Du Canard Enchaîné à la justice européenne : la chronologie de l’affaire
L’affaire prend racine dans une enquête du Canard Enchaîné qui révèle pour la première fois les conditions dans lesquelles les sessions de média training auraient été détournées de leur objet initial. La publication de cet article déclenche une réaction immédiate de la société civile.

En décembre 2025, l’association AC!! Anti-Corruption dépose une plainte contre X pour détournement de fonds publics devant la justice française. Elle s’appuie directement sur les éléments publiés par l’hebdomadaire, estimant que « les fonds détenus par les membres du Rassemblement national en leur qualité d’eurodéputés » auraient été utilisés « à des fins étrangères à leur attribution ».
Saisi en premier lieu, le Parquet national financier (PNF) décide de transmettre le dossier au parquet européen pour « évaluation ». Après plusieurs semaines d’examen des éléments réunis, cette instance franchit le pas et ouvre formellement une enquête — signal fort quant à la crédibilité initiale accordée aux accusations.
Le RN conteste et brandit la menace judiciaire
Face à ces accusations, le Rassemblement national oppose un démenti ferme. Le parti affirme que les prestations de média training ont été réalisées « dans le respect des règles du Parlement européen, validées par ses services », et qu’elles portaient sur des thèmes strictement européens. Le RN soutient en outre que ces formations auraient été interrompues dès le démarrage officiel de la campagne présidentielle.

Jordan Bardella, de son côté, « conteste bien entendu ces accusations qui le visent dans le contexte politique que l’on connaît », selon les termes du parti transmis à l’AFP lors du dépôt de la plainte. Il « se réserve le droit d’engager des poursuites en diffamation et dénonciation calomnieuse » contre ses accusateurs.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte judiciaire déjà chargé pour le Rassemblement national. Le parti a été confronté à des accusations similaires dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires européens, qui a abouti à la condamnation de Marine Le Pen. Pour Jordan Bardella, qui aspirait jusqu’ici à tenir à distance les turbulences judiciaires du mouvement, ce nouveau front représente une inconnue de taille.
L’ouverture d’une enquête par le parquet européen ne préjuge en rien d’une mise en examen ou d’une condamnation future : il s’agit d’une étape d’investigation, et le principe de présomption d’innocence s’applique pleinement. Mais pour le Rassemblement national, déjà fragilisé par les affaires judiciaires de ces dernières années, ce nouveau front européen représente un défi supplémentaire. Jordan Bardella, qui avait su jusqu’ici tenir son image à l’écart des turbulences judiciaires du parti, voit pour la première fois son nom directement associé à une investigation formelle. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les charges retenues se confirment et quelle suite le parquet européen entend donner à cette enquête.

