Septembre 2019. Un employé de libre-service Carrefour franchit le pas…

Un Combat Judiciaire De Sept Ans Pour Quelques Minutes Quotidiennes
Septembre 2019. Un employé de libre-service Carrefour franchit le pas et saisit les prud’hommes. Sa revendication paraît dérisoire au premier abord : être rémunéré pour les quelques minutes séparant le vestiaire de la pointeuse. Pourtant, derrière cette réclamation se cache une question fondamentale : à partir de quel moment un salarié est-il réellement au travail ?
L’employé invoque l’article L 3121-1 du Code du travail, qui définit le temps de travail effectif comme celui durant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur. Il avance un argument imparable : durant ce trajet, il est fréquemment sollicité par des clients. Trois collègues attestent de ces situations. Malgré ces témoignages, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence rejette sa demande en juin 2024, estimant qu’aucune directive ne lui avait été donnée avant le pointage.
Le salarié refuse de baisser les bras. Il se pourvoit en cassation, transformant son combat individuel en bataille juridique d’envergure. Le 21 janvier 2026, sept ans après sa première démarche, la Cour de cassation lui donne raison. Elle censure la décision de la Cour d’appel, reprochant un examen insuffisant de la question essentielle : l’employé était-il à disposition de Carrefour avant de pointer ? L’affaire est renvoyée pour réexamen, ouvrant la voie à une potentielle victoire qui pourrait redéfinir les contours mêmes du temps de travail rémunéré.

Le Cœur Du Litige : Être Sollicité Sans Être Rémunéré
Cette bataille juridique révèle une situation paradoxale vécue quotidiennement par l’employé. Dès son entrée dans le magasin, il traverse l’espace commercial pour rejoindre la pointeuse. Durant ces quelques minutes, des clients l’interpellent, lui posent des questions, sollicitent son aide. Il répond, oriente, renseigne. Sans être payé.
L’argumentaire de son avocat, relayé par le Journal de l’économie, souligne cette absurdité : le salarié demeure à la disposition de son employeur avant même d’avoir pointé. Carrefour lui impose d’ailleurs une consigne révélatrice : éviter l’allée centrale. Cette directive prouve que l’enseigne reconnaît implicitement sa présence active dans le magasin avant le pointage officiel. Pourquoi lui dicter un itinéraire s’il n’est pas encore considéré comme en situation de travail ?
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