📌 Marie Rouanet s’éteint à 89 ans : l’auteure de « Nous les filles » qui a sauvegardé 40 ans de patrimoine occitan
Posted 26 janvier 2026 by: Admin

La Fin D’une Figure Majeure De La Culture Occitane
Marie Rouanet s’est éteinte ce dimanche à l’hôpital de Saint-Affrique, à l’âge de 89 ans. Née à Béziers en 1936, l’écrivaine avait choisi de s’installer dans le Sud Aveyron en 1996, terre d’accueil où elle a poursuivi son œuvre jusqu’à ses derniers jours. Ses obsèques seront célébrées le vendredi 30 janvier à 10h30 en l’église de Camarès, suivies d’une inhumation dans le cimetière du village qui l’a vu vivre ses dernières années.
Elle reposera aux côtés de son mari Yves Rouquette, poète, écrivain et militant occitan né à Sète et disparu en 2015, ainsi que de son fils cadet. Cette réunion familiale symbolise l’ancrage profond d’un couple qui a consacré sa vie à la défense de la langue d’oc. Avec la disparition de Marie Rouanet, c’est une page d’histoire de la culture occitane contemporaine qui se tourne, celle d’une femme qui a su transformer son attachement viscéral au Languedoc en une œuvre universelle oscillant entre ethnographie, poésie et roman.
Écrivaine prolifique ayant publié plus de 40 ouvrages au cours de sa carrière, elle incarnait cette génération d’intellectuels qui ont refusé de laisser leur patrimoine culturel sombrer dans l’oubli, préférant le réinventer pour les générations futures.

Une Œuvre Littéraire Entre Mémoire Et Patrimoine
C’est avec Nous les filles (1990) que Marie Rouanet conquiert le grand public. Ce récit d’enfance d’une sensibilité rare marque un tournant dans la littérature du terroir, transcendant les frontières régionales pour toucher l’universel. L’ouvrage révèle une enfance méditerranéenne avec une justesse qui bouleverse, loin des clichés folkloriques.
Son écriture se distingue par une volonté farouche de sauvegarder le patrimoine immatériel du Midi. Elle explore méthodiquement les mœurs, la cuisine et les traditions orales languedociennes, transformant chaque détail quotidien en matière littéraire. Cette approche ethnographique, jamais académique, se teinte de poésie et d’une profonde empathie pour les gens du Sud.
Au fil de plus de 40 ouvrages, Marie Rouanet construit une œuvre protéiforme où se mêlent récits autobiographiques, essais sur la nature méridionale et réflexions sociales. Chaque texte témoigne de son attachement viscéral à cette terre occitane, sans jamais verser dans le régionalisme étroit. Elle prouve que raconter son village, c’est aussi raconter le monde.
Cette démarche littéraire s’accompagne d’un engagement plus radical, celui d’une artiste qui refuse de cantonner la culture occitane au passé.

La Militante De La Nòva Cançon Et De L’Identité Occitane
Cet engagement prend corps dans les années 70, quand Marie Rouanet rejoint le mouvement de la Nòva Cançon. Ce courant artistique et politique utilise la chanson comme arme de revendication identitaire, opposant la vitalité créative occitane à l’uniformisation culturelle imposée par Paris. Sa voix porte alors un message sans compromis : la langue d’oc n’appartient pas aux seuls érudits ou nostalgiques.
Face à ceux qui voudraient reléguer l’occitan au rang de relique folklorique, elle démontre par ses textes et ses performances scéniques que cette langue reste un outil de création moderne. Chaque chanson devient un manifeste : l’identité régionale peut nourrir une expression artistique contemporaine, vivante, pertinente. Son influence dépasse largement le cercle des militants culturels.
Cette double casquette d’écrivaine et de chanteuse engagée forge sa réputation de figure incontournable de la renaissance occitane. Marie Rouanet prouve qu’on peut ancrer son art dans un territoire sans l’enfermer dans le passé, transformer l’attachement régional en force créatrice universelle.
Mais son action ne se limite pas aux livres et aux scènes. Elle construit également des institutions durables pour pérenniser ce combat culturel.

Un Héritage Institutionnel Et Politique Durable
Cette volonté de structurer le mouvement occitan se concrétise par un acte fondateur : avec Yves Rouquette, elle crée le CIRDOC (Centre international de recherche et de documentation occitanes – Institut Occitan de Cultura). L’institution devient rapidement une référence pour les chercheurs, étudiants et artistes désireux d’accéder aux archives, publications et ressources sur la langue d’oc. Bien au-delà d’une simple bibliothèque, le centre incarne une mission de transmission et de valorisation scientifique du patrimoine occitan.
Parallèlement, Marie Rouanet investit le champ politique local. Élue à Béziers, elle occupe le poste d’adjointe entre 1977 et 1983, période durant laquelle elle défend les intérêts culturels de sa ville natale. Cette expérience municipale lui permet d’ancrer ses convictions dans l’action concrète, loin des discours théoriques.
Son œuvre écrite reflète cette double exigence intellectuelle et militante. La Flore d’Occitanie célèbre la nature méridionale avec rigueur botanique, tandis que le Petit traité des herbes et des épices mêle savoirs ancestraux et art de vivre. Mauvaises nouvelles d’un monde qui se dit civilisé dévoile une plume plus acerbe, tournée vers la critique sociale. Marie Rouanet laisse ainsi un corpus riche, oscillant entre érudition, poésie et engagement, qui continuera d’inspirer les défenseurs de la culture occitane.










