
« Je Suis Une Femme Totalement Détruite » : le Témoignage Fracassant de Gisèle Pélicot Face à la Cour
Le 23 octobre, la cour criminelle de Vaucluse retient son souffle. Gisèle Pélicot, 71 ans, droguée à son insu et violée pendant une décennie par des dizaines d’inconnus recrutés par son propre mari, prend la parole. Sa voix porte une douleur sans fond, mais aussi une conviction inébranlable.
« Je suis une femme totalement détruite », déclare-t-elle devant une salle suspendue à ses lèvres. Cette phrase, nue et sans détour, résonne comme un séisme dans l’enceinte judiciaire. Pourtant, c’est précisément dans cet aveu de destruction que se révèle une force peu commune.
Car Gisèle Pélicot a fait un choix délibéré : lever le huis clos. Non par goût de l’exposition, mais par calcul stratégique au service d’une cause qui dépasse son seul cas. Elle le formule sans ambiguïté : « que toutes les femmes qui sont victimes de viol se disent ‘Madame Pélicot l’a fait, on peut le faire’ ».
Son message central touche à la honte — ce mécanisme silencieux qui paralyse les victimes. « Je ne veux plus qu’elles aient honte. La honte, ce n’est pas à nous de l’avoir, c’est à eux. » En quelques mots, elle renverse une dynamique aussi vieille que l’impunité elle-même.
Cette prise de parole historique n’est pourtant que le premier front d’un combat bien plus âpre. Car dans ce même prétoire, Gisèle Pélicot allait devoir affronter quelque chose d’aussi dévastateur : la tentative organisée de la désigner elle-même comme coupable.

« Alcoolique, Complice, Consentante » : la Mécanique de Stigmatisation à l’Œuvre Contre la Victime
Dans ce même prétoire où elle venait de renverser la logique de la honte, Gisèle Pélicot a dû faire face à une offensive d’une autre nature — plus insidieuse, plus calculée.
« On m’a dit que j’étais complice, consentante. On a même essayé de me dire que j’étais alcoolique. Il faut être solide pour être devant cette cour criminelle. » Ces mots, prononcés avec une lucidité glaçante, révèlent la mécanique classique du retournement de culpabilité : transformer la victime en accusée.
Au cœur de cette stratégie, les femmes de l’entourage des prévenus. Épouses, mères, sœurs — elles ont défilé à la barre pour attester du caractère « exceptionnel » de leurs proches. Gisèle Pélicot les a observées, puis répondu sans détour : « Moi, j’avais le même à la maison. » Une phrase qui dit tout sur l’invisibilité du prédateur ordinaire.
Car c’est précisément cet angle qu’elle choisit d’attaquer : « Le violeur n’est pas celui qu’on rencontre dans un parking, tard le soir. » En une seule formule, elle dynamite des décennies de représentations erronées sur la figure du violeur, renvoyant la responsabilité là où elle appartient.
Face à ces tentatives de déstabilisation, Gisèle Pélicot n’a pas vacillé. Une résistance qui allait se prolonger jusqu’au cœur même du prétoire, notamment lorsque certains accusés ont cru pouvoir clore leur acte par quelques mots d’excuses.



