Elle accuse par ailleurs son mari de prolonger délibérément la procédure pour retarder le prononcé du divorce. Aujourd’hui, elle reconnaît ne plus être en mesure d’honorer les versements : « Je ne peux plus payer. » Malgré la séparation de fait, elle continue pourtant de le désigner comme « mon mari » — révélateur de la complexité émotionnelle et juridique dans laquelle elle se trouve encore enfermée.
Avec du recul, elle assume sa part de responsabilité tout en soulignant l’inutilité des précautions prises : « Je sais que j’ai fait une erreur. Je pensais pourtant avoir pris suffisamment de garanties en effectuant ce contrat chez un notaire, en testant notre relation durant deux ans… Mais finalement, cette erreur, je la paie vraiment cher ! »
Le « tourisme sentimental » à Saly : un phénomène documenté qui brise des vies
Le cas de cette Bretonne est loin d’être isolé. La station de Saly et, plus largement, la Petite Côte sénégalaise ont été identifiées par des chercheurs comme un terrain fertile pour ce que certains sociologues nomment le « tourisme sentimental » — un phénomène distinct du tourisme sexuel, caractérisé par des relations de durée, mais qui peut dissimuler des stratégies de captation économique.

Ces hommes, surnommés « antiquaires » ou « topp tubaab » (littéralement « ceux qui suivent les Blancs », en wolof), exercent souvent leurs activités depuis les plages et hôtels fréquentés par les touristes occidentales. Le différentiel économique entre un jeune Sénégalais et une femme européenne constitue un levier puissant, aggravé par l’isolement affectif de certaines voyageuses.
À l’échelle nationale, la réalité des arnaques sentimentales est alarmante. Selon les données disponibles, les signalements ont progressé de 91 % en 2023 sur la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr. En 2024, la police française a recensé plus de 3 000 cas, un chiffre jugé largement sous-évalué par les associations d’aide aux victimes.
C’est précisément pour briser ce silence que la Bretonne a décidé de témoigner publiquement. « Si je témoigne aujourd’hui, c’est pour que d’autres femmes ne se fassent pas avoir », confie-t-elle. Un appel à la vigilance que relaient désormais les autorités et les associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes d’escroqueries sentimentales.
Le témoignage de cette Bretonne donne un visage à des situations que les statistiques peinent à restituer dans leur brutalité quotidienne. Contrainte de payer pour un mariage qu’elle cherche à effacer, privée de son logement, elle illustre les conséquences concrètes — financières, juridiques, humaines — d’une relation fondée sur la manipulation. Face à la montée en puissance des arnaques sentimentales en France, experts et associations appellent à une meilleure éducation sur les signaux d’alerte, et à un accompagnement judiciaire renforcé pour les victimes prises dans des procédures de divorce à dimension internationale.
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