
Flavie Flament n’en était pas à sa première prise de parole sur ce sujet. Elle avait déjà témoigné de façon anonyme dans la deuxième enquête de Mediapart, publiée le 7 mai 2026, sous le pseudonyme « Eva ». En décidant de lever l’anonymat et de franchir le pas judiciaire, elle a déclaré : « Je parle pour la jeune fille que j’étais. »
La question de la prescription est centrale dans ce volet de l’affaire. Des faits remontant à 1991 sont en principe prescrits. Mais les avocats de Flavie Flament entendent démontrer que la « criminalité sérielle » reprochée au chanteur pourrait avoir des « conséquences directes sur la question de la prescription » dans ce dossier spécifique. Cette théorie juridique reste à valider par les juges, mais elle illustre la complexité procédurale de l’ensemble de l’affaire.
Interrogé par Mediapart sur cette accusation précise, Patrick Bruel a confirmé avoir rencontré Flavie Flament et reconnu « une relation épisodique », mais s’est dit « parfaitement certain » de ne jamais l’avoir droguée ni agressée.
La Belgique entre dans le dossier, les témoignages continuent de s’accumuler
L’affaire a franchi les frontières françaises fin mars 2026, lorsque la justice belge a ouvert une enquête après la plainte de Karine Viseur, attachée de presse belge. Elle accuse Patrick Bruel d’une agression sexuelle survenue en 2010 dans les locaux de la RTBF à Bruxelles. Les faits présumés se seraient produits lors d’une journée de promotion du film « Comme les cinq doigts de la main ». Karine Viseur, alors âgée de 38 ans, décrit avoir été « coincée » dans une salle de maquillage, avoir subi « une déferlante de caresses », avant d’être contrainte d’entrer dans des toilettes au siège de la radiotélévision publique francophone.

Au-delà des plaintes formelles, c’est l’ampleur du corpus de témoignages qui frappe. Le 7 mai 2026, Mediapart avait publié une nouvelle enquête faisant état de quinze témoignages inédits. Au total, selon le média d’investigation, plus de trente femmes auraient décrit des faits de nature similaire. Ces témoignages ne sont pas tous assortis de plaintes formelles, mais ils alimentent trois enquêtes judiciaires menées simultanément : l’une à Paris pour tentative de viol, une autre à Saint-Malo pour viol, et une troisième à Bruxelles pour agression sexuelle.
La défense de Patrick Bruel : sérénité affichée et dénégations systématiques
Face à l’accumulation des plaintes et des témoignages, Patrick Bruel a jusqu’ici laissé la parole à son avocat, Maître Christophe Ingrain. Interrogé sur BFMTV, ce dernier a indiqué que le chanteur regardait « tout ça avec beaucoup de sérénité » et que les accusations étaient « infamantes pour Patrick Bruel, qui n’a jamais commis évidemment les faits qui lui sont reprochés ». Sur la plainte de Flavie Flament en particulier, ses avocats ont été plus précis, assurant qu’il n’a « jamais drogué Flavie Flament, et ne lui a imposé aucun rapport sexuel ».

De façon plus générale, la défense affirme que le chanteur « n’a jamais cherché à contraindre quiconque à un acte sexuel » et « n’a jamais outrepassé un refus ». Il convient de rappeler que Patrick Bruel n’est à ce stade pas mis en examen et bénéficie de la présomption d’innocence. Son entourage a par ailleurs indiqué à RTL qu’une prise de parole publique de sa part était envisagée dans les prochains jours.

