📌 Rodéos urbains : Ségolène Royal propose de créer une école de cascadeurs plutôt que de réprimer les jeunes
Posted 10 janvier 2026 by: Admin

Une Proposition Qui Bouscule La Politique Répressive Actuelle
En décembre dernier, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez dévoilait les premières lignes d’un projet de loi sur « la sécurité du quotidien », prévoyant des sanctions renforcées contre les rodéos urbains : suspension immédiate du permis de conduire, saisie systématique des véhicules. Une ligne dure qui fait consensus au sein du gouvernement. Pourtant, une voix discordante s’élève avec une audace qui dérange. Dans une interview accordée au média Le Crayon, Ségolène Royal propose une alternative radicalement opposée : créer une école de cascadeurs pour ces jeunes que la République préfère sanctionner plutôt qu’accompagner.
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle défend un principe aussi simple que controversé : « éduquer plutôt que réprimer ». Face à l’arsenal répressif du gouvernement, elle brandit une vision éducative qui transforme le problème en opportunité. Là où l’exécutif voit des délinquants à punir, Royal distingue des talents à canaliser. Son approche interroge frontalement la stratégie sécuritaire actuelle et ses limites : peut-on vraiment résoudre le phénomène des rodéos urbains à coups de sanctions, sans s’attaquer aux racines du problème ? Cette proposition, aussi audacieuse soit-elle, révèle surtout l’existence de deux France politiques inconciliables sur la question de la jeunesse des quartiers.

La Passion Comme Point De Départ D’Une Solution Éducative
« Les gamins à qui on prend les deux roues, c’est une passion ! C’est déjà formidable d’avoir des jeunes qui ont une passion », affirme Ségolène Royal. Cette lecture psychologique tranche avec le discours ambiant. Là où la plupart des responsables politiques ne voient que dangerosité et inconscience, l’ancienne ministre repère l’étincelle d’un engagement, certes mal orienté, mais authentique. Elle ne minimise pas les risques : « Évidemment, ils font n’importe quoi. C’est très dangereux. Il y a même eu des morts. » Mais elle refuse de s’arrêter au constat sécuritaire.
Sa critique vise précisément l’impasse de la répression pure : « Mais il faut les sortir des quartiers. Au lieu de ça, on réprime. » Pour Royal, retirer les deux-roues sans offrir d’alternative revient à éteindre une flamme qui pourrait éclairer un parcours professionnel. Cette approche sociologique révèle une conviction : ces jeunes ne manquent pas de motivation, mais d’encadrement et de débouchés légitimes. En transformant leur passion destructrice en projet structuré, on éviterait qu’ils basculent vers des activités autrement plus néfastes. Une vision qui suppose de voir en eux non des cas perdus, mais des talents en attente de reconnaissance.

Un Programme Concret : Internat, Formation Et Débouchés Professionnels
Royal ne s’en tient pas aux principes. Elle détaille un dispositif précis : « Vous les mettriez sur un circuit qui n’est pas utilisé, genre Montlhéry ? Vous faites un internat scolaire, vous les remettez à l’école, vous les faites encadrer par des motards, par des gendarmes. » L’idée consiste à canaliser l’adrénaline sur des infrastructures délaissées, sous surveillance d’autorités légitimes. Ce cadre structuré offrirait un double avantage : maintenir l’intensité de la pratique tout en imposant des règles de sécurité strictes.
L’ancienne ministre ne s’arrête pas à l’encadrement sportif. Elle propose une formation professionnelle complète : « Vous leur donnez en plus une formation de conducteur. Vous pouvez très bien les mettre dans les métiers comme garagistes, il en manque. » Ce lien avec un secteur en pénurie de main-d’œuvre transforme la passion en compétence monnayable. Et pour les plus doués ? « Vous faites une école de cascadeurs pour le cinéma français. » L’idée paraît audacieuse, mais elle repose sur une logique implacable : ces jeunes maîtrisent déjà la conduite acrobatique, autant valoriser cette expertise dans un cadre légal et rémunérateur. Reste à savoir si cette vision pragmatique peut convaincre un gouvernement qui privilégie la sanction immédiate.

L’Enjeu Du Trafic De Drogue Et La Question De La Faisabilité
Derrière cette architecture éducative se cache un avertissement plus sombre. Royal pointe le danger d’une répression sans issue : « Au lieu de ça, on réprime. » Elle redoute que le broyage des deux-roues saisis ne précipite ces jeunes vers une alternative plus néfaste : le trafic de drogue. Confisquer la passion sans offrir de substitut crée un vide. Un vide que les réseaux criminels savent remplir avec une efficacité redoutable. L’ancienne ministre assume sa position : mieux vaut transformer ces conducteurs téméraires en professionnels encadrés que les abandonner aux « griffes du trafic ».
Reste la question brutale de la faisabilité politique. La proposition séduit par sa cohérence, mais se heurte à la ligne gouvernementale actuelle. Alors que Laurent Nunez prépare un arsenal de sanctions renforcées, l’idée d’investir dans des internats et des circuits semble relever de l’utopie. Le contexte sécuritaire impose le visible et l’immédiat : suspension de permis, saisie de véhicules. Royal défend une logique inverse, qui parie sur le temps long et l’investissement humain. Son discours questionne en filigrane : que coûte réellement la répression quand elle transforme des passionnés en délinquants ? La réponse dépendra moins de la pertinence du projet que de la volonté politique de changer de paradigme.










