📌 Parcoursup : mention très bien au bac mais 11 refus dont Sciences Po, le système de pondération en cause
Posted 8 mars 2026 by: Admin

L’Effondrement D’Un Rêve Malgré L’Excellence
Le 2 juin 2025, Esteban Battaglia, 17 ans, découvre ses résultats Parcoursup. Sur son écran, 11 refus s’affichent en rouge. Sciences Po Paris : refusé. Sciences Po Bordeaux : refusé. Les IEP de Toulouse, Strasbourg, Saint-Germain-en-Laye, Rennes, Lyon, Lille et Aix-en-Provence : non admissible au concours commun. Sa note d’avril ne lui a même pas permis d’accéder aux oraux pour défendre sa motivation. Pourtant, ce lycéen du privé Sainte-Marie Bastide à Bordeaux vient de décrocher une mention « très bien » au baccalauréat général avec 16/20 de moyenne.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 18/20 en SES, 18/20 à l’oral d’histoire, 18/20 à l’écrit de français en première, 16 en géopolitique, 14 en philosophie. Un profil parmi les meilleurs de sa classe, construit méthodiquement depuis des années dans un seul but : intégrer Sciences Po. « Je me levais tous les matins en me disant que mon but dans la vie était d’entrer à Sciences Po », confie-t-il à Sud Ouest.
L’excellence académique ne garantit plus rien. Esteban rejoint les rangs de ces bacheliers dont les espoirs s’effondrent face aux algorithmes de Parcoursup. Derrière la mention, les notes solides et la préparation intensive, se cache une réalité implacable : dans le système actuel, même l’exemplarité ne suffit plus à franchir les portes des grandes écoles. La question de sa mère résonne comme un constat amer : « Où est la méritocratie ? »

Le Parcours Exemplaire D’Un Élève Modèle
Cette quête de Sciences Po n’était pas un caprice d’adolescent. Depuis la 6e, Esteban a endossé le rôle de délégué de classe, année après année. En terminale, il devient écodélégué, mène des actions concrètes pour le tri des déchets dans son établissement. Il choisit l’option « droit et enjeux du monde contemporain », directement liée à son projet d’études. Chaque semaine, il consacre du temps à aider des élèves de CE2 à faire leurs devoirs. Entre deux révisions, il trouve encore l’énergie pour les répétitions de son groupe de musique, où il joue du piano.
Tout cela avec 50 minutes de trajet quotidien pour rejoindre le lycée Sainte-Marie Bastide. Un emploi du temps saturé, assumé consciemment pour construire le dossier parfait. Chaque engagement, chaque responsabilité, chaque activité était pensée pour montrer son sérieux, sa polyvalence, son investissement. Les qualités censées être valorisées par Sciences Po.
Pourtant, début juin, c’est l’incompréhension totale. « Assommé », selon les mots de sa mère à Sud Ouest. Quelques jours pour encaisser le choc avant les épreuves du bac, qu’il réussit brillamment malgré tout. Mais la déception reste intacte. Des années d’efforts méthodiques pour cocher toutes les cases du candidat idéal, et une plateforme qui les ignore. Le système a évalué son dossier, l’a comparé, pondéré, classé. Et l’a écarté.

La Mécanique Impitoyable De La Sélection
L’explication du refus tient en quelques mots techniques : indicateur d’écart. Sciences Po Bordeaux pondère les notes d’admissibilité en comparant les résultats du candidat à ceux de sa classe. Six élèves ont obtenu la mention « très bien » au lycée Sainte-Marie Bastide. Cette performance collective, loin d’être un atout, dilue mécaniquement l’avantage d’Esteban. L’algorithme ne voit pas un élève brillant, mais un élève parmi d’autres élèves brillants.
La note d’avril scelle son sort. Insuffisante pour franchir le seuil d’admissibilité au concours commun des IEP. Pas d’accès aux oraux. Pas d’opportunité de défendre sa motivation face à un jury. Tout ce qu’il avait préparé – son discours, ses arguments, sa passion pour la géopolitique – reste silencieux dans un dossier numérique. Le système a tranché avant même qu’il puisse plaider sa cause.
Cette logique de pondération révèle un paradoxe cruel. Dans une classe moins performante, avec une moyenne identique, Esteban aurait probablement franchi le cap. Mais l’excellence collective de son environnement scolaire devient une pénalité. L’algorithme transforme la réussite partagée en obstacle individuel. Six mentions « très bien » dans la même classe, et c’est tout un système méritocratique qui vacille. Les chiffres effacent le parcours, la détermination, les sacrifices. Reste une position sur liste d’attente, loin dans le classement, et un avenir suspendu à des désistements hypothétiques.

Un Avenir En Suspens Pour Un Bachelier Déterminé
Cinquante-deuxième en liste d’attente à l’IEP de Fontainebleau. Une position qui relègue Esteban dans l’incertitude totale. Il surveille également son classement pour la licence de Sciences politiques de Lille, sans garantie aucune. Chaque jour, il actualise Parcoursup, scrutant d’hypothétiques désistements qui pourraient faire avancer son rang. Un quotidien suspendu aux choix d’inconnus, à des mouvements de liste d’attente qu’il ne maîtrise pas. L’été 2025 s’annonce long, coincé entre espoir et résignation.
Une proposition d’admission existe pourtant. L’université privée catholique de l’Ouest l’a accepté. Mais les frais de scolarité dépassent largement les moyens d’une famille monoparentale. Sa mère, qui l’a soutenu dans tous ses efforts depuis des années, se heurte à une nouvelle barrière. Après l’obstacle algorithmique, l’obstacle financier. « Où est la méritocratie ? » interroge-t-elle, confrontée à un système qui promet l’égalité des chances mais la confisque aux familles modestes.
Esteban a tenu après le choc. « Assommé » selon sa mère, il s’est ressaisi pour briller au baccalauréat. Mention « très bien » confirmée, résultats exceptionnels validés. Pourtant, cette réussite éclatante ne lui ouvre aucune porte immédiate. Entre refus définitifs et solutions inaccessibles, le bachelier déterminé se retrouve dans l’impasse. Son rêve de Sciences Po s’éloigne tandis que septembre approche, sans certitude sur le campus qu’il foulera à la rentrée.










