
À son arrivée aux urgences, accompagné de soignants permanents, le patient ne reçoit pas le traitement prescrit. Les heures passent. Lorsque les antibiotiques intraveineux lui sont enfin administrés, 34 heures se sont écoulées depuis son admission. La dose injectée ne représente pourtant que la moitié de ce qui aurait dû lui être administré. Un délai supplémentaire de trois heures s’est en outre intercalé entre la prescription médicale et l’administration effective du médicament.
Ces délais cumulés ont laissé le champ libre à l’infection pour se propager. Avant qu’une seconde dose puisse lui être administrée — elle aussi tardive —, Graham était déjà entré en septicémie. Il décède une semaine plus tard.
La septicémie, une urgence vitale
La septicémie est une infection généralisée du sang qui peut devenir mortelle en quelques heures si elle n’est pas traitée rapidement par des antibiotiques adaptés. Elle survient lorsqu’une infection localisée — urinaire, pulmonaire ou cutanée — n’est pas maîtrisée et se propage dans l’organisme. Chez les patients porteurs d’un cathéter urinaire permanent, le risque d’infection bactérienne, et donc de septicémie, est structurellement plus élevé.
La maladie d’Alexander : pourquoi ce patient était particulièrement vulnérable
Graham souffrait de la maladie d’Alexander, une affection neurologique génétique et incurable qui détruit progressivement la substance blanche du cerveau. Extrêmement rare, elle entraîne des troubles neurologiques sévères : dans son cas, des difficultés respiratoires importantes, une mobilité très réduite et de lourdes limitations dans la communication avec le personnel soignant.

En raison de son état, il avait recours à un cathéter urinaire permanent. Ce dispositif médical constitue un facteur de risque bien documenté : il expose les patients à des infections bactériennes urinaires récurrentes, susceptibles d’évoluer rapidement vers une septicémie si elles ne sont pas maîtrisées à temps.
Sa mère, qui connaissait précisément les besoins de son fils, s’était rendue à l’hôpital pour plaider en faveur d’une administration rapide des antibiotiques intraveineux. Les soignants permanents qui l’accompagnaient avaient transmis les mêmes informations au personnel hospitalier. Ces alertes n’ont pas été prises en compte. « Je connaissais mon fils mieux que quiconque », déclarera plus tard la mère devant le médiateur.
Les défaillances pointées par l’enquête officielle
Saisi de l’affaire, le médiateur parlementaire et des services de santé (Parliamentary and Health Service Ombudsman, PHSO) a conduit une investigation approfondie. Son rapport, rendu public en décembre 2025, détaille une série de manquements en chaîne ayant directement conduit à la mort de Graham.

Première défaillance : les médecins n’ont pas donné suite à la demande d’antibiotiques intraveineux, pourtant formulée par le médecin généraliste, les soignants et la famille. Lorsqu’un antibiotique oral a été envisagé en substitut, il s’est avéré indisponible — sans qu’aucun médecin ne songe alors à solliciter l’avis d’un microbiologiste pour identifier une alternative.
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