C’est de cette ambivalence qu’est né le terme « chicoufs », contraction de « chic, ils arrivent » et « ouf, ils repartent ». Ces grands-parents accueillent leurs petits-enfants avec joie, organisent activités et moments de partage — mais voient leur fatigue s’accumuler au fil des jours. Le rythme change, les nuits raccourcissent, le bruit devient omniprésent. Et lorsque vient l’heure du départ, le soulagement se mêle inévitablement à l’émotion.
Trois profils de grands-parents face à l’épreuve des vacances
À travers ses observations, la docteure d’Estaintot distingue plusieurs profils de grands-parents, révélateurs de la diversité des expériences vécues. Chacun d’eux reflète une manière différente de vivre — et de subir — cette période particulière.

Les « chicoufs », déjà évoqués, incarnent l’ambivalence par excellence : enthousiasme sincère à l’arrivée, épuisement progressif pendant le séjour, soulagement discret au départ. Ils représentent peut-être le profil le plus courant, celui que l’on n’exprime que rarement à voix haute.
Les « décontractés », eux, privilégient le plaisir et les souvenirs, quitte à s’affranchir des règles parentales habituelles. « On ne va pas se compliquer la vie ! » pourrait être leur devise, selon la spécialiste. Mais même dans cette approche plus légère, la charge logistique reste bien présente : courses, trajets, organisation des journées. Une routine de tâches qui rappelle une parentalité que l’on croyait définitivement derrière soi.
Enfin, les « dirigistes » cherchent à maintenir un cadre strict, souvent en décalage avec les méthodes éducatives actuelles. Résultat : tensions, incompréhensions et fatigue émotionnelle. « Ils n’en font qu’à leur tête et ne viennent jamais quand on les appelle à table : ils m’énervent ! », témoigne l’un d’eux, cité par la docteure. Un épuisement d’une autre nature, mais tout aussi réel.
Un travail invisible : les grands-parents, piliers silencieux de la famille
Au-delà de la sphère affective, la docteure d’Estaintot souligne un point fondamental : le rôle des grands-parents dépasse largement celui de simples gardiens bienveillants. En accueillant leurs petits-enfants pendant les vacances, ils permettent à leurs propres enfants de travailler, de souffler ou de gérer des imprévus. Ils sont devenus un véritable pilier de l’équilibre familial.

Pourtant, ce travail reste largement invisible. Il n’est ni rémunéré, ni toujours reconnu à sa juste valeur. Cette absence de reconnaissance peut aggraver le sentiment de pression ressenti par certains grands-parents, qui peinent à exprimer leur fatigue de peur de paraître ingrats ou peu aimants.
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