📌 Stationnement hospitalier : gratuité pour les patients et plafond à 15 euros pour les visiteurs
Posted 29 janvier 2026 by: Admin

Le Ras-Le-Bol Qui Fait Basculer L’Assemblée
Une facture de 40 euros pour avoir accompagné un proche en chimiothérapie, des tickets de parking empilés qui deviennent la deuxième dépense après les frais médicaux : ce double paiement – par l’impôt qui finance l’hôpital public, puis au distributeur automatique à la sortie – a fini par faire céder les parlementaires. Jeudi 29 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi socialiste portée par Stéphane Hablot, député de Meurthe-et-Moselle, visant la gratuité progressive des parkings hospitaliers.
Le texte, déposé le 16 septembre 2025, entérine une revendication portée depuis des mois par les associations de patients et le personnel soignant. « Les coûts de stationnement n’entravent plus l’accès aux soins des plus modestes, transformant un besoin de santé en nouvelle charge financière », justifie le Parti socialiste dans l’exposé des motifs. L’ancien ministre de la Santé Yannick Neuder avait lui-même reconnu la nécessité de « remettre de l’humanité dans nos politiques publiques », rappelant que se garer à l’hôpital ne relève pas du luxe mais de l’urgence vitale.
Ce vote marque un tournant après des années où les tarifs ont explosé, certains établissements facturant jusqu’à 25 euros la journée. Le sentiment d’une double taxation insupportable a fini par unir malades, visiteurs et soignants dans une même exaspération. Reste désormais à transformer cette victoire législative en soulagement concret au guichet.

Ce Que Va Changer Concrètement La Loi Hablot
Au-delà du symbole, le texte adopté fixe des droits précis. Les patients hospitalisés bénéficieront d’une gratuité totale pendant toute la durée de leur séjour, quelle qu’en soit la longueur. Les visiteurs, eux, disposeront de deux heures gratuites par jour – suffisant pour une visite classique, mais insuffisant pour ceux qui veillent un proche en soins intensifs. Passé ce délai, les tarifs seront plafonnés à 15 euros par jour et 100 euros mensuels en abonnement, un encadrement censé éviter les dérives tarifaires constatées ces dernières années.
Le personnel hospitalier obtient également la gratuité durant son temps de service, avec un abonnement limité à 100 euros pour ceux qui viennent hors de leurs horaires de travail. « Les coûts de stationnement n’entravent plus l’accès aux soins des plus modestes », martèle le Parti socialiste dans sa proposition. Pour compenser le manque à gagner, le texte prévoit un mécanisme financier destiné aux établissements contraints de renégocier leurs contrats avec les opérateurs privés qui gèrent actuellement de nombreux parkings hospitaliers.
Deux ans : c’est le délai accordé aux hôpitaux pour se conformer à ces nouvelles règles. Un calendrier qui laisse entrevoir l’ampleur des négociations à venir avec les délégataires de service public, et la complexité d’un dispositif qui promet la gratuité sans préciser encore qui paiera la facture finale.

La Bataille Politique Derrière Le Parking Gratuit
Cette victoire socialiste masque une féroce compétition législative. Dès le 11 juillet 2025, La France insoumise avait dégainé la première avec une proposition radicale : gratuité totale pour tous, patients comme visiteurs, assortie d’une interdiction pure et simple de toute concession privée sur les parkings hospitaliers. Un texte offensif qui n’a jamais été examiné en séance lors de la niche parlementaire du groupe.
Le Rassemblement national riposte le 16 septembre 2025, jour même du dépôt du texte Hablot. Leur proposition va plus loin encore : gratuité intégrale pour patients, visiteurs et personnels, fin des délégations de service public et compensation de l’État via une taxe additionnelle spécifique. Un financement explicite là où les socialistes restent flous. Mais la commission des affaires sociales rejette la proposition RN, laissant le champ libre au texte PS.
Trois formations, trois textes en six mois. Cette surenchère parlementaire révèle l’enjeu électoral d’un dossier qui touche des millions de Français. Chacun voulait porter l’étendard d’une réforme symbolique où se croisent pouvoir d’achat et accès aux soins. Le compromis socialiste l’emporte finalement, moins radical que ses concurrents, mais suffisamment consensuel pour franchir la première lecture. Reste désormais à convaincre le Sénat que cette promesse mérite de devenir loi.

Les Zones D’Ombre D’une Promesse À Concrétiser
Le vote n’est qu’un début. Sur le terrain, les directeurs d’hôpitaux affichent une prudence qui confine à l’inquiétude. Au CHU de Toulouse, Abdel Gaidi, directeur du pôle Patrimoine et ressources opérationnelles, tranchait dès novembre : il n’est « pas possible de revenir en arrière ». Sa crainte ? Un « appel d’air » qui transformerait les parkings en zones de stationnement sauvage, encombrées de « voitures ventouses » bloquant l’accès aux patients, accompagnants et soignants.
Les chiffres révèlent l’ampleur du chantier. De nombreux hôpitaux ont confié leurs parkings à des opérateurs privés via des délégations de service public. Ces contrats génèrent des recettes indispensables au budget des établissements. Les deux années de délai prévues par la loi devront servir à renégocier ces accords, adapter les systèmes de contrôle d’accès et compenser les pertes financières. Un casse-tête administratif et juridique que chaque établissement devra résoudre seul.
Le parcours législatif ajoute une couche d’incertitude. Le texte doit encore affronter le Sénat, puis reviendra éventuellement à l’Assemblée avant que des décrets d’application ne précisent, hôpital par hôpital, comment matérialiser cette gratuité promise. Entre les réticences des gestionnaires, les contraintes budgétaires et la navette parlementaire, la route vers le parking gratuit reste semée d’obstacles. La promesse adoptée jeudi pourrait bien mettre des années avant de se concrétiser dans tous les CHU de France.










