Malgré une nuit qu’il décrit lui-même comme difficile, ponctuée d’insomnies, le torero a affirmé gérer la douleur avec patience : « Je vais devoir rester à l’hôpital quelques jours et j’espère que je m’en sortirai… Avec un peu de patience. » Une telle cornada au niveau du bassin nécessite généralement plusieurs semaines, voire plusieurs mois, de convalescence avant d’envisager tout retour à l’activité.
Un retour trop tôt après une retraite dictée par la maladie
Cet accident survient dans un contexte particulièrement lourd pour Morante de la Puebla. Considéré comme l’un des plus grands noms de la tauromachie espagnole contemporaine, le matador natif de La Puebla del Río (Séville) avait construit au fil des décennies une réputation de torero d’exception, salué pour son style classique et sa maîtrise de la cape.

Mais derrière cette façade de maîtrise se cachait un long combat intérieur. Diagnostiqué d’un trouble dissociatif de l’identité dès l’âge de 22 ans, il a traversé des épisodes de dépression sévère, d’amnésie et d’agoraphobie. Pour tenter de se soigner, il a eu recours à diverses thérapies médicamenteuses ainsi qu’à des séances d’électroconvulsivothérapie. Il avait lui-même confié publiquement : « J’ai pensé à la mort comme à un soulagement. »
En octobre 2025, lors de la Corrida de la Hispanidad, Morante de la Puebla avait procédé au geste symbolique le plus fort de la tauromachie : il avait coupé sa coleta, la queue de cheval traditionnelle portée par les matadors, signifiant ainsi sa retraite définitive.
Seulement quatre mois plus tard, en janvier 2026, le torero annonçait pourtant son retour en piste. Une décision qui interrogeait déjà les observateurs du monde taurin. La grave cornada du 20 avril 2026 à la Maestranza de Séville apporte une réponse tragique à ces interrogations, et relance avec acuité le débat sur les risques extrêmes que prend chaque matador en entrant dans l’arène.
L’incident qui a frappé Morante de la Puebla le 20 avril 2026 à Séville dépasse le simple fait divers sportif. Il illustre avec brutalité les risques permanents que prennent les toreros en entrant dans l’arène, dans une discipline où la frontière entre la maîtrise et le drame se franchit en une fraction de seconde. Pour ce matador au destin particulièrement tumultueux — une carrière au sommet, une retraite imposée par la maladie mentale, un retour précipité —, la question d’un éventuel comeback en piste s’annonce désormais plus incertaine que jamais. Depuis sa chambre d’hôpital, le torero a choisi les mots de la patience. La tauromachie, elle, attendra.
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