La France enregistre ce mardi son premier cas confirmé d’hantavirus — plus précisément du virus des Andes — chez une passagère rapatriée du navire de croisière MV Hondius, foyer d’une épidémie qui a déjà fait trois morts parmi neuf cas confirmés dans le monde. La patiente, hospitalisée à Paris, est décrite dans un état « très critique » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), quand le Premier ministre évoque un état « stable ». Face à ce cas inédit sur le territoire national, le gouvernement a immédiatement durci ses mesures d’isolement.
En bref
- —Une Française du MV Hondius positive au virus des Andes, en réanimation.
- —Les quatre autres passagers français restent en isolement renforcé hospitalier.
- —Vingt-deux cas contacts français identifiés, 14 doivent se signaler aux autorités.
Une Française en réanimation, le protocole d’isolement revu à la hausse
Les cinq ressortissants français à bord du MV Hondius ont atterri à l’aéroport du Bourget le 11 mai, avant d’être transférés sans délai à l’hôpital Bichat, dans le nord de Paris, pour une mise en quarantaine de 72 heures et la réalisation de tous les examens nécessaires. L’une d’entre elles, une femme, avait signalé des symptômes aux médecins du bord pendant la traversée — qui les avaient alors attribués à de l’anxiété, selon le ministre espagnol de la Santé.

Dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai, son état s’est dégradé à l’hôpital. Les résultats des tests ont ensuite confirmé qu’elle était infectée par le virus des Andes. Elle se trouve désormais en service de réanimation. Sur son compte X, le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué qu’elle était dans un état « stable » — une qualification en contradiction directe avec celle du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui a qualifié son état de « très critique ».
Face à ce premier cas positif sur le territoire français, le gouvernement a revu ses procédures à la hausse. Les quatre autres passagers français, dont les tests sont revenus négatifs, avaient dans un premier temps vocation à regagner leur domicile pour un isolement de six semaines. Ils restent désormais en « isolement renforcé en milieu hospitalier », a précisé le Premier ministre, sans que la durée de cette mesure ait été communiquée.
Le MV Hondius : chronologie d’une épidémie née en pleine mer
Parti d’Ushuaia (Argentine) le 1er avril 2026 avec environ 175 personnes à bord — passagers et membres d’équipage représentant 23 nationalités —, le navire de croisière néerlandais MV Hondius a traversé l’Atlantique Sud avant de voir apparaître ses premiers symptômes le 6 avril. Le 11 avril, un passager néerlandais de 70 ans décède à bord, mort d’abord attribuée à des causes naturelles.

Le 24 avril, lors d’une escale à Sainte-Hélène, une trentaine de passagers quittent le navire, dont l’épouse du défunt, âgée de 69 ans. Ayant pris un vol vers Johannesburg le lendemain, elle décède deux jours plus tard dans un hôpital de la ville. Le 2 mai, une troisième passagère — de nationalité allemande — perd la vie à bord. Le virus des Andes n’est formellement confirmé par PCR et séquençage génomique que le 4 mai, à l’escale de Praia, au Cap-Vert.
Le navire rejoint Tenerife le 10 mai, où s’engage une opération de rapatriement massive vers les pays d’origine des passagers. Au 12 mai 2026, le bilan s’établit à neuf cas confirmés, deux cas probables encore en attente de résultats, et trois décès, dans six pays différents.
Les 22 cas contacts français : une traçabilité à travers plusieurs continents
Au-delà des cinq passagers directs du MV Hondius, 22 ressortissants français ont été identifiés comme cas contacts de la passagère néerlandaise décédée à Johannesburg. Ils se répartissent en deux groupes distincts, selon les vols qu’ils ont empruntés le 25 avril en même temps qu’elle.

Huit d’entre eux voyageaient sur le vol Sainte-Hélène–Johannesburg. Testés négatifs, ils ont été rapidement placés à l’isolement. Les quatorze autres se trouvaient à bord du vol Johannesburg–Amsterdam du même jour, sur lequel la défunte avait embarqué avant d’en être débarquée pour raisons médicales. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, leur a demandé de se déclarer « au plus vite » auprès des autorités sanitaires françaises.
L’OMS recommande une surveillance active de 42 jours pour les contacts classés à haut risque. Cette gestion à travers plusieurs pays et plusieurs liaisons aériennes illustre la difficulté inhérente au traçage de contacts dans un contexte de voyage international : les chaînes d’exposition potentielle traversent plusieurs continents en quelques heures.
L’hantavirus, qu’est-ce que c’est ?
Les hantavirus sont des virus transmis principalement par les rongeurs infectés, via l’inhalation de poussières contaminées par leurs excréments ou leurs urines — on en recense 38 souches connues. La grande majorité ne se transmettent pas d’humain à humain. L’exception est le virus des Andes, endémique d’Amérique du Sud, dont la transmission interhumaine, bien que documentée, reste marginale et circonscrite aux contacts étroits et prolongés. Aucun vaccin ni traitement antiviral validé n’existe à ce jour contre cette infection.
Virus des Andes : l’unique hantavirus à transmission interhumaine
Le virus des Andes se distingue parmi les 38 souches d’hantavirus connues par une caractéristique unique : c’est la seule capable de se transmettre d’humain à humain. Les autres souches ne se propagent qu’au contact de rongeurs infectés — via l’inhalation de poussières contaminées par leurs excréments ou leurs urines.

Cette transmission interhumaine reste toutefois marginale. Elle survient généralement dans des situations de contact étroit et prolongé : cohabitation, partenaires intimes, professionnels de santé exposés sans protection. Le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, a insisté sur ce point, rappelant que « des passagers partageant la même cabine n’ont pas tous été infectés » et que « ce n’est pas un nouveau Covid ». L’organisation maintient que le risque de propagation à la population générale est « absolument faible ».
Sur le plan médical, la situation reste préoccupante : la forme cardiopulmonaire provoquée par le virus des Andes affiche un taux de mortalité de 30 à 60 % en l’absence de traitement adapté. Or, à ce jour, il n’existe ni vaccin validé ni antiviral approuvé pour soigner cette infection. La période d’incubation, comprise entre une et six semaines, complique par ailleurs la détection précoce des cas parmi les personnes exposées.
Le premier cas d’hantavirus confirmé sur le territoire français place les autorités sanitaires dans une position inédite : gérer une infection rare, potentiellement grave, pour laquelle la médecine ne dispose d’aucun traitement curatif validé. Si l’OMS rassure sur l’absence de risque d’épidémie dans la population générale, la vigilance s’impose pour les vingt-deux cas contacts encore en cours de suivi, et pour les ressortissants d’autres nationalités rapatriés dans une dizaine de pays. L’état de la patiente hospitalisée à Paris — et la divergence entre les déclarations du gouvernement français et celles de l’organisation internationale — concentreront l’attention dans les prochains jours.