📌 Prison : les détenus bientôt facturés 32 euros par jour pour leur incarcération, un projet de loi divise l’Assemblée
Posted 17 février 2026 by: Admin

La Proposition Choc d’Eric Pauget : Faire Payer les Détenus Pour Leur Incarcération
C’est un texte qui ne passe pas inaperçu dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Le 2 décembre 2025, le député Eric Pauget (droite républicaine) dépose une proposition de loi visant à contraindre les détenus à participer financièrement à leurs frais d’emprisonnement. Le montant avancé : 32 euros par jour, à la charge des personnes incarcérées.
Ce n’est pas un coup d’essai. Il s’agit en réalité de la quatrième proposition de loi sur ce sujet depuis 2025, signe que l’idée s’installe durablement dans le débat parlementaire. Pour Pauget, l’heure est à la responsabilité budgétaire. Dans un contexte où la France traverse une période d’austérité assumée, le député justifie sa démarche sans détour : « À l’heure où la France est confrontée à une exigence de rigueur budgétaire nécessitant des efforts exceptionnels de la part de nos concitoyens, et que notre société paye déjà le prix de l’insécurité, la question de la participation financière des détenus à leurs frais d’incarcération interroge la représentation nationale. »
La logique économique est implacable. Chaque détenu coûte aujourd’hui 128 euros par jour à l’État, soit 47 000 euros par an. La participation demandée ne représenterait donc qu’un quart de cette somme — mais l’ampleur globale de la facture, elle, dépasse l’entendement et constitue le véritable moteur de cette initiative.

Une Prison à 4 Milliards d’Euros : le Chiffre qui Justifie Tout
Derrière cette facture de 47 000 euros par détenu et par an se cache une réalité bien plus vertigineuse. Globalement, le système pénitentiaire français engloutit 4 milliards d’euros chaque année dans les finances publiques — une somme qui, à elle seule, suffit à comprendre pourquoi la proposition Pauget trouve un écho croissant à l’Assemblée.
Mais le problème ne se résume pas à une question de budget. La France est confrontée à une crise structurelle de surpopulation carcérale que les chiffres rendent difficilement contestable : 85 373 détenus pour seulement 62 668 places disponibles, selon le ministère de la Justice. Ce déficit de plus de 22 000 places oblige l’État à envisager simultanément la construction de nouveaux établissements et la rénovation des prisons existantes — deux chantiers coûteux, financés par le contribuable.
C’est précisément ce cumul de pressions — surpopulation chronique, vétusté des infrastructures, austérité budgétaire — qui constitue l’argumentaire central d’Eric Pauget. Sa formule résume l’esprit de la proposition : « Comme celui qui casse doit réparer, celui qui dort en prison doit participer à leur entretien, à leur construction et au renforcement de la sécurité des agents pénitentiaires. »
Une conviction que partagent, au-delà de son seul camp politique, plusieurs voix inattendues au sein de l’hémicycle.

Des Précédents Européens et des Soutiens Politiques Inattendus
Ces « voix inattendues » ne surgissent pas du vide. L’idée de faire contribuer les détenus à leurs frais d’incarcération existe déjà concrètement au Danemark et aux Pays-Bas — deux pays dont les systèmes pénitentiaires font pourtant figure de références en matière de réhabilitation. Une légitimité internationale qui renforce considérablement la crédibilité du texte Pauget.
En France, le ralliement politique dépasse les frontières du groupe droite républicaine. Les membres de l’UDR et du Rassemblement National ont exprimé leur soutien à la démarche. Plus significatif encore : le député indépendant Christophe Naegelen s’était lui-même saisi du sujet dès mars 2025, avec une proposition similaire. Son raisonnement s’appuyait sur un parallèle éclairant — le forfait hospitalier de 20 euros par jour supporté par les patients, ou la participation financière exigée des résidents en Ehpad. Pourquoi les détenus feraient-ils exception ?
Naegelen suggérait également une modulation du montant en fonction des revenus, ressources ou patrimoine de chaque détenu — une nuance qui tempère l’aspect forfaitaire brut de la mesure.
L’implication de Gérald Darmanin confère à ce dossier une tout autre dimension. Le ministre de la Justice a non seulement évoqué le sujet dans une lettre adressée à l’administration pénitentiaire, mais l’a également défendu lors du 20 heures de TF1 — signalant qu’au sommet de l’exécutif, l’idée est loin d’être écartée.

Un Texte qui Divise : les Socialistes Montent au Créneau
L’appui du ministre de la Justice n’aura pas suffi à éteindre la controverse. Si la proposition Pauget fédère à droite, elle cristallise à gauche une opposition frontale, emmenée notamment par les députés socialistes. Les débats promettent d’être houleux lors de l’examen du texte à l’Assemblée nationale — et les arguments de fond ne manquent pas.
Au cœur de la fracture : la question de la modulation du forfait selon les ressources du détenu. La piste suggérée par Christophe Naegelen — ajuster le montant en fonction des revenus, du patrimoine ou des ressources personnelles de chaque incarcéré — est précisément celle qui concentre le plus de résistances. Car derrière l’équation financière se profile une interrogation plus profonde : peut-on tarifer la peine sans en dénaturer le sens ?
Les opposants au texte soulèvent des enjeux de justice sociale difficilement contournables. Une majorité de détenus étant issus de milieux défavorisés, un forfait journalier — même modulé — risque d’alourdir une précarité déjà sévère à la sortie de prison, compromettant les chances de réinsertion.
32 euros par jour : un chiffre qui paraît modeste au regard des 128 euros supportés par l’État, mais qui représente bien davantage qu’une simple ligne budgétaire. Il incarne une vision du système pénitentiaire — entre logique réparatrice et impératif de réhabilitation — que l’hémicycle devra trancher sans esquiver les contradictions qu’elle révèle.










