36,1 % des chômeurs et 34 % des familles monoparentales
La stabilité nationale masque des écarts considérables. D’après l’Insee, 36,1 % des chômeurs vivent sous le seuil de pauvreté en 2024. Parmi les autres adultes inactifs, catégorie comprenant notamment des étudiants, le taux atteint 37,6 %. Il s’établit à 18,4 % pour les indépendants et à 6,9 % pour les salariés.

Les familles monoparentales restent particulièrement exposées: 34 % de leurs membres sont pauvres, malgré une diminution de 0,3 point sur un an. Cette baisse ne compense qu’une petite partie de la hausse enregistrée précédemment. Entre 2022 et 2024, leur taux de pauvreté a progressé de 2,2 points, contre 0,9 point dans l’ensemble de la population.
La pauvreté des enfants continue également d’augmenter. Elle touche 22,4 % des moins de 18 ans en 2024, soit 0,5 point de plus qu’en 2023. L’Insee relie notamment la hausse observée depuis 2022 à la fin d’aides exceptionnelles qui avaient soutenu les familles pendant la forte inflation.
Les retraités suivent une trajectoire différente. Leur taux de pauvreté recule de 11,1 % à 10,4 %, rejoignant celui des actifs adultes. Selon l’Insee, leur niveau de vie a été soutenu par la revalorisation de 5,3 % des pensions de retraite de base au 1er janvier 2024, calculée à partir de l’inflation précédente.
Des revenus en hausse de 1,8 %, sans recul de la pauvreté
Le niveau de vie médian a augmenté de 3,8 % en euros courants en 2024. Après prise en compte d’une inflation moyenne ramenée à 2 %, sa progression atteint 1,8 % en euros constants, selon l’Insee. Les revenus des plus modestes ont eux aussi rebondi, aidés par l’emploi, les salaires et les revalorisations des prestations sociales.

Cette amélioration n’a pas réduit le taux de pauvreté, car le niveau de vie des premiers déciles a évolué presque au même rythme que la médiane. Le seuil, qui suit cette médiane, a donc augmenté parallèlement. L’Insee estime que le taux aurait diminué de 0,8 point si le seuil était resté fixé, en euros constants, à son niveau de 2023.
Les inégalités atteignent en parallèle un niveau historiquement élevé. Les 20 % les plus aisés perçoivent 38,5 % de la somme des niveaux de vie, contre 8,4 % pour les 20 % les plus modestes, selon les données reprises par Le Monde. Leur part est ainsi 4,62 fois supérieure.
Cette évolution est tirée par le haut de la distribution, notamment grâce aux revenus du patrimoine. Le sociologue Nicolas Duvoux, président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté, résume auprès du Monde: « Comme les riches s’enrichissent plus vite que les pauvres, la dynamique des inégalités progresse par le haut ».
Les prochaines données complètes devront montrer si la dégradation de la conjoncture évoquée pour 2025 et 2026 modifie le taux de pauvreté, avec le décalage propre aux statistiques fiscales. À l’automne 2026, les conclusions du travail mené avec le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’évaluation du pacte des solidarités sont attendues. Elles doivent alimenter la trajectoire de réduction de la pauvreté annoncée sur dix ans, tandis que l’évolution de la pauvreté des enfants et des personnes en emploi restera particulièrement surveillée.

