Selon les premiers éléments de l’enquête, entre 2012 et 2020, Jérémy M. aurait reconnu la paternité de cinq fillettes : trois en Thaïlande, deux aux Philippines. Certaines ont été brièvement amenées en Europe avant d’être abandonnées à l’ASE, rendues à leur mère ou renvoyées en Asie. Un schéma qui ressemble, selon les enquêteurs, à une mécanique de traite d’enfants.
Une information judiciaire ouverte, des dizaines d’enfants à retrouver
Une information judiciaire est ouverte à Narbonne pour séquestration de mineurs, viols aggravés et traite des êtres humains. La JIRS de Montpellier pourrait être saisie pour le volet international du dossier. Les magistrats doivent établir si ces reconnaissances de paternité en série relèvent d’un opportunisme individuel ou d’un système organisé : recrutement de fillettes en situation de pauvreté en Asie, transport vers l’Europe, hébergement chez des «pères» français à des fins d’exploitation sexuelle.

Les deux mis en examen se renvoient la responsabilité. Selon Guy C., c’est Jérémy M. qui aurait découvert «une faille administrative via l’utilisation de reconnaissance de paternité pour s’approprier facilement des enfants». Jérémy M. conteste, assure être réellement le père d’au moins un de ces enfants et s’appuie sur un test ADN. Tous deux restent présumés innocents.
Un avocat général a qualifié ce dossier de cas «qui donne la chair de poule», tant le nombre potentiel d’enfants concernés est difficile à cerner. Les enquêteurs doivent désormais retrouver chacune de ces fillettes — en France, en Allemagne, en Asie — et vérifier leur situation.
Neila Moore, dont le signalement a tout déclenché, résume l’enjeu en une phrase : «La question, c’est : des petites comme ça, il y en a encore combien ?». Et elle s’interroge sur la facilité avec laquelle le système a été contourné : «Une adoption ou une reconnaissance de paternité, ça ne se fait pas sur du papier toilette. C’est hallucinant de pouvoir me ramener un enfant comme ça à l’autre bout du monde».
L’instruction judiciaire ouverte à Narbonne devra trancher une question centrale : ces reconnaissances de paternité constituent-elles un réseau structuré de traite d’enfants ou des actes isolés ? La JIRS de Montpellier pourrait être saisie pour coordonner les investigations à l’international, notamment en Thaïlande et aux Philippines. En parallèle, les autorités françaises devront localiser et évaluer la situation de chacune des fillettes identifiées dans le dossier. La question d’un renforcement des contrôles sur les reconnaissances de paternité effectuées à l’étranger devrait, elle, s’inviter dans le débat parlementaire.
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