Depuis le 1er janvier 2026, près de 100 000 retraités du secteur privé n’ont perçu aucune pension complémentaire Agirc-Arrco — non pas parce qu’ils n’y avaient pas droit, mais à cause d’une défaillance informatique que l’organisme reconnaît aujourd’hui. Le préjudice total est estimé à 850 millions d’euros, soit en moyenne 8 700 euros par personne lésée. L’Agirc-Arrco s’est engagée à régulariser les situations d’office, sans attendre que les victimes déposent de réclamation.
En bref
- —100 000 retraités privés de pension depuis janvier 2026
- —Un bug automatique a coupé les versements sans contrôle humain
- —850 M€ à rembourser, premiers virements attendus mi-mai
Une migration informatique aux conséquences désastreuses
Tout commence à l’automne 2025, lorsque l’Agirc-Arrco lance une vaste migration vers un nouveau système informatique centralisé. L’objectif affiché est louable : mieux gérer les carrières multisecteurs et fluidifier le regroupement des droits pour les assurés ayant cotisé dans plusieurs branches professionnelles au cours de leur vie active.

Dans le cadre de cette modernisation, l’organisme croise pour la première fois ses bases de données avec celles de la Direction générale des finances publiques (DGFIP). En décembre 2025, ce croisement fait remonter des incohérences massives : parmi les anomalies détectées, quelque 10 000 assurés sont enregistrés comme ayant plus de 110 ans — signe probable de décès non signalés ou d’erreurs d’enregistrement accumulées au fil des années.
Pour traiter ces irrégularités, le système envoie automatiquement des demandes de pièces justificatives aux dossiers jugés incomplets. Mais c’est là que le mécanisme déraille : conçu pour être rigoureux, il suspend automatiquement les versements dès que les documents ne sont pas fournis dans les délais, sans aucune intervention humaine. Au 1er janvier 2026, des dizaines de milliers de pensions sont coupées d’un coup.
Un régime complémentaire sous pression
L’Agirc-Arrco gère les retraites complémentaires de quelque 14 millions de retraités du secteur privé, financées par les cotisations de plus de 25 millions de salariés actifs. En 2026, les négociations entre le Medef et les syndicats n’ont pas abouti à un accord de revalorisation : les pensions sont restées figées au même niveau qu’en 2025, malgré l’inflation. Ce blocage inédit fragilise davantage le pouvoir d’achat des retraités du privé, dans un contexte où les charges du quotidien continuent d’augmenter.
Expatriés et veufs : les profils les plus vulnérables
Le système ne frappe pas au hasard. Deux catégories de retraités sont particulièrement touchées par les demandes de justificatifs : les retraités résidant à l’étranger — notamment au Maghreb, en Turquie et en Asie — qui doivent fournir chaque année un certificat de vie attestant qu’ils sont toujours en vie, et les veufs et veuves bénéficiant d’une pension de réversion, tenus d’attester de leur non-remariage pour conserver leurs droits.


