
Produite à des dizaines de millions d’exemplaires par an, cette pièce ne semblait pas destinée à faire les gros titres. Pourtant, au fil des décennies, certains millésimes ou séries particulières ont commencé à s’imposer comme de véritables raretés numismatiques. La cause : des tirages très limités dans certains ateliers, des erreurs de frappe non détectées à temps, ou des changements de matière imposés par des circonstances historiques exceptionnelles.
Aujourd’hui, le marché des Wheat Pennies est l’un des plus actifs de la numismatique américaine. Les maisons d’enchères spécialisées comme Heritage Auctions et les organismes de certification comme le PCGS (Professional Coin Grading Service) enregistrent une demande croissante, notamment de la part de jeunes collectionneurs. Ce regain d’intérêt tire les prix vers le haut, même pour des pièces considérées comme courantes il y a encore quelques années.
La numismatique, un marché en plein essor
La numismatique désigne la science et le commerce des monnaies anciennes. Ce marché de niche connaît depuis une dizaine d’années une croissance soutenue, portée par la démocratisation des ventes aux enchères en ligne et l’engouement d’une nouvelle génération de collectionneurs. Aux États-Unis, les pièces rares comme les Lincoln Wheat Pennies figurent parmi les segments les plus actifs, avec des transactions régulières à six chiffres dans des maisons spécialisées reconnues mondialement.
Les variantes rares : quand une erreur de frappe vaut une fortune
Trois variantes du Lincoln Wheat Penny concentrent l’essentiel de l’engouement et des records de vente. La première est le 1909-S VDB : frappé à seulement 484 000 exemplaires à l’atelier de San Francisco, il arbore les initiales du graveur VDB au revers. Ces initiales, jugées trop visibles, ont été supprimées rapidement, faisant de ce millésime l’un des plus rares de toute la série. Un exemplaire en état exceptionnel a été vendu 168 000 dollars en 2022.

La deuxième variante est sans doute la plus spectaculaire : le penny de 1943 frappé en cuivre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le cuivre étant réservé à l’effort de guerre, la Monnaie américaine bascule sur l’acier zingué pour ses cents. Mais quelques dizaines de flans en cuivre datant de 1942 ont accidentellement été engagés dans les presses en 1943. Résultat : une vingtaine à une trentaine d’exemplaires en cuivre ont été frappés à travers les ateliers de Philadelphie, Denver et San Francisco — constituant aujourd’hui de véritables reliques historiques.
La troisième variante à connaître est le 1955 Doubled Die. Sur ces exemplaires, la matrice de frappe a été alignée deux fois avec un léger décalage, provoquant un doublement net et visible à l’œil nu de la date et des inscriptions. Cette anomalie, non détectée avant mise en circulation, en fait une pièce hautement recherchée, dont la valeur peut osciller entre 1 000 et 125 000 dollars selon l’état de conservation.
Comment identifier un exemplaire potentiellement précieux
La première étape est de vérifier l’année de frappe et la lettre d’atelier gravée sous la date. Un « S » indique l’atelier de San Francisco, un « D » celui de Denver — deux sites dont les tirages étaient souvent plus limités. Les millésimes à surveiller en priorité sont le 1909-S, le 1914-D, le 1943 et le 1955.

Pour le penny de 1943, un test simple permet de distinguer l’acier du cuivre en quelques secondes : approcher un aimant de la pièce. Si elle n’est pas attirée, elle n’est pas en acier — et pourrait donc être l’un des rares exemplaires en cuivre. Ce test constitue un premier filtre utile, mais pas une certification : certaines pièces non magnétiques ne sont que des contrefaçons ou des exemplaires plaqués, ce qui justifie une expertise ultérieure.
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