Une douleur qui brûle dans la fesse, tire dans la cuisse et s’aggrave en position assise : le réflexe est d’y voir une sciatique. Mais dans certains cas, le coupable est un muscle bien plus petit et bien moins connu, le piriforme. La kinésithérapeute Margaux Magnée, suivie sous le pseudo @kinemargaux, propose une routine en trois gestes pour le soulager à domicile, relayée par Femme Actuelle.
En bref
- —Le piriforme, muscle profond de la fesse, peut mimer une sciatique
- —Moins de 6 % des sciatalgies seraient dues à ce syndrome
- —Une routine kiné en 3 étapes permet de soulager la douleur chez soi
Le piriforme, un muscle profond qui comprime le nerf sciatique
Le muscle piriforme est un petit faisceau musculaire enfoui au cœur de la fesse. Il relie l’os sacré au côté du fémur et intervient dans la rotation de la hanche. Sa particularité anatomique le rend problématique : le nerf sciatique passe exactement à sa hauteur, et chez certaines personnes, il le traverse carrément.

Quand le piriforme est sursollicité — par la course à pied, le cyclisme ou des sports asymétriques comme le tennis — il s’enflamme et se contracte. Il vient alors comprimer le nerf sciatique, provoquant ce que les spécialistes appellent le syndrome du piriforme : une fausse sciatique.
Les symptômes sont trompeurs. La douleur est profonde dans la fesse, irradie derrière la cuisse, parfois jusqu’au mollet, et s’aggrave en position assise. Elle se distingue d’une vraie sciatique discale par le fait qu’elle est soulagée en s’allongeant ou en s’étirant. Rester assis de longues heures, sur un mauvais siège ou dans une mauvaise posture, entretient la fesse écrasée et maintient la douleur.
Sciatique vraie ou fausse sciatique ?
Une sciatique classique est causée par la compression du nerf sciatique au niveau de la colonne vertébrale, souvent par une hernie discale. Le syndrome du piriforme, lui, est une compression périphérique de ce même nerf par un muscle de la fesse. Les symptômes se ressemblent, mais l’origine et le traitement sont différents. Un bilan médical reste nécessaire pour distinguer les deux.
Moins de 6 % des sciatalgies, mais des semaines de gêne pour ceux qui en souffrent
Le syndrome du piriforme reste un diagnostic relativement rare. Selon les études citées dans la source, il expliquerait moins de 6 % des sciatalgies. Mais pour ceux qui le subissent, l’impact sur le quotidien peut être significatif : la douleur peut s’installer pendant des semaines et rendre difficiles des gestes aussi simples que s’asseoir, conduire ou marcher.

C’est précisément parce que ce syndrome est souvent confondu avec une sciatique d’origine discale que le diagnostic tarde. Des examens d’imagerie comme l’IRM ne montrent rien d’anormal sur les disques vertébraux, laissant parfois les patients sans réponse claire. Identifier le piriforme comme source de la douleur change radicalement l’approche du traitement.
Contrairement à une hernie discale qui peut nécessiter un suivi médical approfondi, voire une intervention, le syndrome du piriforme répond souvent bien à des techniques manuelles et à des exercices ciblés — à condition d’agir sur le bon muscle.
Automassage, étirement, contracter-relâcher : les 3 gestes de la routine kiné
La kinésithérapeute Margaux Magnée propose une méthode structurée en trois étapes, qu’elle décrit comme utilisable aussi bien en phase douloureuse qu’en prévention. « Si tu fais ça de manière régulière, soit en curatif quand tu as mal, soit en préventif pour éviter que ça n’arrive, ça peut vraiment vraiment t’aider. », dit-elle dans sa vidéo.

La première étape est l’automassage avec une balle ou un petit ballon. « Tu viens le placer vraiment au niveau de la fesse là où tu vas avoir mal. Tu viens potentiellement te caler sur les coudes, sur les pieds et tu vas venir faire des petits aller-retours, haut, bas, droite, gauche ou des petits cercles. », explique-t-elle. Quelques minutes de ce travail, en respirant, suffisent à faire baisser la tension musculaire.
Vient ensuite l’étirement en position assise, type « figure 4 » : une cheville croisée sur la cuisse opposée, dos redressé, puis inclinaison vers l’avant. « Faut que ça tire, faut pas que ce soit désagréable ni insupportable. », précise la kiné. L’étirement est tenu une minute. La troisième étape est le contracter-relâcher : une main placée sous le genou, « Mon genou pousse contre ma main, ma main résiste. », répété dix fois, avant une dernière minute d’étirement final.
Renforcement pour prévenir les rechutes, et signaux qui imposent de consulter
La routine de kinésithérapie peut être pratiquée une à deux fois par jour pendant plusieurs semaines. En complément, un étirement allongé sur le dos — cheville posée sur le genou opposé, jambes ramenées doucement vers la poitrine — est recommandé par des praticiens en phase douloureuse, trente secondes de chaque côté. Un étirement doux des ischio-jambiers, avec une serviette passée sous le pied, aide également à libérer toute la chaîne musculaire arrière.

Pour éviter les rechutes, des exercices de renforcement musculaire entrent en jeu. Le « coquillage » en est un exemple : allongé sur le côté, hanches et épaules alignées, genoux fléchis à 90 degrés, on ouvre le genou du dessus en gardant les pieds collés, puis on redescend, en séries régulières. Ce type de travail stabilise la hanche et réduit la pression sur le piriforme.
Mais une limite ne doit pas être franchie sans avis médical. Si la douleur devient vive, descend jusqu’au pied, s’accompagne d’une perte de force, de fourmillements permanents ou de troubles urinaires, il faut arrêter les exercices et consulter un médecin. Ces signes peuvent indiquer une atteinte neurologique qui dépasse le cadre du simple syndrome du piriforme.
La prochaine étape pour quiconque pratique cette routine sans amélioration après plusieurs semaines est une consultation en kinésithérapie ou auprès d’un médecin, afin d’écarter une cause discale ou une atteinte neurologique plus sérieuse. La question de savoir si ce type d’automassage et d’étirement peut être intégré à des protocoles de prévention dans les milieux sportifs — course à pied, cyclisme, tennis — reste ouverte, et pourrait faire l’objet de recommandations plus formalisées de la part des professionnels de santé.


