📌 Tarn-et-Garonne : Un agriculteur kabyle perd toute sa récolte après des menaces racistes et un incendie criminel

Posted 13 janvier 2026 by: Admin
Un Agriculteur Kabyle Pris Pour Cible : Quand Le Racisme S’Attaque Aux Terres
Derrière les tracteurs bloquant les routes et les revendications sur l’accord UE-Mercosur se cache une réalité plus sombre du monde agricole français. En 2007, Toufik Khenouche, jeune viticulteur montalbanais d’origine kabyle installé dans le Tarn-et-Garonne, brise le silence auprès de La Dépêche : depuis deux ans, il subit menaces et sabotages criminels visant directement son exploitation. Un acharnement raciste qui révèle les fractures identitaires d’un secteur en pleine crise.
Les faits sont accablants. Sur sa bâtisse, quelqu’un a tagué « Pas d’arabe paysan ». Quelques jours plus tard, l’incendie mystérieux d’un bâtiment de stockage réduit en cendres l’intégralité de sa première récolte. Malgré les plaintes déposées, l’enquête n’identifie aucun coupable. Les agresseurs restent dans l’ombre, préférant l’anonymat des courriers dactylographiés et des intrusions nocturnes.
Le MRAP 82 organise une manifestation de soutien tandis que la justice est saisie. Mais dans un secteur où 2,8 agriculteurs se suicident chaque jour selon le Samu Social Agricole National, les difficultés de Toufik Khenouche révèlent une double peine : subir la crise économique tout en affrontant le rejet identitaire. Bertrand Gontrand, propriétaire de l’exploitation arboricole qui l’emploie, reçoit lui aussi des menaces racistes pour avoir osé former ce « paysan qui dérange ».
Parcours D’Un Pionnier : La Spécialisation Audacieuse Qui Dérange
Cette hostilité ne surgit pas du néant. Toufik Khenouche n’a pas simplement rejoint une exploitation existante : il a bâti une stratégie commerciale qui bouscule les codes locaux. Formé par Bertrand Gontrand qui lui a « tout appris », le jeune viticulteur opère un choix audacieux en se spécialisant dans le muscat de Hambourg, variété peu cultivée dans la région.
« J’ai une bonne niche commerciale », affirme-t-il avec une fierté légitime. Ce positionnement unique lui permet d’échapper à la concurrence directe et de créer sa propre demande sur un marché saturé. Là où d’autres peinent à écouler leurs productions traditionnelles, lui construit méthodiquement son réseau de clients pour ce raisin recherché.
Mais dans un secteur agricole en pleine tourmente économique, où chaque exploitation lutte pour sa survie, cette réussite naissante suscite visiblement autre chose que de l’admiration. Le tandem Gontrand-Khenouche, uni face aux difficultés, représente une forme de réussite qui dérange : celle d’un agriculteur issu d’une minorité qui ose innover plutôt que reproduire. Une audace commerciale qui, combinée à son identité, fait de lui une cible privilégiée pour ceux qui cherchent des boucs émissaires à leurs propres échecs.
L’Escalade Criminelle : De L’Intimidation À La Destruction Totale
Cette jalousie latente bascule rapidement dans la violence organisée. Quelques jours avant l’incendie qui ravagera sa première récolte, un tag sans équivoque apparaît sur la bâtisse : « Pas d’arabe paysan ». Le message est limpide, la menace explicite.
Puis vient le feu. L’incendie mystérieux du bâtiment de stockage anéantit l’intégralité de la récolte de muscat, fruit de mois de travail et d’investissement. Mais les saboteurs ne s’arrêtent pas là. Ils pénètrent par effraction dans les chambres froides où reposent plusieurs tonnes de « muscat de Noël », prêtes à être expédiées vers les clients. Les poches sont méthodiquement déchirées.
Le coup de grâce vient de l’essence. Les auteurs aspergent le raisin de carburant, transformant une marchandise commercialisable en déchet toxique. La récolte devient totalement invendable. Pas un kilo ne pourra être sauvé. La perte économique est catastrophique : des semaines de cueillette, de tri et de conditionnement réduites à néant à quelques jours de la commercialisation.
Cette escalade révèle une détermination glaçante. Il ne s’agit plus d’intimider, mais d’anéantir économiquement. Chaque acte témoigne d’une connaissance précise de l’exploitation, de ses cycles de production, de ses points vulnérables. Une violence calculée qui vise à briser un homme avant même qu’il n’ait pu prouver sa légitimité.
Un Racisme Ordinaire Ancré Dans Le Milieu : « Dans Les Écoles Agricoles, J’Étais Déjà Le Seul Arabe »
Cette violence calculée ne surgit pas du néant. Pour Toufik Khenouche, le racisme dans le monde agricole n’est pas une découverte. « Dans les écoles agricoles, j’étais déjà le seul Arabe de la classe », confie-t-il à La Dépêche. Une solitude qui forge la conscience précoce d’une différence perçue comme dérangeante.
Mais l’agriculteur établit une distinction cruciale : « Des fachos, j’en ai rencontré, mais c’était en face ». Avant, les confrontations étaient directes, assumées. Aujourd’hui, ses persécuteurs agissent dans l’ombre, protégés par l’anonymat. Cette lâcheté révèle une haine plus insidieuse, plus dangereuse car jamais revendiquée.
Bernard Gontrand, son mentor et propriétaire de l’exploitation, paie également le prix de son soutien. Dans sa boîte aux lettres, deux courriers anonymes dactylographiés : des menaces racistes visant son protégé. Le message est clair : ceux qui accompagnent Toufik deviennent eux aussi des cibles. Une stratégie d’isolement social destinée à briser toute solidarité.
Malgré les plaintes déposées, les investigations n’ont jamais permis d’identifier les auteurs. Le MRAP 82 organise une manifestation de soutien, mais l’impunité persiste. Les agresseurs restent tapis dans l’ombre, laissant planer une menace permanente sur l’exploitation.
Cette omerta témoigne d’un racisme systémique qui refuse de s’exposer tout en cherchant à éliminer ceux qui ne correspondent pas à l’image fantasmée du paysan français.










