📌 Mégafeu dans l’Aude : « Ma voisine ne voulait pas partir à cause de son chien… »

Posted 7 août 2025 by: Admin
L’Apocalypse Arrive : Quand Le Mégafeu Frappe Sans Pitié
Mardi 5 juillet 2025, 16h30. Dans les Corbières audoises, l’enfer se déchaîne près de Ribaute avec une violence inouïe. Ce qui n’était qu’un point rouge sur les cartes météorologiques devient en quelques heures le plus grand incendie du siècle dans la région, dévorant déjà plus de 16 000 hectares de végétation.
À Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, dans le paisible quartier des Moutagnols, Jean-Loïc Villa, 75 ans, vaque à ses occupations dans sa maison de 170 m2 construite il y a vingt-six ans. L’ancien viticulteur ignore encore que sa vie va basculer dans l’horreur. « Je bricolais, j’étais ici, j’avais une petite lance pour aider au cas où, mais c’est arrivé tellement vite », témoigne-t-il.
Les vents violents atteignent 80 km/h. Les flammes franchissent les quatorze kilomètres séparant Ribaute de son village en un temps record, « comme une bouffée chaude ». Le mur de feu déferle sur le quartier avec une brutalité saisissante, transformant en minutes les paisibles demeures en brasiers incontrôlables.
Dans ce chaos apocalyptique, certaines habitations sont léchées par les flammes puis épargnées au gré des caprices du vent, tandis que d’autres disparaissent entièrement. La maison de Jean-Loïc Villa fait partie des malchanceuses, rejoignant le champ de ruines qui compose désormais ce qui était, quelques heures plus tôt, un quartier résidentiel tranquille.
Stella, 67 Ans : Le Refus Fatal Qui Coûte Une Vie
Parmi ces maisons malchanceuses, une tragédie particulière bouleverse encore Jean-Loïc Villa. Sa voisine Stella, 67 ans, n’a pas survécu à l’enfer qui s’est abattu sur le quartier des Moutagnols. L’ancienne infirmière de l’hôpital de Lézignan-Corbières est devenue l’unique victime de ce mégafeu dévastateur.
« Elle était très gentille », confie l’ancien viticulteur, la voix brisée par l’émotion. Pourtant, cette femme au grand cœur a scellé son destin par un refus obstiné qui glace le sang. Trois fois, les sapeurs-pompiers se sont présentés à sa porte pour l’évacuer vers le foyer municipal. Trois fois, Stella a décliné leur offre de mise en sécurité.
La raison de cette résistance fatale ? Son chien. L’ancienne soignante refusait catégoriquement d’abandonner son compagnon à quatre pattes face aux flammes. « Elle disait : « non, non, je m’enfuirai s’il le faut » », rapporte Jean-Loïc, hanté par ces dernières paroles. Une détermination touchante qui s’est transformée en piège mortel.
Quand les flammes ont finalement englouti sa demeure mitoyenne de celle de Jean-Loïc, Stella n’a pas eu le temps de fuir comme elle l’espérait. « Et c’est elle qui est morte, dans sa maison… C’est terrible », souffle son voisin, témoin impuissant d’un drame qui aurait pu être évité.
Jean-Loïc Face Aux Flammes : L’Évacuation Qui Sauve
Contrairement à sa voisine, Jean-Loïc Villa a fait le choix qui lui a sauvé la vie. Quand les pompiers ont surgi dans son jardin mardi après-midi, l’ancien viticulteur de 75 ans bricolait tranquillement chez lui, une petite lance d’arrosage à portée de main « au cas où ».
Mais rien ne pouvait le préparer à la violence de ce qui allait déferler. « C’est arrivé tellement vite, avec un 80 km/h de vent, c’est arrivé là d’un coup comme une bouffée chaude », se souvient-il, encore marqué par cette « bouffée » qui lui a brûlé la poitrine. En quelques secondes, le mégafeu parti de Ribaute – à 14 kilomètres par la route mais trois fois moins à vol d’oiseau – venait de franchir tous les obstacles naturels.
L’intervention des sapeurs-pompiers s’avère alors décisive : « Ne restez pas là, vous allez cramer ». Jean-Loïc obéit sans discuter. Une sagesse qui contraste cruellement avec l’obstination fatale de Stella.
Pourtant, l’homme garde une amertume face à la stratégie d’intervention. « On a vu le feu arriver, mais il y a des vignes, des chemins goudronnés… On aurait pensé que les pompiers auraient un peu mouillé les lieux », regrette-t-il. Une critique qui révèle les limites des moyens face à l’ampleur du désastre.
Sa maison de 170 m², construite de ses mains il y a vingt-six ans, n’existe plus.
Après L’Enfer : Reconstruction Et Solidarité Face Au Désastre
Le lendemain matin, Jean-Loïc Villa revient de Narbonne où sa famille l’avait hébergé. Il découvre alors l’ampleur réelle du carnage : « Le constat c’est qu’il ne reste plus rien, c’est bien ce qu’on craignait, y’a plus rien à récupérer, même la vaisselle est cassée, c’est une vie qui se fout en l’air ».
Pourtant, au cœur de cette désolation, une vague de solidarité déferle sur Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse. Au restaurant La Bonbonne, le patron a barré sa carte pour inscrire « cantine gratuite pour pompier ». Un food-truck s’est installé près du PC de commandement avec la même générosité.
« Il faut se reconstruire, d’un coup ça arrive, mais avec le soutien de tout le monde, les amis qui appellent, la solidarité, ça fait du bien », confie le septuagénaire, touché par cet élan humain.
Le maire Xavier de Volontat mesure l’étendue du désastre : « C’est apocalyptique qu’un feu ravage autant de superficie avec autant de violence ». Mais l’urgence n’est pas terminée. À quelques dizaines de mètres, d’importants panaches de fumée signalent une reprise du mégafeu.
Xavier, beau-fils de Jean-Loïc, scrute avec inquiétude leur domaine des Grangettes, isolé et menacé : « À la nuit, il n’y aura plus de moyens aériens, le terrain est inaccessible, si la direction du vent rechange. Nous sommes très inquiets ».