Le 12 mai 2026, la cour d’appel de Dijon a définitivement tranché : Kiki, le coq d’un hameau d’Autun en Saône-et-Loire, peut continuer à chanter. Son propriétaire, Philippe Brochot, remporte une deuxième victoire judiciaire consécutive contre son voisin, qui avait porté plainte contre les chants de l’animal. Ce dernier est condamné à payer 1 100 € en frais de justice et dommages — et annonce pourtant qu’il ne compte pas en rester là.
En bref
- —Kiki victorieux : deux jugements rendus en sa faveur en autant d’instances
- —Voisin condamné à 1 100 € de frais et dommages en appel
- —Le plaignant, seul parmi les riverains à se plaindre, annonce d’autres recours
Un coq, un poulailler et un seul voisin qui se plaint
Dans un hameau proche d’Autun, Philippe Brochot entretient son poulailler depuis 2012. Son coq, surnommé Kiki, y rythme les matins depuis des années sans que les habitants alentour n’aient jamais élevé la voix. Les choses changent lorsqu’un nouveau voisin emménage dans le hameau. Seul parmi tous les riverains, il se plaint du bruit. « De tous les voisins, il n’y en a qu’un seul, le dernier arrivé, que les chants de mon coq dérangent », résume Philippe Brochot dans les colonnes du Parisien.

Le cœur du litige repose sur une question d’apparence simple mais aux lourdes conséquences juridiques : le hameau est-il rural ou urbain ? Dans une zone clairement rurale, les sons liés à l’élevage bénéficient d’une protection légale spécifique. Dans une zone résidentielle assimilée à l’urbain, les règles sur les nuisances sonores s’appliquent bien plus strictement. Selon des relevés produits en justice, Kiki commence à chanter dès 4h15 du matin. Le voisin estime que cette mélodie matinale constitue un trouble anormal du voisinage. Philippe Brochot, lui, a toujours refusé de céder : « Je ne tuerai pas Kiki ! »
Deux défaites judiciaires pour le plaignant : de Chalon-sur-Saône à Dijon
En première instance, devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône, le plaignant avait déjà été débouté. La juridiction avait rejeté ses demandes et l’avait condamné à contribuer aux frais de procédure de Philippe Brochot. Refusant ce premier verdict, il avait fait appel, portant l’affaire devant la cour d’appel de Dijon.

Le 12 mai 2026, la cour d’appel confirme et amplifie la décision initiale. Le voisin est une nouvelle fois débouté. Il est en outre condamné à régler 1 000 € de frais de justice et 100 € de dommages et intérêts directement à Philippe Brochot. Au total, l’appel seul lui aura coûté plus de 1 100 €, sans compter ses propres honoraires d’avocat. Pour Kiki et son propriétaire, c’est un soulagement doublé d’une reconnaissance : le chant du coq, dans ce hameau, n’est pas une nuisance.
Un conflit révélateur de la fracture entre néo-ruraux et monde paysan
L’affaire Kiki n’est pas un cas isolé. Depuis une dizaine d’années, les tribunaux français voient se multiplier les procès opposant des nouveaux arrivants aux habitants ruraux installés de longue date. Parmi les cas les plus médiatisés : Maurice, le coq de l’île d’Oléron, dont le chant avait conduit ses propriétaires devant la justice avant qu’ils ne soient relaxés ; des propriétaires de grenouilles condamnés à vider leur mare dans le Pas-de-Calais ; des éleveurs du Cantal poursuivis pour le bruit et les odeurs liés à leurs vaches.

Face à cette multiplication des litiges, le législateur a réagi. Une loi définissant et protégeant le patrimoine sensoriel des campagnes françaises a été adoptée le 29 janvier 2021. Elle reconnaît officiellement les sons et odeurs caractéristiques du monde rural — chant du coq, sonnerie des cloches d’église, bruits de tracteurs, effluves d’élevage — comme composantes d’un héritage commun à préserver. Ce texte donne aux juges un cadre pour arbitrer ces conflits en faveur des pratiques rurales historiquement établies.
À Autun, la réaction des habitants du hameau est sans ambiguïté. Ils dénoncent, selon Midi Libre, « ces gens qui ne supportent pas les bruits de la campagne ». Pour eux, le problème n’est pas le coq : c’est l’incompréhension de citadins qui s’installent à la campagne sans en accepter les codes.
La loi de 2021 protège les bruits de la campagne
Adoptée le 29 janvier 2021, la loi relative à la protection du patrimoine sensoriel des campagnes françaises reconnaît officiellement les sons et odeurs liés aux activités rurales — coq, cloches, lisier, tracteurs — comme éléments d’un héritage commun. Elle vise à limiter les recours de nouveaux arrivants contre des pratiques antérieures à leur installation. Ce texte est aujourd’hui régulièrement invoqué dans les contentieux de voisinage entre néo-ruraux et habitants établis de longue date.
Le voisin ne renonce pas : la bataille judiciaire pourrait continuer
La victoire de Philippe Brochot est nette sur le plan judiciaire. Elle n’est pourtant pas définitive sur le plan pratique. Selon Midi Libre, le plaignant est « déterminé à faire taire Kiki » et annonce qu’il compte explorer d’autres recours. Deux défaites consécutives devant deux juridictions différentes ne semblent pas l’avoir convaincu d’abandonner.

Ce jusqu’au-boutisme soulève une question de fond sur les conflits de voisinage ruraux. Si la loi de 2021 et la jurisprudence protègent désormais assez clairement les pratiques agricoles et d’élevage traditionnelles, elles n’empêchent pas les procédures répétées, coûteuses en temps et en argent pour toutes les parties. Philippe Brochot, installé dans ce hameau avec son poulailler depuis plus de quatorze ans, se retrouve contraint de défendre devant les tribunaux ce qui relevait autrefois de l’évidence rurale.

