
À première vue, 2 % semble un chiffre faible. Mais appliqué sur plusieurs décennies, la probabilité cumulée devient alarmante. Sur une période de 35 ans, ce taux annuel génère une probabilité très élevée qu’un conflit nucléaire majeur survienne — d’où l’horizon de 2061 qu’il avance.
Le physicien souligne lui-même les limites de son estimation : « Je ne pense pas qu’estimer les chances à deux pour cent soit une estimation rigoureuse. » Mais c’est précisément ce flou qui l’inquiète. Sans données fiables, sans mécanismes de contrôle solides, le risque est impossible à quantifier sérieusement — et donc impossible à gérer.
Nucléaire, IA, géopolitique : une accumulation de menaces
Le risque nucléaire n’est pas le seul facteur pris en compte par Gross. Depuis la fin de la Guerre froide, tous les traités de contrôle des armements stratégiques ont progressivement disparu, laissant le monde sans filet de sécurité diplomatique. Le nombre de puissances nucléaires est aujourd’hui de 9, rendant la gestion du risque infiniment plus complexe qu’à l’époque bipolaire.

À cela s’ajoute une nouvelle menace : l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes d’armes militaires. « L’automatisation, et peut-être même l’IA, en prendront bientôt le contrôle », avertit Gross. Il redoute en particulier la tentation de déléguer des décisions critiques à des algorithmes capables d’agir trop rapidement pour qu’un humain puisse intervenir ou corriger une erreur.
Le contexte géopolitique actuel nourrit son pessimisme. Il cite une guerre majeure au cœur de l’Europe, des tensions persistantes entre l’Inde et le Pakistan — deux puissances nucléaires — et des interventions militaires au Moyen-Orient. Pour Gross, ce n’est pas une seule crise qui menace l’humanité, mais une accumulation de foyers de tension qui se renforcent mutuellement.
Un avertissement, pas un verdict : ce que Gross appelle à faire
David Gross est catégorique sur un point : ses déclarations ne constituent pas un verdict irrévocable. Elles visent à provoquer une prise de conscience collective, pas à entériner la résignation. Il appelle explicitement à la diplomatie, au dialogue entre nations et à un renouveau des accords internationaux de réduction des arsenaux nucléaires.
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