
La Proposition Choc d’Eric Pauget : Faire Payer les Détenus Pour Leur Incarcération
C’est un texte qui ne passe pas inaperçu dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Le 2 décembre 2025, le député Eric Pauget (droite républicaine) dépose une proposition de loi visant à contraindre les détenus à participer financièrement à leurs frais d’emprisonnement. Le montant avancé : 32 euros par jour, à la charge des personnes incarcérées.
Ce n’est pas un coup d’essai. Il s’agit en réalité de la quatrième proposition de loi sur ce sujet depuis 2025, signe que l’idée s’installe durablement dans le débat parlementaire. Pour Pauget, l’heure est à la responsabilité budgétaire. Dans un contexte où la France traverse une période d’austérité assumée, le député justifie sa démarche sans détour : « À l’heure où la France est confrontée à une exigence de rigueur budgétaire nécessitant des efforts exceptionnels de la part de nos concitoyens, et que notre société paye déjà le prix de l’insécurité, la question de la participation financière des détenus à leurs frais d’incarcération interroge la représentation nationale. »
La logique économique est implacable. Chaque détenu coûte aujourd’hui 128 euros par jour à l’État, soit 47 000 euros par an. La participation demandée ne représenterait donc qu’un quart de cette somme — mais l’ampleur globale de la facture, elle, dépasse l’entendement et constitue le véritable moteur de cette initiative.

Une Prison à 4 Milliards d’Euros : le Chiffre qui Justifie Tout
Derrière cette facture de 47 000 euros par détenu et par an se cache une réalité bien plus vertigineuse. Globalement, le système pénitentiaire français engloutit 4 milliards d’euros chaque année dans les finances publiques — une somme qui, à elle seule, suffit à comprendre pourquoi la proposition Pauget trouve un écho croissant à l’Assemblée.
Mais le problème ne se résume pas à une question de budget. La France est confrontée à une crise structurelle de surpopulation carcérale que les chiffres rendent difficilement contestable : 85 373 détenus pour seulement 62 668 places disponibles, selon le ministère de la Justice. Ce déficit de plus de 22 000 places oblige l’État à envisager simultanément la construction de nouveaux établissements et la rénovation des prisons existantes — deux chantiers coûteux, financés par le contribuable.
C’est précisément ce cumul de pressions — surpopulation chronique, vétusté des infrastructures, austérité budgétaire — qui constitue l’argumentaire central d’Eric Pauget. Sa formule résume l’esprit de la proposition : « Comme celui qui casse doit réparer, celui qui dort en prison doit participer à leur entretien, à leur construction et au renforcement de la sécurité des agents pénitentiaires. »
Une conviction que partagent, au-delà de son seul camp politique, plusieurs voix inattendues au sein de l’hémicycle.

Des Précédents Européens et des Soutiens Politiques Inattendus
Ces « voix inattendues » ne surgissent pas du vide. L’idée de faire contribuer les détenus à leurs frais d’incarcération existe déjà concrètement au Danemark et aux Pays-Bas — deux pays dont les systèmes pénitentiaires font pourtant figure de références en matière de réhabilitation. Une légitimité internationale qui renforce considérablement la crédibilité du texte Pauget.
En France, le ralliement politique dépasse les frontières du groupe droite républicaine. Les membres de l’UDR et du Rassemblement National ont exprimé leur soutien à la démarche. Plus significatif encore : le député indépendant Christophe Naegelen s’était lui-même saisi du sujet dès mars 2025, avec une proposition similaire. Son raisonnement s’appuyait sur un parallèle éclairant — le forfait hospitalier de 20 euros par jour supporté par les patients, ou la participation financière exigée des résidents en Ehpad. Pourquoi les détenus feraient-ils exception ?
Naegelen suggérait également une modulation du montant en fonction des revenus, ressources ou patrimoine de chaque détenu — une nuance qui tempère l’aspect forfaitaire brut de la mesure.


