Selon Le Journal du Dimanche, Sébastien Lecornu aurait personnellement appelé le boulanger pour le rassurer et lui promettre que la sanction ne serait pas appliquée. De son côté, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a affirmé n’avoir donné aucune consigne aux inspecteurs, tout en appelant à « l’intelligence collective ». Dans une lettre adressée aux agents de contrôle, la Direction générale du Travail a elle-même évoqué le « contexte particulier » de cette année — sans pouvoir pour autant suspendre l’application de la loi.
Que risquent vraiment les artisans qui ouvrent le 1er mai ?
Les boulangeries n’entrent pas dans les catégories d’activités légalement autorisées à faire travailler leurs salariés le 1er mai. Ces exceptions concernent les établissements qui ne peuvent interrompre leur activité en raison de leur nature même : hôpitaux, services de transport, certaines industries à feu continu.

Le volontariat des salariés et leur double rémunération — deux conditions pourtant mises en avant par le gouvernement — ne suffisent pas, en l’état du droit actuel, à rendre l’ouverture légale. Les salariés ont d’ailleurs le droit de refuser de travailler ce jour-là sans s’exposer à la moindre sanction disciplinaire de la part de leur employeur.
En pratique, la seule option parfaitement légale pour un artisan souhaitant ouvrir le 1er mai reste de travailler seul, sans aucun salarié. Le projet de loi qui doit sécuriser juridiquement la situation des boulangers et fleuristes artisanaux est attendu pour une adoption par le Parlement en vue d’une application à partir de 2027.
L’affaire du boulanger de Bourgoin-Jallieu illustre les dangers d’un décalage entre le discours politique et la réalité juridique. En multipliant les signaux favorables aux artisans sans attendre l’adoption formelle du texte par le Parlement, le gouvernement a placé des professionnels de bonne foi dans une zone d’incertitude aux conséquences bien réelles. L’inspection du travail, elle, n’a fait qu’appliquer la loi en vigueur — c’est précisément son rôle. Pour la profession, le dénouement de cette affaire individuelle et l’adoption définitive du projet de loi, attendue pour 2027, seront déterminants. D’ici là, chaque boulanger ou fleuriste qui envisage d’ouvrir le 1er mai avec des salariés prend un risque juridique que ni les promesses du Premier ministre ni les attestations de volontariat ne peuvent, à ce jour, neutraliser.
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