📌 Cancer du pancréas : une première européenne à Grenoble avec 224 bâtonnets radioactifs implantés dans la tumeur
Posted 2 mai 2026 by: Admin
Une première en Europe vient de s’écrire dans un bloc opératoire du CHU Grenoble Alpes : le 23 avril 2026, une équipe franco-canadienne a implanté 224 bâtonnets radioactifs directement au cœur d’une tumeur pancréatique inopérable, dans le cadre d’un essai clinique multicentrique. Cette technique, baptisée Alpha DaRT, vise à détruire la tumeur de l’intérieur grâce à des émetteurs radioactifs de haute précision, sans exposer les organes voisins. Pour un cancer réputé parmi les plus meurtriers, l’annonce suscite un espoir mesuré mais réel dans la communauté médicale.
En bref
- —Première européenne réalisée au CHU de Grenoble le 23 avril 2026
- —224 bâtonnets radioactifs implantés dans une tumeur inopérable
- —Un essai clinique prévu pour 40 patients en France
Un geste inédit en Europe : 224 bâtonnets au cœur de la tumeur
C’est une procédure sans précédent sur le continent européen qui s’est déroulée fin avril dans les salles d’endoscopie du CHU Grenoble Alpes. Le professeur Gaël Roth, oncologue digestif et investigateur principal de l’essai, a conduit avec son équipe l’implantation de 224 sources radioactives dans la tumeur d’un patient atteint d’un adénocarcinome pancréatique localement avancé, jugé inopérable après plusieurs mois de chimiothérapie intensive.

La procédure a été réalisée par écho-endoscopie : un endoscope guidé par ultrasons est introduit par le tube digestif jusqu’au contact du pancréas, permettant une visualisation en temps réel. « L’avantage de l’endoscopie, c’est qu’on est très près de la tumeur. Dans le tube digestif, on est contre le pancréas. Et donc, de façon très précise, on peut mettre ces sources qu’il faut rapprocher les unes des autres à peu près tous les 3 à 4 millimètres, de façon à traiter l’ensemble de la tumeur », explique Pierre-Yves Eyraud, médecin en hépato-gastroentérologie et oncologie digestive au CHU de Grenoble.
Le nombre de sources implantées — 224 bâtonnets — a surpris par son ampleur : les protocoles initiaux envisageaient environ 80 insertions. Ce chiffre élevé reflète la taille de la tumeur traitée et la nécessité de couvrir l’intégralité de la masse cancéreuse pour espérer un effet thérapeutique significatif. L’ensemble de la procédure s’est déroulé en une seule session, ce qui constitue un avantage majeur pour des patients déjà affaiblis par des mois de traitement.
Alpha DaRT : une radiothérapie de précision qui irradie la tumeur de l’intérieur
Derrière cette première se trouve une technologie développée par la société israélienne Alpha Tau Medical, cotée au Nasdaq sous le symbole DRTS. Son dispositif, baptisé Alpha DaRT — pour Diffusing Alpha-emitters Radiation Therapy — repose sur un principe radicalement différent de la radiothérapie externe classique : les sources radioactives sont insérées directement dans la tumeur, éliminant la traversée des tissus sains par les rayonnements.

Chaque bâtonnet est une fine tige en titane imprégnée de radium 224, un isotope qui émet des particules alpha à très courte portée. Concrètement, chaque source irradie dans un rayon de seulement 2 millimètres autour d’elle. Cet effet ultra-localisé est précisément ce qui distingue la technique : la dose délivrée aux cellules cancéreuses est élevée et concentrée, tandis que les organes adjacents au pancréas — vaisseaux, duodénum, foie — sont en grande partie préservés.
L’objectif thérapeutique est double : réduire ou détruire la tumeur dans un premier temps, et si la réponse est suffisante, rendre une intervention chirurgicale envisageable à terme. Pour les patients dont la tumeur est jugée définitivement inopérable, la technique pourrait au moins prolonger significativement la période sans progression de la maladie, ouvrant ce que les médecins appellent une « longue pause thérapeutique ».
Le cancer du pancréas : un défi médical parmi les plus redoutables
Pour comprendre l’importance de cette avancée, il faut mesurer la gravité du cancer du pancréas. En France, environ 16 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, selon la Fondation pour la Recherche Médicale. Le taux de survie à cinq ans reste parmi les plus faibles de tous les cancers, en raison d’une détection souvent tardive et d’un accès limité à la chirurgie curative.

Au moment du diagnostic, seules 10 à 20 % des tumeurs sont opérables. La raison principale : la localisation anatomique du pancréas, niché entre l’aorte, la veine cave et les vaisseaux mésentériques, rend l’ablation chirurgicale impossible dès lors que la tumeur envahit ces structures. Et même lorsqu’une chirurgie lourde est possible, plus de 80 % des patients rechutent dans les années suivantes.
Pour les formes dites localement avancées — des tumeurs qui n’ont pas encore produit de métastases à distance mais restent inextirpables —, le traitement de référence actuel est la chimiothérapie intensive par protocole mFOLFIRINOX. Efficace pour ralentir la progression, elle ne suffit pas à guérir et épuise considérablement les patients. C’est précisément pour ces malades, qui représentent près de 30 % des 140 000 cas annuels en Europe, que la technique Alpha DaRT est désormais testée.
Un cancer difficile à détecter tôt
Le cancer du pancréas est souvent diagnostiqué à un stade avancé car il provoque peu de symptômes dans ses premières phases. Situé profondément dans l’abdomen, le pancréas n’est pas accessible à l’examen clinique courant, et il n’existe à ce jour aucun test de dépistage systématique validé pour la population générale. Cette détection tardive explique en grande partie pourquoi si peu de tumeurs sont opérables au moment du diagnostic.
L’essai ACAPELLA et les résultats canadiens : ce que la science valide déjà
Cette première européenne n’est pas un geste isolé : elle marque l’ouverture de l’essai clinique multicentrique français ACAPELLA, coordonné par le Pr Gaël Roth. L’étude prévoit d’inclure 40 patients présentant un adénocarcinome pancréatique localement avancé, inopérable, après une première ligne de chimiothérapie. Chaque participant sera suivi pendant un an. Les critères principaux évaluent la sécurité de la procédure, mais aussi la réduction tumorale, la possibilité d’une chirurgie secondaire et la qualité de vie.

Le traitement Alpha DaRT y est administré en combinaison avec la capécitabine, un médicament de chimiothérapie orale, afin de potentialiser l’effet local des émetteurs radioactifs. Ce choix s’appuie sur les enseignements d’une étude canadienne conduite entre 2023 et 2024 sur 32 patients, première du genre à tester la technique sur des tumeurs pancréatiques humaines.
Les résultats de cette étude précédente sont encourageants : un taux de réponse objective de 22 % et un taux de contrôle de la maladie de 81 % ont été observés sur l’ensemble des patients. Sur le plan de la tolérance, deux cas d’effets indésirables graves seulement ont été rapportés, tous deux résolus sans séquelles. « Globalement, le profil de tolérance est apparu rassurant », confirme Corey Miller, endoscopiste à l’université McGill, qui a piloté cette phase canadienne.
Alpha Tau Medical a annoncé que les données combinées de trois études distinctes sur l’Alpha DaRT appliqué au cancer du pancréas seront présentées lors du congrès annuel de l’ASCO 2026, la plus grande conférence mondiale en oncologie. Cette présentation sera déterminante pour évaluer la robustesse des résultats et envisager une extension des essais à d’autres centres européens.
La première européenne réalisée à Grenoble ne constitue pas, à elle seule, une révolution thérapeutique : un seul patient traité ne permet pas de tirer de conclusions définitives, et les résultats de l’essai ACAPELLA ne seront connus qu’au terme d’un an de suivi pour chaque participant. Mais la convergence de plusieurs signaux positifs — la faisabilité de la procédure, le profil de tolérance rassurant issu de l’étude canadienne, et l’intérêt croissant de la communauté oncologique internationale — légitime l’espoir. Pour des patients qui se heurtent aujourd’hui à une impasse thérapeutique, la perspective de réduire une tumeur jugée inextirpable, fût-ce pour préparer une chirurgie ou simplement gagner du temps de vie en bonne santé, représente une avancée concrète. Les résultats attendus à l’ASCO 2026 diront si l’Alpha DaRT peut s’imposer comme un nouvel outil dans l’arsenal contre le cancer du pancréas.










