Aujourd’hui âgée de 29 ans, la jeune femme avait réussi à se reconstruire. En novembre, elle avait appris que Blaudy demandait à sortir de prison. « Je suis effondrée », avait-elle alors confié à 20 Minutes. Mercredi soir, le pire est arrivé : un courrier du juge d’application des peines lui annonçait officiellement la libération de son bourreau pour le 12 mai, depuis la prison de Caen, dans le Calvados.
La « confusion des peines » : comment trente ans deviennent huit
Pour comprendre comment un homme condamné à trente ans en 2018 peut sortir de prison après seulement huit ans, il faut se plonger dans les mécanismes du droit pénal français. Le dispositif en cause s’appelle la « confusion des peines », encadré par l’article 132-3 du Code pénal.

Roland Blaudy avait déjà été condamné en 2007 à dix-huit ans de réclusion criminelle pour des viols commis sur sa propre fille. Lorsqu’il a été condamné à nouveau en 2018, les deux peines n’ont pas été additionnées : la plus longue a « absorbé » la première. Elles s’exécutent simultanément, et non l’une après l’autre.
Dans son courrier, la juge d’application des peines précise que Blaudy « a purgé sa peine d’emprisonnement criminelle » et que « la dangerosité de l’intéressé a été réduite par le travail effectué en détention ». La période de sûreté étant achevée, le procureur de la République de Caen confirmait en novembre qu’il était « juridiquement en droit de déposer une demande d’aménagement de peine ».
S’installer à Rennes : dans la même ville que sa victime
Au choc de la libération s’ajoute un second traumatisme. Le courrier du juge révèle que Roland Blaudy va s’installer à Rennes — précisément la ville où réside Karine Jambu. « Ça me dégoûte. Je ne comprends pas comment c’est possible. Comment on peut laisser une personne comme ça sortir de prison ? Et s’installer dans la même ville que moi en plus ! », réagit-elle.

La magistrate justifie cette domiciliation par le fait que « l’intéressé n’a pas d’autre adresse », raison pour laquelle « cette situation inconfortable n’a pu être évitée ». L’expression « situation inconfortable », employée pour qualifier la cohabitation imposée d’une victime avec son bourreau dans la même ville, illustre la distance parfois saisissante entre le langage juridique et la réalité vécue.
Seules contraintes imposées à Blaudy, aujourd’hui âgé de 74 ans : l’interdiction d’entrer en contact avec sa victime « de quelque manière que ce soit » pendant quinze ans, et un suivi qualifié de « particulièrement renforcé ». Des garanties que Karine juge très insuffisantes. « Il a bousillé une partie de ma vie et on le libère. Je fais quoi moi ? J’arrête de sortir ? Comment je vais réagir si je dois le croiser ? », confie-t-elle.
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