille, celui qui avait établi tous ses testaments précédents, pour en solliciter un nouveau pour cet ultime acte ? « Nous interrogeons l’intervention de la notaire dans la mise en place du testament sachant que le défunt avait un notaire de famille », déclare Me Constance Muller, avocate de Jean-Marie, au Figaro. Elle évoque également une proximité supposée entre cette notaire et la municipalité du Pradet.
Un autre élément trouble l’affaire : les gardiens de la villa de Robert. Restés dans les lieux après le décès en août 2023, ils n’ont quitté la propriété qu’en novembre 2025, suite à une décision de justice. Or, ces mêmes gardiens étaient devenus légataires universels d’une autre employeuse de 92 ans en 2020, en passant devant la même notaire. Une coïncidence qui alimente les interrogations de la défense sur les pratiques entourant les successions de personnes âgées vulnérables dans cette commune varoise.

Bataille Juridique Et Attente Du Verdict
Face à ces accusations, la mairie du Pradet campe sur ses positions. Elle dit « comprendre le choc émotionnel qu’une telle nouvelle peut provoquer au sein d’une famille », mais considère ce legs comme « une preuve d’affection pour sa commune ». Un argument qui reflète une certaine légitimité institutionnelle : pourquoi un homme ne pourrait-il pas choisir librement de récompenser sa ville plutôt que ses proches ?
La municipalité appelle au respect des dernières volontés d’un défunt, s’appuyant sur le principe sacré de la liberté testamentaire. Dans sa communication, elle insiste sur la clarté du document et sur le droit de Robert à disposer de son patrimoine comme il l’entendait. Une ligne de défense qui oppose la volonté individuelle aux soupçons de manipulation familiale.
Le dossier est désormais entre les mains du tribunal judiciaire de Toulon. Jean-Marie réclame la nullité totale du testament de septembre 2021, ce qui restituerait les 9 millions d’euros à la succession familiale selon les règles légales. La justice devra trancher une question délicate : ce legs représente-t-il l’expression libre d’un homme attaché à sa commune, ou le résultat d’une influence illégitime sur une personne vulnérable ?
Le délibéré sera rendu le 28 avril. D’ici là, cette fortune colossale reste en suspens, entre reconnaissance posthume d’un bienfaiteur et potentielle spoliation d’une famille. Une décision qui fera jurisprudence sur la protection des personnes âgées face aux legs massifs en faveur d’entités publiques.










