📌 Exclusion scolaire : ce collège de la Drôme envoie ses élèves sanctionnés aux Restos du Cœur pour les responsabiliser
Posted 22 février 2026 by: Admin

Une Sanction Révolutionnaire Au Collège De L’Europe
Le 13 janvier 2026, le collège de l’Europe à Bourg-de-Péage franchit un cap inédit. La direction signe une convention avec le centre des Restos du Cœur de Romans-sur-Isère, officialisant une alternative radicale aux exclusions scolaires traditionnelles. Désormais, certains élèves sanctionnés pourront troquer les journées de renvoi contre des heures de bénévolat en soirée ou le week-end, au service des plus démunis.
Dans cet établissement de 900 élèves ayant prononcé une trentaine d’exclusions l’an dernier, l’initiative répond à une impasse éducative. « L’objectif est de renforcer la dimension éducative de la sanction », expose Fabien Cotte, le principal. « Faire réfléchir l’élève, le faire se responsabiliser, qu’il soit un peu plus mature. » Mais le chef d’établissement ne cache pas la difficulté de cette démarche : il s’agit d’« une mesure très rarement mise en place par les établissements scolaires car on a beaucoup de mal à trouver des partenaires ».
Face aux insultes, petites violences ou attitudes irrespectueuses, le collège refuse désormais la facilité du renvoi pur et simple. L’élève menacé d’exclusion « pourra aller aux Restos du Cœur pour découvrir, donner un coup de main aux bénévoles », détaille Fabien Cotte. Une punition qui, dans les faits, ressemble surtout à une immersion dans une réalité sociale ignorée.

Du Conseil De Discipline Au Tri Alimentaire : Un Parcours Encadré
Cette alternative au renvoi ne s’improvise pas. Tout commence par un entretien réunissant l’équipe éducative, la famille et l’élève concerné. Sans son acceptation, l’exclusion classique s’applique. S’il consent, l’exclusion est suspendue et des créneaux hors temps scolaire lui sont proposés : soirées ou samedis, pour éviter toute rupture avec les cours.
Les missions confiées restent adaptées à leur âge. Tri de denrées alimentaires, préparation de colis, aide à l’accueil des familles en difficulté. Des tâches concrètes, loin de l’abstraction des heures de colle où l’on recopie des lignes sans comprendre le sens de sa punition. Chaque séance se déroule sous la supervision permanente d’un adulte référent, qu’il vienne des Restos du Cœur ou du collège.
La convention signée détaille précisément la durée, les tâches autorisées et les règles de sécurité. Rien n’est laissé au hasard. Le centre de Romans accueille environ 450 familles dans le besoin. Pour ces adolescents habitués à recevoir, le choc est frontal : ils découvrent des files d’attente, portent des colis pour ceux qui peinent à boucler leurs fins de mois. Cette confrontation au réel change leur regard sur leur propre quotidien, souvent perçu comme insatisfaisant jusqu’à cette expérience.

Confrontation Au Réel : Quand Les Adolescents Découvrent La Précarité
Ces missions aux Restos du Cœur provoquent un choc immédiat. Plongés dans un centre qui aide 450 familles chaque semaine, les collégiens sanctionnés observent des files d’attente qu’ils n’imaginaient pas si proches de chez eux. Ils portent des colis pour des personnes qui calculent chaque euro, écoutent des histoires de fins de mois impossibles, de choix entre le chauffage et les courses.
Cette immersion brutale fait voler en éclats leurs certitudes. Ce qu’ils considéraient comme normal devient soudain un privilège. Les plaintes habituelles sur un smartphone pas assez récent ou des vêtements de marque refusés perdent leur poids face aux témoignages de parents qui se privent pour nourrir leurs enfants.
Le changement de perspective opère vite. Ces adolescents découvrent que la précarité n’est pas une abstraction lointaine, mais une réalité concrète qui touche des centaines de familles à quelques kilomètres de leur collège. Porter ces cartons, trier ces denrées, croiser ces regards les force à sortir de leur bulle. L’expérience les confronte à une réalité sociale qu’ils ignoraient, transformant une sanction disciplinaire en leçon d’humilité et de solidarité.
Cette prise de conscience dépasse largement l’objectif initial de punir un écart de conduite. Elle ouvre une brèche dans leur vision du monde, les rendant potentiellement plus matures et responsables.

Un Cadre Légal Existant Mais Sous-Exploité Depuis 2011
Cette initiative n’invente rien juridiquement. Elle s’appuie sur les mesures de responsabilisation inscrites dans le Code de l’éducation depuis 2011, un dispositif méconnu qui autorise le remplacement de certaines exclusions par une activité d’intérêt général. Proportionnée, personnalisée et obligatoirement inscrite au règlement intérieur, cette alternative existe depuis quinze ans sans avoir conquis les établissements français.
La raison ? Fabien Cotte l’expose sans détour : trouver des partenaires relève du parcours du combattant. Associations débordées, questions d’assurance, coordination complexe entre temps scolaire et disponibilité des structures… Les obstacles découragent la plupart des directions. Le collège de l’Europe figure donc parmi les rares à franchir le pas, transformant une possibilité théorique en réalité concrète.
L’application reste volontairement limitée et sélective. Tous les cas d’exclusion ne donnent pas accès à ce dispositif. La gravité des faits, le profil de l’élève, sa capacité à tirer profit de l’expérience : autant de critères scrutés avant de proposer cette alternative. Sur la trentaine d’exclusions prononcées l’an dernier, seule une poignée d’élèves se verrait offrir cette option.
Ce cadre strict garantit la cohérence du dispositif tout en préservant son caractère exceptionnel. L’objectif n’est pas de généraliser, mais de cibler les situations où cette confrontation au réel peut réellement faire basculer un comportement.










