📌 1er mai : contrôlé avec 7 salariés, ce boulanger risque 5 250 € d’amende
Posted 4 mai 2026 by: Admin
Un boulanger de Bourgoin-Jallieu, en Isère, a reçu la visite de l’inspection du travail ce vendredi 1er mai 2026, alors qu’il avait ouvert son établissement avec sept salariés. Un procès-verbal a été dressé, exposant l’artisan à une amende théorique de 5 250 euros. Son cas révèle une contradiction embarrassante : le gouvernement lui avait promis une tolérance, mais la loi, elle, n’a pas bougé.
En bref
- —Contrôlé à 8h30 le 1er mai avec 7 salariés
- —Jusqu’à 5 250 € d’amende selon le Code du travail
- —La loi promise par le gouvernement pas encore adoptée
8h30, un vendredi 1er mai : l’inspection du travail débarque à la boulangerie
Ce vendredi 1er mai 2026, comme à son habitude pour la Fête du Travail, ce boulanger de Bourgoin-Jallieu avait ouvert ses portes à l’aube. Sept de ses salariés étaient à l’ouvrage au fournil quand, vers 8h30, des inspecteurs de l’inspection du travail se présentent à l’établissement.

L’artisan tente d’expliquer sa démarche : il affirme payer ses employés au double et avoir fait signer des attestations de volontariat, convaincu d’être en conformité avec le cadre légal que le gouvernement avait promis de mettre en place. « J’ai dit qu’on avait l’accord du Premier ministre. Ils m’ont répondu que ce n’était pas dans la loi », a-t-il témoigné sur l’antenne de RMC.
Les inspecteurs dressent un procès-verbal pour emploi de salariés un jour férié légalement chômé. L’argument politique ne suffit pas : dans le droit français, seule la loi adoptée par le Parlement fait foi. La bonne volonté de l’artisan et les doubles salaires versés ne changent rien à la qualification juridique de l’infraction.
Le 1er mai, un statut unique en droit français
Le 1er mai est le seul jour férié légalement obligatoire et chômé en France, contrairement aux dix autres jours fériés que les employeurs peuvent décider de faire travailler. Cette singularité, inscrite aux articles L3133-4 à L3133-6 du Code du travail, place la Fête du Travail dans une catégorie à part entière. Seules les activités ne pouvant matériellement s’interrompre — hôpitaux, transports, industries continues — bénéficient de dérogations légales.
5 250 euros d’amende : ce que dit vraiment le Code du travail
L’article R3135-3 du Code du travail est sans ambiguïté : faire travailler un salarié le 1er mai sans autorisation légale constitue une contravention de 4e classe. Le montant est fixé à 750 euros par salarié, et à 1 500 euros si le salarié concerné est mineur.

Avec sept personnes présentes au fournil ce matin-là, le boulanger de Bourgoin-Jallieu s’expose donc théoriquement à 5 250 euros d’amende — un chiffre généralement arrondi à « 5 000 euros » dans les médias qui ont relayé l’affaire.
La procédure suit son cours réglementaire : le procès-verbal établi par les inspecteurs est transmis au parquet, qui décidera de poursuivre ou non. C’est ensuite un juge qui prononce, le cas échéant, la sanction définitive. L’artisan affiche pour l’heure une certaine sérénité. « Ça ne me fait vraiment pas peur », a-t-il déclaré à RMC, citant le soutien de la profession et les assurances personnelles du Premier ministre.
Les promesses de Lecornu face au mur du Parlement
Depuis plusieurs semaines, le Premier ministre Sébastien Lecornu répétait publiquement que les boulangeries-pâtisseries artisanales et les fleuristes pourraient faire travailler leurs salariés le 1er mai dès 2026, à condition que ces derniers soient volontaires et rémunérés au double. Un signal politique fort, adressé à toute une profession.

Un projet de loi dédié avait été présenté en Conseil des ministres et détaillé sur le site du gouvernement. Mais ce texte n’a pas encore été adopté par le Parlement. Juridiquement, rien n’a donc changé. Une promesse politique, aussi réitérée soit-elle, ne peut pas se substituer à une norme législative.
Selon Le Journal du Dimanche, Sébastien Lecornu aurait personnellement appelé le boulanger pour le rassurer et lui promettre que la sanction ne serait pas appliquée. De son côté, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a affirmé n’avoir donné aucune consigne aux inspecteurs, tout en appelant à « l’intelligence collective ». Dans une lettre adressée aux agents de contrôle, la Direction générale du Travail a elle-même évoqué le « contexte particulier » de cette année — sans pouvoir pour autant suspendre l’application de la loi.
Que risquent vraiment les artisans qui ouvrent le 1er mai ?
Les boulangeries n’entrent pas dans les catégories d’activités légalement autorisées à faire travailler leurs salariés le 1er mai. Ces exceptions concernent les établissements qui ne peuvent interrompre leur activité en raison de leur nature même : hôpitaux, services de transport, certaines industries à feu continu.

Le volontariat des salariés et leur double rémunération — deux conditions pourtant mises en avant par le gouvernement — ne suffisent pas, en l’état du droit actuel, à rendre l’ouverture légale. Les salariés ont d’ailleurs le droit de refuser de travailler ce jour-là sans s’exposer à la moindre sanction disciplinaire de la part de leur employeur.
En pratique, la seule option parfaitement légale pour un artisan souhaitant ouvrir le 1er mai reste de travailler seul, sans aucun salarié. Le projet de loi qui doit sécuriser juridiquement la situation des boulangers et fleuristes artisanaux est attendu pour une adoption par le Parlement en vue d’une application à partir de 2027.
L’affaire du boulanger de Bourgoin-Jallieu illustre les dangers d’un décalage entre le discours politique et la réalité juridique. En multipliant les signaux favorables aux artisans sans attendre l’adoption formelle du texte par le Parlement, le gouvernement a placé des professionnels de bonne foi dans une zone d’incertitude aux conséquences bien réelles. L’inspection du travail, elle, n’a fait qu’appliquer la loi en vigueur — c’est précisément son rôle. Pour la profession, le dénouement de cette affaire individuelle et l’adoption définitive du projet de loi, attendue pour 2027, seront déterminants. D’ici là, chaque boulanger ou fleuriste qui envisage d’ouvrir le 1er mai avec des salariés prend un risque juridique que ni les promesses du Premier ministre ni les attestations de volontariat ne peuvent, à ce jour, neutraliser.










