Ce qui aurait pu être vécu comme une injustice ultime devient, dans son récit, une nouvelle manifestation de sa bonne étoile. « Là aussi j’ai eu du pot. Il me restait cinq mois à faire avant la retraite et j’ai pu avoir les indemnités de départ », explique-t-il. Les indemnités compensent largement les cinq mois perdus. Le licenciement brutal se transforme en sortie financièrement avantageuse.
Cette capacité à retourner chaque épreuve en chance caractérise toute son existence. Où d’autres verraient un coup du sort, Paul Petit décèle une opportunité. Une philosophie forgée dans les privations et les camps, qui l’accompagnera jusqu’à cet infarctus de 1995 dont il ne devrait pas revenir vivant.

104 Ans Et Autonome À Ney : Le Doyen Du Jura Sauvé Par Un Baquet D’eau Froide
Vingt ans après son licenciement, alors que Paul Petit coule une retraite paisible à Ney, la mort frappe à nouveau. 1995 : infarctus massif. À 74 ans, il s’effondre chez lui. Son fils le découvre inanimé et prend une décision radicale : un baquet d’eau froide en guise de défibrillateur improvisé.
« C’est mon fils qui m’a trouvé et m’a administré un baquet d’eau froide. Ça a fait un électrochoc, il m’a sauvé la vie », raconte-t-il. Le choc thermique relance le cœur. Une méthode brutale, non conventionnelle, mais terriblement efficace. « Là encore j’ai eu beaucoup de chance. Mais on n’arrive pas à 104 sans une bonne étoile », admet le centenaire.
Trente ans plus tard, Paul Petit vit toujours chez lui. Il cuisine, entretient sa maison, remplit des grilles de mots fléchés en suivant l’actualité. « Tous les jeudis je vais faire mes courses avec mon fils », confie-t-il. Le même fils qui lui a sauvé la vie continue de veiller sur lui, sans l’empêcher de rester pleinement autonome.
Dans le Jura, il détient désormais le titre de doyen du département. Cinquante ans de retraite au compteur, une lucidité intacte, une indépendance préservée. Sa formule résume tout : « J’ai eu de la chance toute ma vie, mais il en faut pour arriver à plus de 100 ans ». Entre le camp de Nuremberg et ce baquet salvateur, Paul Petit a traversé un siècle en esquivant la mort à répétition.

