Ce samedi 16 mai, la Wiener Stadthalle accueille la grande finale du 70e Concours Eurovision de la chanson, et la France y envoie Monroe, 17 ans, avec sa chanson Regarde !. Quatrième dans les pronostics des bookmakers en début mai, la jeune franco-américaine a vu ses cotes reculer significativement à la veille du grand soir, dans un contexte dominé par une Finlande écrasante et une Australie qui a créé la surprise cette semaine. Elle conserve pourtant un atout concret : ses chances de briller auprès des jurys professionnels restent parmi les plus élevées du concours.
En bref
- —Monroe, 17 ans, gagnante de Prodiges 2024 sur France 2
- —Finlande favorite à 43 %, Australie surgit en 2e position
- —France sans victoire à l’Eurovision depuis Marie Myriam en 1977
Monroe, une prodige franco-américaine au parcours hors-norme
Monroe Vata Rigby est née le 19 novembre 2008 à Salt Lake City, dans l’Utah, d’une mère française d’origine congolaise et d’un père américain. C’est dans la chorale de son église locale qu’elle apprend d’abord à chanter, avant de développer une technique vocale qui traversera les genres — de l’opéra à la pop française — en passant par une formation au piano. Elle est âgée de 17 ans au moment de la finale de Vienne.

C’est sur la scène de l’émission Prodiges que son nom s’impose au grand public. Le 2 janvier 2025, alors âgée de 16 ans, elle remporte la finale de la saison 11 en interprétant l’air de la Reine de la Nuit, extrait de La Flûte enchantée de Mozart — l’un des morceaux de soprano colorature les plus exigeants du répertoire lyrique. Couronnée Prodige de l’année 2024 sur France 2, elle repart avec une bourse de 10 000 euros. La séquence est restée dans les mémoires : voir une adolescente de 16 ans maîtriser ce rôle avec ce sang-froid sur le plateau d’une émission de prime time a marqué les observateurs du milieu musical autant que le grand public.
La suite est rapide. Son album éponyme sort le 28 novembre 2025 et domine aussitôt les ventes de musique classique. En mars 2026, France Télévisions la sélectionne pour représenter la France à Vienne avec la chanson Regarde !, une composition qui marie pop et envolées lyriques dans une forme de comédie musicale en miniature. Le clip cumule déjà 2,5 millions de vues sur YouTube à la veille de la finale, signe d’une mobilisation réelle au-delà du cercle des fans habituels de l’Eurovision. Sur scène, Monroe apparaît tout en blanc, entourée de danseurs habillés en noir, dans une mise en scène lisible pensée pour mettre en valeur sa technique vocale autant que le tableau visuel.
Le tableau des favoris : Finlande intouchable, Australie grande surprise
Depuis plusieurs semaines, les bookmakers placent la Finlande très nettement en tête. Son entrée, Liekinheitin — littéralement Lance-flammes —, est portée par un duo pour le moins atypique : la violoniste Linda Lampenius et le chanteur Pete Parkkonen. Leur proposition pop-rock électrisée par un violon virtuose, adossée à un refrain immédiat et un show explosif, est taillée pour capter le vote du grand public à travers toute l’Europe. Selon les données agrégées des bookmakers dans les jours précédant la finale, la Finlande est créditée de 37 à 43 % de chances de victoire — un niveau que le concours voit rarement aussi loin devant le peloton.

La grande surprise de la semaine viennoise porte un nom bien connu en Australie : Delta Goodrem. Sa ballade Eclipse, au registre puissant comparé par certains commentateurs à celui de Céline Dion, a propulsé l’Australie à la deuxième place des cotes après sa qualification en demi-finale. Les images de sa prestation — vêtue d’une robe ornée de 7 000 cristaux Swarovski cousus à la main — ont circulé massivement et ont visiblement emporté les parieurs : l’Australie est désormais créditée d’environ 15 à 16 % de chances de victoire, faisant d’elle le principal rival de la Finlande à quelques heures du vote.
Derrière ce duo de tête, la Grèce maintient une troisième place solide avec Ferto, le titre rap-électro d’Akylas — un candidat au look déjà culte avec ses bottes en fausse fourrure fluo et son bonnet coloré —, porté par une scénographie très urbaine et une présence scénique décrite comme irrésistible (8 à 12 % selon les sources). Le Danemark complète le groupe de tête avec Før Vi Går Hjem de Søren Torpegaard Lund, une ballade électro-pop plus intimiste créditée de 4 à 10 % de chances, mais qui souffre d’un désavantage statistique bien documenté : le pays a été tiré au sort en première position du running order, un emplacement historiquement pénalisant dans l’histoire du concours.
Pourquoi la France est-elle qualifiée sans demi-finale ?
La France fait partie des pays qui financent le Concours Eurovision à un niveau suffisant pour être dispensés de demi-finales et qualifiés directement pour la grande finale — un statut qui garantit une visibilité maximale mais prive la délégation d’une répétition publique supplémentaire. Cette année, l’Espagne a boycotté le concours, réduisant ce groupe à quatre pays. La France concourra donc samedi soir aux côtés de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de l’Italie, avec Monroe en 15e position.
France dans les cotes : d’espoir à réalisme en une semaine
À la parution des premières analyses après les répétitions du 9 mai, la situation française semblait prometteuse. Le site spécialisé EurovisionOdds.org créditait alors Monroe de 7 % de chances de victoire globale, la plaçant quatrième derrière la Finlande (36 %), la Grèce (13 %) et le Danemark (10 %). Ces mêmes données lui accordaient 40 % de probabilité de finir dans le Top 5 et 65 % dans le Top 10 — des chiffres qui laissaient entrevoir un résultat honorable voire flatteur pour une ballade lyrique dans un concours souvent dominé par les shows à grand spectacle.

La donnée la plus intéressante pour la France concernait spécifiquement le vote des jurys professionnels : EurovisionOdds lui attribuait 23 % de chances de l’emporter dans cette composante du vote, un score nettement supérieur à son poids global. Ce signal reflète le jugement que les jurys nationaux — composés de professionnels de la musique — portent sur une proposition artistique sophistiquée, techniquement exigeante, très différente des numéros de pur impact conçus pour le grand public.
Mais la montée fulgurante de l’Australie, d’Israël et de la Roumanie après les demi-finales a redistribué les cartes. Au 15 mai, à la veille du jury final, EurovisionWorld ne créditait plus la France que de 1,9 % de probabilité de victoire globale, soit le 9e rang. Ce recul traduit moins une dégradation de la prestation française qu’une réévaluation de l’ensemble du plateau. Monroe conserve sa 15e position dans le running order de la finale — juste après le Royaume-Uni —, un emplacement que les analystes du concours considèrent généralement comme favorable, loin de l’effet d’ouverture qui pénalise le Danemark.

