📌 Précarité record : 13,1 % des Français privés de viande, de chauffage ou de vacances
Posted 15 avril 2026 by: Admin
En début d’année 2025, 13,1 % de la population française vivant dans un logement ordinaire se trouvait en situation de privation matérielle et sociale, selon une étude de l’INSEE publiée ce mercredi 15 avril. C’est le niveau le plus élevé enregistré depuis la période Covid, dépassant même les seuils observés avant la crise sanitaire. Derrière ce chiffre, des renoncements concrets : viande absente de l’assiette, logement non chauffé, vacances hors de portée — des privations qui frappent avant tout les chômeurs et les familles monoparentales.
En bref
- —13,1 % des Français en privation matérielle début 2025, un record
- —Le renoncement au chauffage a quasi doublé depuis 2020
- —35 % des chômeurs concernés, contre 9 % des actifs
Un record depuis la crise Covid, en hausse constante depuis 2020
Le taux de privation matérielle et sociale s’établissait à 13,1 % en début d’année 2025, révèle l’étude de l’INSEE publiée ce 15 avril. C’est une hausse de 0,4 point par rapport au début 2024 (12,7 %) et de 0,8 point par rapport à 2020 (12,3 %), année marquée par le début de la crise sanitaire.

Plus significatif encore, ce chiffre dépasse les taux observés au cours de la décennie précédente, c’est-à-dire avant que la Covid-19 ne bouleverse l’économie française. La progression est continue et régulière, sans que les politiques de soutien au pouvoir d’achat déployées ces dernières années n’aient suffi à l’enrayer.
La mesure porte exclusivement sur les personnes vivant dans un logement ordinaire — les sans-abri et les personnes hébergées en structure collective n’entrent pas dans le calcul —, ce qui suggère que la réalité de la précarité en France est, en pratique, plus étendue encore.
Comment l’INSEE mesure la privation matérielle
Le taux de privation matérielle et sociale est distinct du taux de pauvreté monétaire, qui repose lui sur les revenus des ménages. Pour l’INSEE, un ménage est considéré en situation de privation dès lors qu’il cumule au moins cinq renoncements parmi une liste de treize critères de vie courante — dont l’incapacité à chauffer son logement, à consommer des protéines, à partir en vacances ou à faire face à une dépense imprévue. Cette méthode, harmonisée à l’échelle européenne, permet de mesurer la pauvreté vécue au-delà des seuls revenus déclarés.
Viande, chauffage, vacances : les renoncements du quotidien
L’un des signaux les plus alarmants de cette étude concerne la capacité des ménages à se chauffer. En 2025, 11,4 % de la population se trouve dans l’incapacité financière de maintenir une température convenable dans son logement — un taux presque doublé par rapport à 2020, où il s’établissait à 6,7 %. Ce renoncement, autrefois marginal, est devenu une réalité pour plus d’un Français sur dix.

La consommation de protéines animales suit une trajectoire similaire. En 2025, 11,2 % des ménages déclarent ne pas pouvoir s’offrir régulièrement de la viande ou du poisson, contre 7,3 % en 2020. En cinq ans, la part de la population qui se prive de protéines lors des repas a progressé de plus de 50 %.
Le poste vacances reste le renoncement le plus répandu : 22,2 % des personnes interrogées déclarent ne pas avoir les moyens de s’offrir au moins une semaine de congés par an. Ce taux demeure relativement stable dans le temps, témoignant d’une privation ancienne et structurelle pour une large partie de la population.
Chômeurs, familles monoparentales : les profils les plus exposés
Les inégalités face à la privation sont frappantes selon le statut professionnel. 35 % des chômeurs se trouvent en situation de privation matérielle et sociale, contre seulement 9 % des personnes en emploi et 9 % des retraités. L’absence d’activité professionnelle constitue le facteur de risque le plus déterminant, dans des proportions qui dépassent de loin tout autre critère.

Les structures familiales jouent également un rôle majeur. 30 % des personnes vivant dans une famille monoparentale sont concernées par la privation — soit plus du double de la moyenne nationale. Ces foyers, souvent composés d’un adulte seul avec un ou plusieurs enfants, cumulent des revenus réduits, des frais de garde élevés et des loyers proportionnellement plus lourds à porter.
La taille de la famille amplifie aussi les difficultés. 20 % des couples ayant trois enfants ou plus se trouvent en situation de privation, contre seulement 8 % des couples avec un ou deux enfants. Ce différentiel illustre l’effet de seuil que représente l’arrivée d’un troisième enfant pour les ménages aux revenus modestes, quand les aides sociales ne compensent qu’insuffisamment les dépenses supplémentaires.
Inflation, réformes sociales : les causes d’une dégradation continue
Plusieurs facteurs structurels expliquent la progression ininterrompue de la privation depuis 2020. L’inflation persistante des années 2022 à 2024 a fortement érodé le pouvoir d’achat des ménages modestes, dont les revenus n’ont pas progressé au même rythme que les prix de l’alimentation et de l’énergie — précisément les deux postes que l’étude INSEE identifie comme les plus en recul.

La réforme de l’assurance chômage de 2023, qui a réduit de 25 % la durée d’indemnisation pour les nouveaux demandeurs d’emploi, est également mise en cause. En fragilisant financièrement les personnes sans emploi, elle aurait conduit nombre d’entre elles à accepter des postes en deçà de leurs qualifications et à des salaires insuffisants, renforçant ainsi le phénomène des travailleurs pauvres.
Face à cette situation, le collectif Alerte, qui réunit les principales associations de lutte contre la pauvreté en France, appelle le gouvernement à des mesures d’urgence : revalorisation des minima sociaux, relance du logement social, renforcement de l’aide alimentaire et lutte contre le non-recours aux droits. Ces associations pointent également les effets des coupes budgétaires dans des dispositifs comme MaPrimeRénov’, qui auraient directement aggravé la situation des ménages les plus vulnérables.
La publication de ces données par l’INSEE intervient dans un contexte de débat croissant sur l’efficacité des politiques sociales françaises. Le fait que le taux de privation dépasse désormais les niveaux d’avant-Covid — en dépit des milliards engagés dans les boucliers tarifaires et autres aides d’urgence — interroge la capacité des dispositifs existants à atteindre réellement les ménages les plus fragiles. Pour les associations, les chiffres publiés ce mercredi ne sont pas une surprise, mais la confirmation chiffrée d’une réalité qu’elles documentent depuis plusieurs années. Le prochain rapport annuel de l’INSEE sur la pauvreté monétaire, attendu plus tard dans l’année, permettra de savoir si le taux de pauvreté au sens traditionnel du terme a suivi la même trajectoire.










