Deux enfants en bas âge, deux disparitions inexpliquées, un même département : les affaires Emile Soleil et Yannis Moré présentent des similitudes qui relancent la piste d’un prédateur récidiviste dans les Alpes-de-Haute-Provence. Séparées de 37 ans et de seulement 60 kilomètres, ces deux affaires irrésolues font aujourd’hui l’objet de nouvelles analyses ADN qui pourraient apporter des réponses décisives.
En bref
- —Deux enfants de 3 ans disparus à 60 km d’écart dans le même département
- —Des vêtements retrouvés des mois après dans des zones déjà fouillées
- —106 ADN analysés dans l’affaire Emile, résultats attendus avant l’été 2026
Deux affaires, un même département, 37 ans d’écart
Le 8 juillet 2023, le petit Emile Soleil, âgé de 2 ans et demi, disparaît dans le hameau du Haut-Vernet, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Neuf mois plus tard, ses ossements et ses vêtements sont retrouvés. L’affaire reste à ce jour sans réponse définitive.

Trente-sept ans plus tôt, le 2 mai 1989, un autre enfant disparaissait dans le même département : Yannis Moré, 3 ans, s’évaporait devant sa maison à Ganagobie. Entre les deux communes, à peine 60 kilomètres séparent les lieux des disparitions.
C’est la mère de Yannis, Pascaline, qui a été l’une des premières à établir un lien public entre les deux affaires. « C’est la même affaire. Le même âge, le même relief, les mêmes recherches qui ne donnent rien… », déclarait-elle en mai 2024. Un rapprochement que les enquêteurs ont depuis pris au sérieux.
Cinq points communs qui interpellent les enquêteurs
Le premier parallèle est le profil des victimes : deux garçons âgés d’environ 3 ans, particulièrement vulnérables, ayant disparu alors qu’ils se trouvaient sous la garde de leur famille, en plein jour.

Le deuxième point commun concerne les lieux de disparition : Ganagobie comme le Haut-Vernet sont des hameaux isolés, peu peuplés, situés dans un relief accidenté propice à l’absence de témoins.
Troisième similitude, et l’une des plus troublantes : la découverte tardive des vêtements dans des zones pourtant déjà fouillées. Le pantalon, le caleçon et les chaussures de Yannis ont été retrouvés 16 mois après sa disparition dans un secteur préalablement inspecté. Dans l’affaire Emile, ossements et vêtements ont été localisés 9 mois après sa disparition, dans des conditions similaires.
Quatrième élément commun : dans les deux cas, un vaste dispositif de recherches a été déployé — bénévoles, chiens renifleurs, battues — sans résultat immédiat. Enfin, cinquième point : aucun témoin n’a rien vu malgré des disparitions survenues en plein jour dans des zones habitées.
Le pôle cold case, qu’est-ce que c’est ?
Créé pour rouvrir et instruire les affaires criminelles non résolues, le pôle cold case de Nanterre est une juridiction spécialisée qui dispose de moyens d’enquête judiciaire renforcés, notamment en matière d’analyses génétiques. Il a été saisi dans l’affaire Yannis Moré pour tenter de faire avancer un dossier vieux de 37 ans. Ce type de structure permet de croiser des profils ADN avec des bases de données nationales et d’établir d’éventuels liens entre plusieurs affaires.
La piste d’un prédateur local prise au sérieux
Face à ces similitudes, les enquêteurs des deux affaires ont envisagé l’hypothèse d’un prédateur récidiviste opérant dans la région. Les casiers des délinquants sexuels répertoriés dans les environs entre 1989 et 2023 ont été méticuleusement épluchés.

Dans l’affaire Yannis, un profil génétique a été retrouvé. Dans l’affaire Emile, ce sont 106 prélèvements ADN effectués au Haut-Vernet qui sont actuellement en cours d’analyse depuis avril 2026. Les deux juges d’instruction en charge du dossier espèrent des résultats « avant l’été ».
Ces analyses ont été commandées en parallèle : par les juges d’instruction pour l’affaire Emile Soleil, et par le pôle cold case de Nanterre pour l’affaire Yannis Moré. Ce pôle spécialisé dans les enquêtes judiciaires non résolues pourrait jouer un rôle central dans l’établissement d’un éventuel lien entre les deux dossiers.
Des familles dans l’attente d’une vérité qui tarde
Pour Marie et Colomban Soleil, les parents d’Emile, les résultats des analyses ADN représentent un espoir concret d’obtenir enfin des réponses sur les circonstances de la mort de leur fils. Deux ans et demi après la disparition du petit garçon, l’instruction judiciaire se poursuit.

Du côté de la famille de Yannis Moré, l’attente dure depuis 37 ans. La mère de l’enfant n’a jamais cessé de chercher la vérité, et le rapprochement avec l’affaire Emile a ravivé à la fois l’espoir et la douleur d’une blessure jamais refermée.
Si les analyses génétiques en cours devaient établir un lien entre les deux affaires, cela constituerait une avancée majeure dans l’une des enquêtes les plus complexes de la région. Dans le cas contraire, chaque dossier devra continuer à être instruit séparément, avec les maigres indices disponibles.
Les résultats des analyses ADN attendus avant l’été 2026 constitueront une étape décisive dans les deux affaires. Si un profil commun venait à être identifié, la piste d’un prédateur récidiviste dans les Alpes-de-Haute-Provence prendrait une tout autre dimension. Pour l’heure, les cinq points communs entre la disparition d’Emile et celle de Yannis alimentent une hypothèse que ni les enquêteurs ni les familles ne peuvent écarter. Ce que l’on sait avec certitude : deux enfants ont disparu dans les mêmes conditions, dans le même département, et deux familles attendent toujours la vérité.


