📌 Licenciement chez Lidl : la politique de tolérance zéro validée par la justice malgré 10 ans d’ancienneté et 20 centimes en jeu
Posted 16 février 2026 by: Admin

Un Licenciement Pour 20 Centimes D’eau : Les Faits Qui Ont Tout Déclenché
Dix ans de service balayés pour une bouteille à 17 pence. Julian Oxborough, caissier expérimenté du magasin Lidl de Wincanton dans le sud de l’Angleterre, a été licencié pour faute grave après avoir consommé une bouteille d’eau non payée d’une valeur de 0,20 €. Une sanction validée par le tribunal du travail de Southampton, malgré son recours pour licenciement abusif.
Les faits remontent au 19 juillet 2024. Ce jour-là, un client souhaite acheter une bouteille d’eau individuelle prélevée dans un pack, dépourvue de code-barres. Il l’échange contre une autre et laisse la première près de la caisse. Plus tard dans la journée, Julian Oxborough récupère cette bouteille abandonnée, boit dedans et s’en sert pour diluer sa propre boisson jugée trop sucrée, tout en continuant à encaisser les clients.
Le lendemain, la bouteille est découverte par un responsable. Suspicion immédiate d’entorse au règlement intérieur. Les images de vidéosurveillance confirment la consommation. L’employé est convoqué, puis suspendu dans l’attente d’une enquête interne pour « comportement inapproprié ». La procédure disciplinaire s’enclenche, implacable.
Le contraste saisit : un geste banal, une bouteille dérisoire, mais une politique de tolérance zéro qui ne transige pas. Dans la grande distribution, la valeur monétaire du produit pèse moins lourd que le principe violé.

La Défense De L’employé Face À L’accusation : Déshydratation Ou Négligence ?
Convoqué pour s’expliquer, Julian Oxborough invoque un état de déshydratation pendant son service. Sa boisson personnelle, trop concentrée en sirop, lui était insupportable à boire. La bouteille abandonnée représentait selon lui une solution immédiate à un malaise physique réel, sans aucune intention frauduleuse.
Interrogé sur le paiement de l’eau, sa réponse vacille : « Je crois que j’ai oublié ou que je ne me souviens pas l’avoir encaissée ». Une formulation ambiguë qui affaiblit sa défense. Le flou de ses déclarations contraste avec la précision des images de vidéosurveillance, où on le voit clairement consommer le produit sans passer par la caisse.
Il dresse un tableau de son état ce jour-là : fatigue accumulée, chaleur étouffante, stress lié à la crainte de contracter le Covid-19 auprès de sa compagne, précipitation pour attraper son bus en fin de service. Un contexte éprouvant censé expliquer l’oubli, voire justifier le geste.
Devant le tribunal, il qualifie son licenciement de « réaction totalement disproportionnée ». Dix ans d’ancienneté rayés pour vingt centimes et un moment de faiblesse. Mais les responsables de Lidl y voient autre chose : des explications contradictoires, quatre jours de silence après l’incident, et une question restée sans réponse convaincante – pourquoi ne pas avoir simplement bu l’eau du robinet, gratuitement accessible ?

La Position Inflexible De Lidl Et La Validation Judiciaire
Karina Moon, responsable de secteur chargée de la discipline, rejette en bloc les explications de l’employé. Elle pointe les contradictions de son récit et souligne un élément crucial : Julian Oxborough disposait de quatre jours entiers pour se manifester après l’incident, sans jamais le faire. Un silence qui pèse lourd face à un salarié censé connaître parfaitement les procédures internes après dix ans de maison.
L’argument de la déshydratation ne convainc pas. « Pourquoi n’a-t-il pas simplement bu de l’eau du robinet ? », interroge la responsable. Une question simple qui met à nu la fragilité de la défense. L’eau potable était accessible gratuitement, sans avoir à se servir dans les stocks destinés à la vente.
Le tribunal du travail de Southampton suit ce raisonnement. Il rejette la plainte pour licenciement abusif et confirme la faute grave. Pour les juges, Lidl a respecté la procédure établie et sa décision apparaît proportionnée au regard de la politique disciplinaire de l’enseigne.
Lidl assume pleinement sa ligne de conduite : « Nous ne prenons jamais à la légère la décision de licencier un collaborateur de longue date, et le tribunal a confirmé que nos actions étaient justes ». L’enseigne revendique une « politique de tolérance zéro constante à l’égard de la consommation de stocks impayés ». Le message est sans équivoque : la valeur du produit importe moins que le respect absolu de la règle. Une frontière rouge que même dix ans de loyauté ne permettent pas de franchir.

Au-Delà Du Cas Britannique : Ce Que Révèle Cette Affaire Sur Les Politiques De Tolérance Zéro
Cette rigueur disciplinaire n’est pas l’apanage du droit britannique. En France, la faute grave peut également être retenue pour des montants dérisoires dès lors qu’une rupture de confiance est établie. Les tribunaux hexagonaux reconnaissent que la consommation d’un produit en rayon sans paiement constitue un manquement à la loyauté du salarié, indépendamment de la valeur concernée.
Une distinction juridique reste toutefois essentielle. Si l’employeur a l’obligation légale de fournir de l’eau potable gratuite à ses équipes, cette obligation ne confère aucun droit de se servir dans les stocks destinés à la vente. L’eau du robinet reste la référence légale, pas les bouteilles en rayon.
L’affaire Oxborough illustre jusqu’où peut s’étendre une politique de tolérance zéro lorsque les règles internes sont clairement affichées et scrutées par la justice. La vidéosurveillance, le contrôle strict des procédures et l’application sans exception des sanctions deviennent les piliers d’une gestion des ressources humaines où la prévention prime sur l’indulgence.
Ce durcissement soulève des questions éthiques. Faut-il sacrifier dix ans d’ancienneté pour 20 centimes ? Pour la grande distribution, la réponse est sans appel : la règle vaut plus que l’homme. Une logique qui protège certes contre la démarque inconnue, mais qui transforme chaque geste du quotidien en potentiel motif de rupture. Dans ce monde où tout est filmé et pesé, l’erreur humaine n’a plus droit de cité.










