Universal décide finalement de tenter une nouvelle sortie au printemps 2020. Mais le 13 mars, les cinémas américains ferment leurs portes face à la pandémie de Covid-19. The Hunt se retrouve propulsé en vidéo à la demande après seulement quelques jours d’exploitation, dans une indifférence quasi générale. Un double coup du sort qui prive le film de tout véritable lancement public.
La prémisse : des élites qui chassent des « déplorables »
Le point de départ de The Hunt est aussi simple qu’efficace. Des individus se réveillent, bâillonnés, au milieu d’une forêt. Ils ne savent pas où ils sont ni pourquoi. Très vite, ils comprennent qu’ils sont des proies dans une chasse à l’homme organisée par un groupe de personnalités puissantes.

Le film s’inspire ouvertement de la nouvelle The Most Dangerous Game (La Chasse la plus dangereuse, 1924) de Richard Connell, récit fondateur dans lequel un aristocrate traque des humains sur son île privée. Craig Zobel actualise ce matériau à la société américaine contemporaine, divisée entre classes sociales et camps politiques irréconciliables.
Au centre du récit se trouve Crystal, incarnée par Betty Gilpin. D’abord présentée comme une simple victime, elle révèle rapidement une maîtrise tactique qui va lui permettre d’inverser les rôles. Une à une, elle élimine ses poursuivants et remonte jusqu’à Athena, la femme qui orchestre la chasse dans l’ombre, jouée par Hilary Swank.
Blumhouse et Lindelof : une association de prestige
The Hunt est produit par Blumhouse Productions, le studio spécialisé dans l’horreur sociale à l’origine de Get Out, Us et Paranormal Activity. Le scénario est co-signé par Damon Lindelof, créateur de Lost et de l’acclamée série Watchmen (HBO, 2019), connu pour son goût des récits mêlant genre populaire et critique sociale acerbe. Ce tandem ancre le film dans une tradition sérieuse de l’horreur politique américaine.
Une satire politique qui tire dans tous les sens
Écrit par Damon Lindelof — le showrunner de Lost et de la série Watchmen sur HBO — et Nick Cuse, The Hunt ne se contente pas d’enchaîner les scènes d’action. Il ambitionne de décortiquer la fracture politique américaine à travers la violence et l’humour noir.

Les chasseurs sont des élites libérales qui se plaisent à traquer des « déplorables » — terme utilisé en 2016 par Hillary Clinton pour désigner une partie de l’électorat républicain, que le film s’approprie explicitement. Les victimes, elles, sont des Américains ordinaires aux convictions conservatrices, volontiers conspirationnistes. Le magazine Écran Large résumait ainsi le propos : « Démocrate ou républicain, riche ou pauvre : tout le monde en prend pour son grade. »
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