Supprimé depuis 1997, le service militaire obligatoire continue d’influer sur le calcul de la retraite de millions de Français. Selon leur année de naissance, les anciens appelés peuvent valider jusqu’à quatre trimestres — ou seulement trois — sans avoir cotisé. Cette différence de traitement entre générations relance régulièrement un débat parlementaire sur l’équité des droits.
En bref
- —Jusqu’à 4 trimestres de retraite pour les nés avant 1970
- —La génération X plafonnée à 3 trimestres depuis la réforme de 1992
- —Un retour du service militaire volontaire évoqué pour 2026
Nés avant 1970 : jusqu’à 4 trimestres validés grâce au service militaire
Pour les générations nées avant 1970, le service militaire complet ouvre droit à la validation de quatre trimestres de retraite. Chaque trimestre correspond à une période de 90 jours de service, consécutifs ou non. Une année entière sous les drapeaux représentait donc un avantage concret pour atteindre le taux plein.

Ces trimestres sont dits assimilés : aucune cotisation n’est requise pour les valider. Ils s’ajoutent aux trimestres cotisés au cours de la carrière professionnelle et peuvent améliorer à la fois l’âge de départ et le montant de la pension.
Cette disposition reconnaît l’engagement citoyen des appelés, qui ont interrompu leur vie professionnelle ou leurs études pour effectuer leur service national. Pour les carrières longues ou marquées par des interruptions, ces trimestres peuvent faire une différence significative dans le calcul de la retraite.
Génération X : un mois de service non comptabilisé, trois trimestres au lieu de quatre
La réduction du service national à dix mois en 1992 a eu une conséquence directe sur les droits à la retraite des hommes nés après 1970 : ils ne peuvent valider que trois trimestres, et non quatre. Le mois manquant pour atteindre 12 mois ne permet pas de compléter le quatrième bloc de 90 jours.

Cette situation est d’autant plus mal vécue que ces appelés percevaient une solde symbolique et ne pouvaient pas, pendant cette période, exercer une activité rémunérée ni cotiser à un autre titre. Selon Le Figaro, certains parlementaires estiment que « le mois manquant ne devrait pas pénaliser la retraite ».
Le plafonnement à trois trimestres est perçu comme une injustice par une partie des élus, qui soulignent que ces jeunes appelés avaient au maximum 22 ans au moment de la réforme et n’ont pas choisi la durée de leur service.
La fin du service militaire obligatoire en France
Le service militaire obligatoire a été suspendu en France en 1997, sous la présidence de Jacques Chirac, dans le cadre de la professionnalisation des armées. Avant cette date, tous les jeunes hommes étaient tenus d’effectuer leur service national, dont la durée a progressivement diminué au fil des réformes — passant de 12 mois à 10 mois en 1992. Cette histoire législative explique directement les inégalités de droits à la retraite observées aujourd’hui entre les générations.
Des règles précises pour valider ses trimestres, sans cotisation obligatoire
Le calcul des trimestres liés au service militaire repose sur des règles strictes. Un trimestre est attribué pour chaque période complète de 90 jours, et ces périodes peuvent être fractionnées sur différents moments du service. Seuls les services effectués avant certaines dates, variables selon la génération, sont pris en compte.

L’avantage majeur de ces trimestres assimilés est qu’ils ne nécessitent aucune cotisation de la part de l’assuré. Ils viennent s’additionner aux trimestres cotisés tout au long de la carrière pour déterminer l’âge de départ et le taux plein de la pension.
Pour les assurés dont la carrière a été marquée par des périodes de chômage, de maladie ou d’emploi à temps partiel, ces trimestres peuvent représenter un levier concret pour améliorer leurs droits à la retraite sans démarche de cotisation supplémentaire.
Un débat parlementaire ouvert, et un retour du service militaire évoqué pour 2026
La question de l’équité entre générations est régulièrement soulevée dans les débats parlementaires. Des députés proposent d’aligner les droits de toutes les générations concernées, en reconnaissant pleinement l’engagement des appelés quelle que soit la durée de leur service. Le ministère des Armées a cependant précisé que toute évolution des règles relève du ministère du Travail et des Solidarités, ce qui implique une décision politique et une modification des textes législatifs.

En parallèle, le président Emmanuel Macron a évoqué un retour du service militaire à partir de 2026, sous une forme uniquement volontaire. Cette perspective pourrait à terme créer de nouvelles règles concernant les trimestres attribuables aux participants, selon la durée et les conditions exactes du service.
L’objectif affiché serait de concilier engagement citoyen et reconnaissance dans le cadre du calcul de la retraite, tout en respectant le principe du volontariat. Les modalités précises — durée, statut, droits associés — restent à définir dans les textes législatifs à venir.
Sur le plan législatif, la balle est dans le camp du ministère du Travail et des Solidarités, seul compétent pour modifier les règles de validation des trimestres. Des amendements parlementaires pourraient être déposés lors des prochains débats budgétaires ou dans le cadre d’une nouvelle réforme des retraites. Quant au service militaire volontaire évoqué par Emmanuel Macron pour 2026, ses modalités concrètes — durée, statut des participants, droits à la retraite associés — restent à préciser dans les textes réglementaires.


