📌 Mort de Nahel : le policier jugé pour violences mortelles et non pour meurtre, la justice écarte l’intention de tuer
Posted 5 mars 2026 by: Admin

La Requalification Du Tir Mortel De Nahel Merzouk
La cour d’appel de Versailles a tranché. Le 5 mars 2026, elle a rejeté la qualification de meurtre retenue par les juges d’instruction contre Florian M., le policier ayant abattu Nahel Merzouk lors d’un contrôle routier à Nanterre. L’agent sera finalement jugé devant la cour criminelle pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, une requalification qui rebat les cartes de ce dossier explosif.
Cette décision marque une rupture frontale avec l’analyse initiale de l’instruction. La cour d’appel « n’a pas suivi les juges d’instruction quant à l’intention homicide, estimant qu’il n’était pas établi que Florian M. était animé, au moment du tir, de la volonté d’ôter la vie au conducteur », précise-t-elle dans son communiqué. Une formulation qui écarte définitivement la thèse du meurtre avec préméditation, pourtant défendue durant des mois par les magistrats instructeurs.
Le procès aura bien lieu, mais devant une juridiction différente. En requalifiant les faits, la cour maintient les poursuites tout en modifiant substantiellement leur nature juridique. Ce changement de qualification n’efface pas la mort de l’adolescent de 17 ans, abattu à bout portant le 27 juin 2023, dont les images diffusées massivement sur les réseaux sociaux avaient déclenché plusieurs nuits d’émeutes à travers la France.

Les Arguments De La Cour Pour Écarter Le Meurtre
La juridiction versaillaise fonde sa requalification sur l’analyse de l’état d’esprit du policier au moment fatidique. Selon la cour, Florian M. avait pu avoir la conviction qu’en redémarrant, la Mercedes était susceptible de porter atteinte à l’intégrité physique de tiers ou à la sienne. Cette perception d’une menace immédiate constitue le pivot de l’argumentation juridique retenue.
Ce raisonnement évacue l’intention de tuer pour privilégier la thèse d’un tir motivé par une réaction face à un danger perçu. La cour reconstruit ainsi la scène du 27 juin 2023 à Nanterre non comme un acte prémédité, mais comme une réponse disproportionnée à une situation de tension lors du contrôle routier. Le redémarrage du véhicule devient l’élément central justifiant l’usage de l’arme, même si le tir à bout portant a provoqué la mort instantanée de l’adolescent de 17 ans.
La chambre de l’instruction confirme par ailleurs le non-lieu pour le second policier présent lors de l’intervention. Cette décision achève de circonscrire les responsabilités au seul tireur, tout en validant le cadre général de l’opération de contrôle. La distinction établie entre les deux fonctionnaires renforce l’analyse d’un acte individuel plutôt que d’une défaillance systémique, une lecture qui influencera nécessairement les débats à venir devant la cour criminelle.

La Défense Du Policier Réclame Un Non-Lieu Total
L’arrêt de la cour d’appel ne satisfait pas pleinement la défense de Florian M., qui y voit une demi-mesure insuffisante. Laurent-Franck Liénard, son avocat, reconnaît certes que l’absence d’intention homicide a été établie : « S’agissant de mon client, la cour a décidé qu’il n’y avait pas d’intention d’homicide, c’est-à-dire qu’il n’a pas essayé de tuer Monsieur Nahel Merzouk ». Mais cette reconnaissance ne représente qu’une victoire partielle à ses yeux.
Le conseil du policier adopte une posture offensive en dénonçant le maintien des poursuites malgré la requalification. « La cour n’a pas eu le courage de prononcer le non-lieu qu’elle devait prononcer puisque nous sommes dans un cas d’application stricte du droit et mon client n’a fait qu’appliquer la loi », affirme-t-il avec véhémence. Cette argumentation repose sur l’idée que le tir s’inscrivait dans le cadre légal d’usage de l’arme face à une menace, rendant toute poursuite injustifiée selon la défense.
Maître Liénard ne s’arrête pas à ce constat. Il annonce un pourvoi en cassation, manifestant sa détermination à obtenir l’abandon total des charges contre le fonctionnaire. Cette stratégie révèle une volonté de transformer la requalification en tremplin vers une relaxe complète, alimentant inévitablement la colère de la partie civile.

L’Indignation De La Famille Et La Dimension Politique
La requalification du tir provoque une réaction diamétralement opposée du côté de la partie civile. Maître Frank Berton, avocat de Mounia Merzouk, qualifie sans détour la décision de « scandaleuse et honteuse ». Pour la mère de Nahel, cette issue judiciaire s’apparente à une trahison : « Je peux vous dire que la mère de Nahel est scandalisée, tous ses comités de soutien le sont aussi : jusqu’à présent ils ont fait confiance à la justice, et la chambre de l’instruction de Versailles confisque le débat qui devait se tenir devant une cour d’assises », dénonce l’avocat.
Cette virulence s’explique par la portée symbolique des assises. En écartant cette juridiction, la cour d’appel prive la famille d’un procès populaire devant jury, forum qu’elle estimait essentiel pour examiner les responsabilités dans la mort de l’adolescent. Maître Berton va plus loin en dénonçant des « barrières de protection pour le policier », accusant la justice de céder à une logique corporatiste : « On ne va pas renvoyer un policier devant une cour d’assises ».
Le conseil transforme alors l’analyse juridique en réquisitoire politique. Il qualifie l’arrêt de « décision pas que juridique mais aussi politique », suggérant que des considérations extérieures au droit pur ont influencé les magistrats. Cette lecture nourrit la défiance d’une partie de l’opinion envers l’institution judiciaire, trois ans après les émeutes qui avaient embrasé la France. Maître Berton annonce un pourvoi en cassation sur les dispositions civiles, prolongeant une bataille judiciaire devenue éminemment symbolique.










