
France Stratégie s’appuie notamment sur deux études : l’une du CEPII, portant sur la période 1979-2011, qui aboutit à une fourchette de -0,2 % à -0,5 % du PIB, et une étude spécifique de l’OCDE chiffrant l’impact à -0,52 % du PIB, soit environ dix milliards d’euros. Des montants sensiblement inférieurs aux estimations mises en avant par la droite nationaliste.
À l’opposé du spectre méthodologique, l’Observatoire de l’immigration évalue le coût net à 41 milliards d’euros par an, en intégrant un périmètre de dépenses plus large. Ces divergences — sur ce que l’on inclut ou exclut du calcul — sont précisément ce qui rend le débat aussi difficile à trancher et aussi aisément instrumentalisable politiquement.
Le député Roland Lescure avait résumé l’enjeu dès la première tentative en 2025 : la commission devait conduire « une analyse fidèle, documentée et contradictoire ». Pour le socialiste Paul Christophe, le risque était inverse — que l’enquête serve à « nourrir l’idée que l’immigration est la cause de tous les maux de la France » plutôt qu’à éclairer objectivement la représentation nationale.
Une offensive calibrée pour la présidentielle de 2027
Le calendrier de cette annonce n’est pas anodin. À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, transformer l’immigration en dossier de finances publiques permet à l’UDR de se positionner sur un terrain à fort rendement électoral, tout en habillant la démarche d’une apparence technique et institutionnelle.

La stratégie consiste à faire de la commission moins un outil d’investigation qu’un vecteur de communication. Lorsque le député Charles Alloncle déclarait en 2025 vouloir « mettre fin à l’omerta » et « établir un coût net » de l’immigration, il anticipait une séquence médiatique susceptible d’alimenter plusieurs mois de campagne : auditions, rapports intermédiaires, débats télévisés et communiqués ciblés.
Face à cette offensive, les réactions des autres groupes restent prévisibles. À gauche, on dénonce une instrumentalisation du Parlement. Au centre, on réclame de la rigueur méthodologique. Cette polarisation du débat est, en elle-même, partie intégrante de la stratégie de l’UDR : forcer les adversaires à se positionner sur un terrain choisi par la droite nationaliste, bien avant le premier tour.
La future commission d’enquête sur le coût de l’immigration, si elle voit le jour à la session 2026-2027, s’annonce comme un moment autant politique que parlementaire. Les études disponibles dessinent un bilan budgétaire modéré, loin des chiffres brandis par l’UDR, mais les auditions promettent d’être disputées : choix des experts entendus, périmètre des dépenses retenues, traitement médiatique des conclusions. Ce que produira la commission, c’est moins une vérité comptable définitive qu’un récit susceptible de peser sur la campagne présidentielle. Pour l’heure, Éric Ciotti a déjà réussi l’essentiel : replacer le débat sur l’immigration au cœur de l’agenda, bien avant même que les travaux ne commencent.
Articles suggérés
Retraite 2026: à partir de quel montant fait-on partie de la classe moyenne?
En 2026, un retraité français perçoit en moyenne 1 705 euros bruts par mois, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation…

