📌 Rodéos urbains : Ségolène Royal propose de créer une école de cascadeurs plutôt que de détruire les deux-roues saisis
Posted 7 février 2026 by: Admin

La Proposition Controversée De Ségolène Royal
Janvier 2026. Alors que le gouvernement multiplie les mesures répressives contre les rodéos urbains, Ségolène Royal prend le contrepied absolu. Dans une interview accordée au média Le Crayon, l’ancienne ministre de l’Environnement dévoile une proposition qui tranche radicalement avec le discours sécuritaire ambiant : créer une école de cascadeurs destinée aux jeunes qui se livrent à ces pratiques dangereuses.
« Les gamins à qui on prend les deux roues, c’est une passion ! C’est déjà formidable d’avoir des jeunes qui ont une passion », affirme-t-elle sans détour. Une déclaration qui bouleverse les codes habituels du débat public sur ce phénomène. Là où la classe politique voit de la délinquance à éradiquer, Royal identifie une énergie à canaliser.
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle ne minimise pas les dangers : elle reconnaît que ces jeunes « font n’importe quoi » et que la pratique a causé des morts. Mais elle refuse la logique du tout-répressif. « Au lieu de ça, on réprime », déplore-t-elle, pointant l’inefficacité d’une approche qui, selon elle, ne résout rien.
Sa vision repose sur un postulat simple : cette passion exercée hors cadre peut devenir un levier de réinsertion si on lui offre un débouché légal et structuré. Une approche qui rompt frontalement avec la politique actuelle de destruction des deux-roues saisis et de sanctions renforcées.

Un Programme Complet De Réinsertion
La proposition de Royal ne se limite pas à un vœu pieux. Elle détaille un dispositif concret, presque clé en main. Premier pilier : l’utilisation de circuits désaffectés comme Montlhéry, où ces jeunes pourraient pratiquer leur passion dans un cadre sécurisé et légal. Fini les poursuites nocturnes dans les quartiers, place à un encadrement structuré.
Le volet éducatif s’articule autour d’internats scolaires où motards et gendarmes assureraient la supervision. « Vous les remettez à l’école, vous les faites encadrer », précise l’ancienne ministre. L’objectif : réinsérer ces décrocheurs tout en valorisant leurs compétences motrices plutôt que de les nier.
Mais Royal va plus loin. Elle envisage une formation aux métiers du deux-roues, notamment garagiste, secteur en pénurie chronique de main-d’œuvre. Un débouché professionnel immédiat qui transformerait une pratique illégale en expertise reconnue.
Le clou du dispositif ? Une école de cascadeurs pour le cinéma français. Les plus talentueux pourraient ainsi professionnaliser leur maîtrise technique dans une industrie qui manque cruellement de spécialistes. Ce que la société condamne comme dangereux deviendrait alors un atout valorisé et rémunéré.
Un projet ambitieux qui suppose des moyens conséquents et une volonté politique de privilégier l’éducatif au répressif. Reste une question : ces jeunes accepteraient-ils d’échanger la liberté du bitume contre la discipline d’un internat ?

La Crainte Du Basculement Dans Le Trafic
Derrière cette architecture éducative se cache une conviction : la répression actuelle fabrique des délinquants plutôt qu’elle n’en empêche. Royal pointe du doigt la pratique du broyage des deux-roues saisis, mesure spectaculaire censée dissuader les récidives. « Vous les mettriez sur un circuit qui n’est pas utilisé… Au lieu de ça, on réprime », dénonce-t-elle avec une pointe d’amertume.
Pour l’ancienne ministre, cette logique du tout-répressif pousse directement ces jeunes vers le trafic de drogue. Privés de leur passion, sans perspective ni alternative, ils basculent dans une économie parallèle autrement plus lucrative et dangereuse. Le rodéo urbain, malgré ses risques avérés et ses victimes, resterait selon elle un symptôme moins grave que la délinquance organisée qui guette.
Elle ne nie pas les dangers. « C’est très dangereux. Il y a même eu des morts », reconnaît-elle. Mais plutôt que de combattre le symptôme par la force, elle plaide pour traiter la cause : l’absence d’horizon pour des jeunes en quête d’adrénaline et de reconnaissance.
La critique est cinglante. En détruisant les motos saisies devant les caméras, l’État envoie un message de fermeté qui rassure l’opinion. Mais dans les quartiers, ces opérations coup de poing laissent des adolescents désœuvrés, vulnérables aux sollicitations des réseaux criminels.
Cette vision heurte frontalement la doctrine sécuritaire dominante, qui privilégie la sanction immédiate à l’accompagnement de long terme.

Un Projet À Contre-Courant De La Ligne Gouvernementale
Cette vision d’une seconde chance organisée se heurte pourtant à une réalité politique inflexible. Un mois avant l’interview de Royal, en décembre 2025, Laurent Nunez présentait les premières lignes d’un projet de loi sur « la sécurité du quotidien ». Au programme : sanctions renforcées contre les rodéos urbains, avec suspension immédiate du permis de conduire et saisie automatique du véhicule.
Deux philosophies diamétralement opposées. D’un côté, l’actuel ministre de l’Intérieur mise sur l’effet dissuasif de peines plus lourdes et de procédures accélérées. De l’autre, l’ancienne candidate socialiste défend une approche par la formation et l’insertion professionnelle. Le fossé idéologique est total.
Le calendrier rend la proposition de Royal doublement audacieuse. Alors que le gouvernement durcit le ton face aux incivilités urbaines, elle suggère d’investir dans des internats, des circuits, des formations. Une posture à rebours du discours sécuritaire ambiant, qui privilégie la répression immédiate aux dispositifs éducatifs de long terme.
Cette opposition traduit un clivage plus large sur la gestion des quartiers populaires. Faut-il sanctionner pour restaurer l’ordre, ou accompagner pour prévenir la délinquance ? Le débat n’est pas nouveau, mais il prend ici une forme concrète et clivante.
Face à un exécutif décidé à frapper fort, la proposition de Ségolène Royal apparaît comme un manifeste politique autant qu’une solution pratique. Un appel à changer de paradigme, lancé dans un contexte où personne ne semble prêt à l’entendre.










