Le 15 mai 2026, l’animatrice et autrice Flavie Flament, 51 ans, a annoncé publiquement avoir déposé plainte contre Patrick Bruel pour viol, pour des faits qui remonteraient à 1991, alors qu’elle était âgée de seize ans. Dans un texte sobre publié sur Instagram, elle dit vouloir que « la vérité éclate » et rejoindre « les voix des autres femmes » qui s’élèvent en France, en Belgique et au Canada. La plainte a été déposée le 13 mai auprès de la doyenne des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris, dans un contexte où une trentaine de femmes ont déjà mis en cause le chanteur.
En bref
- —Plainte déposée le 13 mai 2026 au tribunal judiciaire de Paris
- —Faits allégués en 1991 : Flavie Flament avait 16 ans
- —Trois enquêtes judiciaires ouvertes contre Patrick Bruel en France et en Belgique
Une prise de parole fracassante, trente-cinq ans après les faits
C’est par un message minimaliste — texte noir sur fond blanc — publié sur son compte Instagram que Flavie Flament a choisi de briser le silence, le vendredi 15 mai 2026. « 10 ans après La Consolation, j’ai de nouveau rendez-vous avec mon passé. Et un homme qui a pillé mon adolescence », écrit-elle avant d’annoncer explicitement : « Je porte plainte contre Patrick Bruel pour v*ol. » La publication a immédiatement provoqué une déferlante de réactions, des milliers de messages de soutien affluant sous sa publication en quelques heures.

Selon les éléments révélés par Mediapart, qui a publié une enquête le même jour, les faits allégués remontent à 1991. À l’époque, Flavie Flament est une jeune femme de seize ans, mannequin en pleine ascension et élue « Miss OK Magazine ». Patrick Bruel, lui, est au sommet de la Bruelmania. Elle décrit s’être rendue au domicile parisien du chanteur à la suite d’un shooting photo, avoir bu un thé chez lui, puis avoir vécu un « black-out ». Elle se serait réveillée dans un état de confusion tandis que Patrick Bruel était en train de lui remettre et de reboutonner son pantalon. Il l’aurait ensuite déposée dans un hôtel modeste situé près de la gare Saint-Lazare.
Un élément supplémentaire vient alourdir le récit. En 2006, lors d’une rencontre ultérieure, Patrick Bruel lui aurait dit — en faisant référence à leur soirée de 1991 — : « Tu te souviens ? Bien sûr qu’on a couché ensemble. » Pour Flavie Flament, cette phrase constitue une reconnaissance implicite de leur rencontre, qu’elle qualifie de viol. Dans son message Instagram, elle conclut : « J’attends désormais de la Justice qu’elle entende notre Parole. »
Un parcours de témoin : de La Consolation au nom de Patrick Bruel
Cette annonce n’est pas la première fois que Flavie Flament s’exprime publiquement sur les violences sexuelles subies dans son adolescence. En 2016, elle publie La Consolation, roman autobiographique dans lequel elle révèle avoir été victime de viol à l’âge de 13 ans par le photographe David Hamilton. Le livre provoque un choc médiatique en France et ouvre un vaste débat sur la parole des victimes, l’amnésie traumatique et les violences sexuelles commises sur des mineurs.

Dix ans après cette première prise de parole, elle franchit une nouvelle étape en désignant explicitement Patrick Bruel. Elle avait initialement accepté de témoigner sous le pseudonyme d’« Eva » auprès de Mediapart avant de décider d’assumer publiquement son témoignage. « Je parle pour la jeune fille que j’étais », écrit-elle. La procédure choisie — la plainte avec constitution de partie civile — lui permet d’être partie à l’instruction et d’accéder directement au dossier judiciaire, ce qui représente une étape judiciaire plus engagée qu’une simple plainte.
La temporalité de cette annonce n’est pas anodine. Elle intervient à un moment où Patrick Bruel fait déjà face à de multiples accusations et procédures judiciaires depuis plusieurs semaines. En choisissant de prendre la parole maintenant, Flavie Flament indique vouloir « joindre sa voix à celles des autres femmes », assumant une démarche collective qui dépasse le seul cadre de son histoire personnelle.
L’affaire Bruel : comment les accusations se sont accumulées
Les accusations visant Patrick Bruel ont émergé progressivement, d’abord sous forme de témoignages anonymes puis de plaintes formelles déposées en France et en Belgique. Un collectif féministe a par ailleurs manifesté dans le Vaucluse pour dénoncer les faits qui lui sont reprochés. Cette affaire s’inscrit dans une dynamique plus large de libération de la parole sur les violences sexuelles, observable depuis plusieurs années dans l’ensemble des pays francophones.
Patrick Bruel nie : les arguments de la défense
La réaction des avocats du chanteur a été rapide et catégorique. Par la voix de son conseil, Me Christophe Ingrain, Patrick Bruel — qui bénéficie de la présomption d’innocence — affirme être « parfaitement certain de n’avoir ni drogué ni agressé » Flavie Flament. Il reconnaît avoir connu l’animatrice dans les années 1990 et admet ce qu’il qualifie de « relation épisodique », présentant tout contact comme ayant été consenti.

La défense avance un second argument : Flavie Flament aurait invité Patrick Bruel à plusieurs reprises dans les émissions qu’elle animait au fil des années suivantes. Pour ses avocats, cette réalité serait « parfaitement contradictoire avec son récit aujourd’hui ». Ils ajoutent que leurs échanges ont « toujours été amicaux » depuis les années 1990. Aucune mise en examen n’a pour l’heure été prononcée contre le chanteur dans quelque dossier que ce soit.
Une affaire aux multiples fronts : trois enquêtes, la question de la prescription
La plainte de Flavie Flament s’inscrit dans un dossier judiciaire qui ne cesse de s’élargir. À ce jour, trois procédures sont simultanément en cours contre Patrick Bruel : une pour tentative de viol à Paris, pour des faits remontant au printemps 2010 au domicile du chanteur à Neuilly-sur-Seine ; une pour viol à Saint-Malo ; et une pour agression sexuelle à Bruxelles, en Belgique. Une trentaine de femmes ont parallèlement dénoncé publiquement son comportement.

