
Malgré des tempéraments qu’il décrit comme très différents, une relation profonde et durable se noue entre eux. «Nous pouvions tout nous dire. Et nous avions tellement de choses à nous dire… Avec Marie-Paule nous avons parlé de choses profondes, de choses drôles, nous avons énormément rigolé. C’était quelqu’un d’extrêmement triste, qui était extrêmement drôle», se souvient-il.
Un talent jamais pleinement révélé, selon Lama: «L’injustice de ce métier»
Serge Lama ne cache pas ce qu’il considère comme le grand regret de la carrière de son amie. Selon lui, Marie-Paule Belle n’a jamais bénéficié de l’entourage artistique à la hauteur de son talent. «C’est quelqu’un qui n’a jamais eu l’entourage qu’il aurait fallu pour mener une belle carrière», déclare-t-il, estimant qu’elle n’a jamais eu l’occasion d’enregistrer l’album qui aurait pleinement révélé ce qu’elle était.

Il pointe également la logique des maisons de disques: «Les labels ne s’intéressent à vous que lorsque vous vendez des disques, c’est l’injustice de ce métier, l’injustice de la vie aussi.» Lama raconte avoir lui-même écrit quelques textes pour elle, tout en reconnaissant que son univers ne lui correspondait pas totalement.
Il rend aussi hommage au courage de Marie-Paule Belle, qui avait choisi de parler publiquement de son homosexualité à une époque où le sujet restait largement tabou dans le milieu artistique. «L’avouer n’a pas été facile pour elle. Mais saluons aujourd’hui son courage.»
Marie-Paule Belle, une figure de la chanson française
Connue notamment pour La Parisienne, Marie-Paule Belle s’est imposée comme une interprète singulière de la chanson française à partir des années 1970. Serge Lama, lui, est l’auteur de classiques comme Je suis malade et a récemment évoqué publiquement des problèmes de santé. Les deux artistes ont entretenu pendant plus d’un demi-siècle une relation d’amitié et de confiance mutuelle.
La dernière rencontre: «Je l’ai mangée du regard, on savait qu’on ne se reverrait plus»
Le passage le plus bouleversant de l’entretien est celui où Serge Lama revient sur leur ultime face-à-face, il y a neuf mois. Dès cet instant, il dit avoir compris que leurs chemins ne se croiseraient plus. «Ce jour-là, j’ai su que c’était pour la dernière fois. Je l’ai bien regardée, je l’ai mangée du regard […] On s’est étreint longuement parce qu’on savait tous les deux qu’on ne se reverrait plus.»

Malgré la maladie, Marie-Paule Belle avait trouvé la force de remonter sur scène une ultime fois au printemps, une démarche que Serge Lama salue comme un acte de courage.
Un dernier appel dix jours avant la mort, des obsèques auxquelles il ne pourra pas assister
Quelques jours avant sa disparition, les deux amis avaient encore échangé par téléphone. Serge Lama se souvient d’une voix qui lui semblait encore forte, mais aussi d’une confidence sans ambiguïté. «Je l’ai eue il y a dix jours, sa voix était bonne. Mais elle m’avait dit qu’elle n’avait plus envie de voir qui que ce soit, elle était bien chez elle, dans sa petite chambre. J’avais compris que les choses iraient vite…»
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