📌 Urgences saturées : une fillette de 7 ans attendue 12 heures avant d’être examinée par un médecin
Posted 19 décembre 2025 by: Admin

Une Nuit D’Attente Interminable Aux Urgences
Le 10 décembre dernier, une septuagénaire des Côtes-d’Armor compose le 15. Sa petite-fille de sept ans est « très souffrante ». La réponse du SAMU tombe comme un couperet : l’hôpital le plus proche, à dix kilomètres seulement, affiche complet. Direction Morlaix, dans le Finistère, à une heure de route.
À 70 ans, cette grand-mère se retrouve au volant en pleine nuit, son enfant malade à ses côtés. Une fois sur place, la fillette est admise immédiatement. Mais pour la mère de famille, commence alors une attente qui s’étire, interminable. « On me signifie que cela va être très long. J’attends, j’attends. Aucune nouvelle. Plus de 2 heures passent… C’est lugubre », confie-t-elle à Ouest-France.
Le verdict final résume à lui seul l’ampleur de l’épreuve : « Nous avons quitté la maison à 23 heures et sommes de retour le lendemain à 8 h 15 ». Neuf heures quinze pour une urgence pédiatrique. Neuf heures entre l’angoisse d’une grand-mère et la souffrance d’une enfant de sept ans.
Peu avant 7 heures du matin, une jeune interne finit par prendre en charge la fillette. Entre-temps, la septuagénaire aura eu tout le loisir de « méditer in situ sur la misère des hôpitaux », confrontée malgré elle à un système de santé au bord de la rupture.

La Saturation Des Urgences En Chiffres
Cette méditation forcée s’appuie sur une réalité arithmétique implacable. Dans la salle d’attente de Morlaix, entre vingt et trente patients patientent simultanément, sans compter ceux déjà installés dans les boxes. Un embouteillage humain orchestré par une pénurie criante de moyens.
Le cÅ“ur du problème tient en une équation déséquilibrée : « Un seul médecin pour prendre en charge tous les ‘allongés’ », observe la septuagénaire. Ce ratio critique explique mécaniquement les délais aberrants. Plus de deux heures s’écoulent avant qu’elle obtienne la moindre nouvelle de sa petite-fille, admise pourtant dès l’arrivée.
La prise en charge finale intervient peu avant 7 heures du matin, près de huit heures après le franchissement des portes de l’hôpital. Entre-temps, le médecin unique aura jonglé avec des dizaines de cas, transformant chaque urgence en file d’attente. « Il y a du personnel, mais ça coince quelque part », constate lucidement la grand-mère.
Cette observation révèle un dysfonctionnement qui dépasse le simple manque d’effectifs. Le personnel présent existe, mais la chaîne de soins se grippe ailleurs, créant un goulot d’étranglement qui condamne patients et soignants à une nuit d’impuissance partagée.

L’Expérience Traumatisante D’Une Septuagénaire
Cette impuissance partagée pèse différemment selon qu’on la vit du côté soignant ou du côté patient. Pour cette grand-mère de soixante-dix ans, la nuit bascule dans l’épreuve dès l’admission. Sa petite-fille, « très souffrante », disparaît immédiatement derrière les portes du service. Elle, reste dehors.
« On me signifie que cela va être très long. J’attends, j’attends. Aucune nouvelle. Plus de 2 heures passent… C’est lugubre », confie-t-elle. Dans cette salle d’attente surchargée, l’angoisse maternelle se heurte au silence médical. Aucune information ne filtre sur l’état de l’enfant, pourtant admise depuis des heures.
L’atmosphère lugubre qu’elle décrit traduit une double souffrance : celle de ne pas savoir, et celle d’observer l’engrenage se gripper sous ses yeux. « Il y a du personnel, mais ça coince quelque part », répète-t-elle, cherchant à comprendre pourquoi le système ne répond pas alors que les ressources humaines existent.
Cette lucidité n’atténue pas le sentiment d’impuissance qui s’installe au fil des heures. À soixante-dix ans, après une heure de route nocturne, elle ne peut que constater l’écart entre l’urgence vécue et la réponse institutionnelle. Une méditation forcée qui transforme une nuit aux urgences en observatoire brutal de ce qu’elle appelle « la misère des hôpitaux ».

Symptôme D’Une Crise Hospitalière Profonde
Cette observation — « Il y a du personnel, mais ça coince quelque part » — révèle une vérité souvent occultée dans le débat public. La crise ne se résume pas à un déficit d’effectifs. Elle traduit un dysfonctionnement organisationnel qui paralyse des établissements pourtant dotés de ressources humaines.
Le soir du 10 décembre, deux hôpitaux bretons saturent simultanément. Celui des Côtes-d’Armor refuse les admissions à dix kilomètres du domicile familial. Celui de Morlaix, à une heure de route, absorbe le flux avec un unique médecin pour trente patients en détresse. Cette configuration n’est pas accidentelle : elle résulte de choix budgétaires et de décisions managériales qui fragmentent les moyens au lieu de les concentrer.
La septuagénaire a passé sa nuit à observer ce système grippé. Sa « méditation forcée sur la misère des hôpitaux » dessine un constat sans appel : les soignants présents ne suffisent plus à compenser les failles structurelles. Les protocoles s’allongent, les circuits se complexifient, les délais explosent.
Neuf heures et quinze minutes séparent le départ de la maison du retour. Entre-temps, une enfant de sept ans aura attendu l’aube pour être examinée par une jeune interne. Ce cas individuel cristallise une réalité nationale : les urgences françaises ne fonctionnent plus comme un service public accessible, mais comme un goulot d’étranglement permanent où la prise en charge relève désormais de l’endurance.










