
Leur complémentarité leur vaut rapidement d’être comparés aux Inconnus, le trio comique de référence de la décennie. C’est d’ailleurs Pascal Légitimus, figure tutélaire du groupe aux côtés de Didier Bourdon et Bernard Campan, qui les repère et met en scène leur tout premier spectacle, sobrement intitulé Élie Semoun et Dieudonné.
Le duo grimpe rapidement au sommet, portés par un style corrosif et un ancrage dans les réalités sociales de leur temps. Leur succès est fulgurant, et leur complicité, aussi bien sur scène qu’à la ville, semble indéfectible.
Les premières fissures : jalousie, cinéma et rivalité
Derrière le succès, des tensions commencent à sourdre. Des rumeurs de jalousie circulent dans les coulisses, notamment de la part d’Élie Semoun envers Dieudonné. En parallèle, Élie s’éloigne progressivement de la scène pour se tourner vers le cinéma, tournant notamment avec les Inconnus dans Les Trois frères puis Tout doit disparaître.

Dieudonné reproche à son partenaire de le délaisser au profit de cette nouvelle carrière. La dynamique du binôme s’en trouve fragilisée. À l’image du célèbre duo de rap NTM, les deux humoristes finissent par se séparer, mettant un terme à une association qui avait pourtant tout pour durer.
Cette rupture marque la fin d’une époque et ouvre deux trajectoires radicalement différentes pour chacun des deux artistes.
Un duo au cœur de l’humour engagé des années 90
Dans les années 1990, Élie Semoun et Dieudonné incarnaient une nouvelle génération de l’humour français, héritière des Inconnus, abordant frontalement des sujets sociaux et politiques. Leur séparation, puis la marginalisation progressive de Dieudonné après ses dérapages antisémites, ont marqué durablement le paysage comique hexagonal. Aujourd’hui, Dieudonné reste interdit de scène dans de nombreuses villes et a fait l’objet de multiples condamnations judiciaires.
Le sketch de 2003 : la chute de Dieudonné dans le PAF
En 2003, tout bascule définitivement. Dans une émission très populaire animée par Marc-Olivier Fogiel sur France 3, Dieudonné interprète un sketch polémique. Grimé en colon israélien, coiffé d’un chapeau de Juif orthodoxe, avec papillotes, cagoule et treillis kaki, il s’en prend à la politique d’Israël.

Le monologue se conclut par un « Isra-Heil ! » accompagné d’un salut imitant le geste nazi. Diffusé en grande écoute, ce sketch le propulse instantanément persona non grata dans le paysage audiovisuel français. Jugé antisémite — là où l’intéressé invoque l’antisionisme —, il est mis au ban de la profession.
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