La décision messine établissait un précédent dangereux en suggérant qu’un parent pouvait légalement frapper son enfant tant que les coups restaient « mesurés ». Cette lecture contredisait frontalement l’esprit de la loi de 2019, qui avait inscrit dans le Code civil que l’autorité parentale s’exerçait « sans violences physiques ou psychologiques ». L’affaire révélait la persistance de conceptions éducatives archaïques au sein même de l’appareil judiciaire.

La Loi « Anti-Fessée » De 2019 Réaffirmée Dans Son Intégralité
L’arrêt de la Cour de cassation met fin à une ambiguïté que d’aucuns exploitaient encore. Dans son communiqué, elle rappelle sans détour qu’aucun « droit de correction parental » n’existe dans la législation française, les textes internationaux ou sa jurisprudence moderne. Le raisonnement de la cour d’appel de Metz est ainsi censuré pour avoir invoqué un principe juridique fantôme.
À l’audience du 19 novembre, la rapporteure avait souligné un fait révélateur : les seuls arrêts consacrant ce prétendu droit remontaient à 1819. Près de deux siècles plus tard, certains magistrats continuaient pourtant à s’y référer, créant un flou jurisprudentiel que cette décision dissipe définitivement.
Me Patrice Spinosi, avocat de la famille Milla, salue une clarification salutaire : « La Cour de cassation remet l’église au milieu du village. C’est la fin de l’idée qu’il aurait existé à côté de la loi un droit coutumier de correction. » L’avocat insiste sur la portée du texte de 2019 : « La loi est claire et sans dérogation. Les prétendues « violences éducatives » n’existent pas dans notre droit. »
Cette décision réaffirme ce que le Code civil stipule depuis 2019 : l’autorité parentale s’exerce « sans violences physiques ou psychologiques ». Aucune exception, aucune tolérance. La relaxe messine relevait, selon les mots de Me Spinosi, « d’un autre temps ». Reste à savoir si cette clarification juridique suffira à faire évoluer les pratiques parentales.

La Réalité Des Pratiques : Des Chiffres En Hausse Malgré La Loi
Si le cadre juridique est désormais limpide, les pratiques parentales racontent une tout autre histoire. Le baromètre Ifop 2024 de la Fondation pour l’enfance révèle que 81 % des parents ont eu recours à au moins une violence éducative ordinaire dans la semaine précédant l’enquête, contre 79 % en 2023. Loin de reculer, ces comportements progressent.
Les violences corporelles persistent avec une régularité troublante : près d’un quart des parents ont donné une fessée à leur enfant, 21 % l’ont bousculé, 16 % lui ont donné une gifle. Ces chiffres traduisent un décalage abyssal entre le droit et le quotidien familial, cinq ans après l’adoption de la loi.
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